"Alien", 2 mètres 21, numéro 1 de la draft... Victor Wembanyama, le phénomène français qui affole la NBA

Yohan ROBLIN
Publié le 7 octobre 2022 à 13h37
JT Perso

Source : Sujet TF1 Info

À 18 ans, Victor Wembanyama est présenté par les suiveurs comme le plus grand espoir français que le basket ait porté.
Le longiligne intérieur de Boulogne-Levallois a époustouflé la NBA, à l'occasion de deux matchs organisés outre-Atlantique.
Encensé par les plus grandes stars de la surpuissante Ligue, le géant tricolore de 2,21 mètres est le grand favori de la draft 2023.

La NBA n'a plus que son nom à la bouche. À neuf mois de la prochaine draft, sorte de bourse aux joueurs, la "Wembamania" s'est emparée de la surpuissante Ligue nord-américaine. Lors d'une tournée inédite pour un prospect, un joueur dit à fort potentiel, au talent brut à façonner, Victor Wembanyama a fait le buzz. "You ain't heard ?" ("Vous n'en avez pas entendu parler ?", en français), interrogeait en Une le magazine SLAM, référence sur le basket, à la veille de l'opération promotionnelle.

Du haut de ses 2,21 m, le gamin du Chesnay, dans les Yvelines, a montré aux 30 franchises venues l'observer ce qu'elles pouvaient attendre de lui. En 48 heures passées sur les parquets nord-américains, le longiligne intérieur de Boulogne-Levallois a claqué deux perf' de haut vol qui ont marqué les esprits. Après ses 37 points (7/11 à trois points) et 5 contres réussis, mardi 4 octobre, où malgré la défaite (122-115), il était parvenu à dominer l'espoir Scoot Henderson dans leur duel à distance, il a de nouveau fait sensation, jeudi 6 octobre, à Las Vegas, lors d'un deuxième match d'exhibition.

Opposé à nouveau à la G-League Ignite, une équipe en partie composée de jeunes joueurs, susceptibles comme lui d'être sélectionnés par une franchise en 2023, Wembanyama a mis tout le monde d'accord (36 points, 11 rebonds et 4 contres). Grâce à ses aptitudes physiques hors du commun et son talent insolent, il a porté les Metropolitans vers la victoire (112-106). Une "expérience unique, magnifique", selon ses propos mots, qui a confirmé son statut de numéro un pour la prochaine draft.

Un gamin bien dans ses baskets

À tout juste 18 ans, Victor vit un rêve éveillé. Un rêve que le natif du Chesnay, frère d'Eve Wembanyama, championne d'Europe U16 en 2017, a saisi au (re)bond. "Je le connais depuis qu'il a 13 ans, nous savions qu'il allait être unique. Il est très mature, il sait où il veut aller", a confié Rudy Gobert au micro d'ESPN, qui a retransmis en direct les deux matchs d'exhibition. "C'est vraiment excitant, nous avons la chance d'avoir un tel talent, nous n'avons jamais vu un joueur comme Victor." La preuve ultime qu'on est en face d'un phénomène : jamais un joueur, de surcroît non Américain, n'a bénéficié d'une telle exposition. 

Malgré la hype dont il a fait l'objet outre-Atlantique, où on le compare à Kevin Durant, Giannis Antetokounmpo, voire Kareem Abdul-Jabbar, le prodige garde la tête froide. Une quiétude qu'il doit à son entourage familial - sa maman est une ex-basketteuse et son papa un ancien sauteur en longueur - et professionnel - ses intérêts sont gérés par l'agence Comsport, spécialiste de l'importation de basketteurs français en NBA. Sans pression, il a contrôlé l'engouement autour de lui, avec une décontraction et une confiance en lui confondantes. Le cocktail idéal pour émerveiller le gratin de la NBA, à qui il a fait l'étalage de tout son talent. 

Un physique (et un talent) hors normes

Un talent précoce repéré par ESPN, qui le qualifiait alors de "licorne". Un terme associé aux jeunes joueurs uniques, en développement, appelés à faire une grande et belle carrière en NBA. Dans la vie, le jeune homme, qui a décroché son Bac avec un an d'avance et avec une mention "assez bien", ne perd pas de temps. Un empressement qu'il a aussi sur les parquets. Toujours surclassé, il a fait ses débuts professionnels à 15 ans. 

En deux saisons en Betlic Élite, l'intérieur, passé par Nanterre 92 (2020-2021) et Lyon-Villeurbanne (2021-2022), s'est forgé une belle réputation. Auréolé des titres de champion de France et de meilleur espoir du championnat avec l'Asvel, le fils d'Élodie et Félix a donné un grand coup d'accélérateur à sa carrière, l'été dernier, lors du Championnat du monde U19, où il est reparti avec la médaille d'argent autour du cou. 

Et s'il règne sans pareil depuis sur les parquets, de France et d'Europe, il les domine aussi par son physique, long et étiré, comme ses pieds (il chausse du 55). "Il faisait ma taille, 1,70 m, vers 8 ans. Et quand il avait 5 ans, tout le monde pensait qu'il en avait 10", souriait à l'AFP Emmanuel Saravas, qui l'entraînait en poussin à l'Entente Le Chesnay-Versailles, le premier club où il a manié la balle orange. "On se doutait qu'il allait avoir un corps pour jouer au basket de haut niveau : sa maman fait 1,91m, le papa fait 2,05m." 

Sa grande taille et son envergure de 2,43 m, qui en font une arme dans l'arceau, ne résument toutefois pas Victor. Pétri de talents, le joueur, "rencontre entre Kevin Durant et Rudy Gobert", déploie des qualités impressionnantes aux abords et dans l'autre raquette. 

Rudy Gobert (2,16m) tout petit à côté de Victor Wembanyama (2,21m). - STEVE MARCUS / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / GETTY IMAGES VIA AFP

Mobile, rapide et adroit, il switche à volonté en mode passeur ou scoreur. De quoi faire du pivot un joueur "unique" en tous points, selon Vincent Collet, son entraîneur à Boulogne-Levallois : "Par exemple, on n'attend pas forcément d'un grand qu'il mette autant de paniers à trois points dans toutes les positions. Lui, il les met même en mouvement... Il y a des grands qui shootent les pieds dans le ciment, mais Victor est capable de bouger et de shooter, c'est quelque chose d'assez unique."

Si Wembanyama doit encore progresser - être plus dur et gagner en efficacité sur les bons tirs à prendre - aux yeux du sélectionneur de l'équipe de France, qui a coaché Tony Parker, il n'y a pas de doute : "C'est l'espoir français le plus incroyable que le basket ait jamais eu."

La NBA l'attend avec impatience

Ces étoiles, la NBA les a aussi dans les yeux. "Tout le monde utilise ce terme de 'licorne' ces derniers temps, mais lui (Victor Wembanyama) c'est plutôt un alien", a déclaré LeBron James, qui a flashé sur le "Frenchie". "Personne n'a jamais vu quelqu'un aussi grand être aussi fluide et gracieux sur le terrain", a-t-il assuré, encensant "sa capacité à dribbler, à pendre des tirs en step-back, à shooter à 3 points en catch-and-shoot, à dribbler..." Et "King James" de résumer : "C'est un talent générationnel."

"Ce mélange de talent et de qualités, ça vous met le sourire aux lèvres si vous jouez au basket parce que l'évolution du jeu est allée si loin... La Ligue sera vraiment en difficulté quand il viendra", a affirmé Kevin Durant, l'ailier des Brooklyn Nets. "Je veux voir comment ça se passera." Tout le monde semble partager cet avis. "Il est comme ces joueurs que l'on peut générer dans le jeu NBA 2K, où chaque meneur mesure 2,10 m. Il dégage des vibrations de type 'cheat code' (code de triche, ndlr)", a ricané Stephen Curry, le meneur des Golden State Warriors, bluffé par l'intérieur tricolore. "C'est un talent solide. C'est génial à regarder."

Une pluie de compliments qui n'a pas fait vriller Victor Wembanyama. "C'est un honneur d'avoir des grands joueurs qui parlent de moi de cette manière, mais ça ne change rien", a-t-il réagi, imperturbable. "J'ai trouvé ça cool, mais je dois rester focalisé sur mes objectifs. Je n'ai encore rien accompli, je n'ai pas joué un match en NBA, je n'ai pas été drafté." Ça ne saurait tarder...


Yohan ROBLIN

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