La NBA revient à Paris : la vie "en décalé" des fans français de basket américain

Publié le 10 janvier 2024 à 20h18

Source : Sujet TF1 Info

La NBA est de retour en France, à l'Accor Arena de Paris, jeudi 11 janvier, pour la troisième édition du "NBA Paris Game", introduit en 2020 et relancé l'année dernière.
Ce match délocalisé verra s'opposer les Cavaliers de Cleveland et les Brooklyn Nets devant les fans français, emballés à l'idée de ne pas avoir, pour une fois, à se coucher tard ou à se lever tôt.

Pour eux, NBA rime avec nuit blanche. L'un ne va pas sans l'autre, et l'inverse est tout aussi vrai. Lorsque le commun des mortels tombe dans les bras de Morphée, ces férus de la balle orange, eux, allument leurs écrans pour assouvir une passion aussi captivante qu'épuisante. Habitués à vivre à l'heure américaine, avec des matchs éparpillés de 1h jusqu'à 7h du matin, c'est avec exaltation que les fans noctambules attendent le NBA Paris Game, la seule rencontre – hors week-ends – diffusée à un horaire convenable (20h) pour le public du Vieux-Continent, que la NBA cajole depuis quelques années, avec pas moins 45 matchs programmés en prime time cette saison.

Jeudi 11 janvier, pour la troisième fois depuis 2020, la prestigieuse Ligue prend ses quartiers en France, à l'Accor Arena de Paris, le temps d'un match de saison régulière, opposant les Cleveland Cavaliers aux Brooklyn Nets. "La NBA a l'intelligence de comprendre que les gens se tannent à rester debout jusqu'à 5h du matin", souligne Bastien Fontanieu, cofondateur du média spécialisé TrashTalk, considéré comme la référence sur le basket américain dans l'Hexagone. "Au regard de l'engouement, ils se sont dits que ce n'était pas mal, une fois ou deux fois dans l'année, de faire des événements à des heures plus décentes." 

"Soit je veille très tard, soit je me lève très tôt"

Une aubaine pour les spectateurs français, qui doivent s'organiser le reste de l'année pour suivre ce qui se passe sur la planète orange. C'est le cas de Thomas, 32 ans, tombé amoureux du jeu au début des années 2000, au moment où Tony Parker faisait ses grands débuts avec San Antonio. Vingt ans plus tard, l'étudiant devenu architecte d'intérieur continue de s'astreindre à un rythme quasi militaire pour suivre les péripéties de la franchise texane. Qu'importe si sa marotte plombe son rythme de sommeil, comme 98% des 2000 fans ayant répondu à une étude OnePoll pour Hotels.com, partenaire officiel de la NBA. Pour le jeune père de famille, sa passion pour les Spurs passe avant tout. "Encore davantage cette année avec l'arrivée de Victor Wembanyama", insiste-t-il. "Soit je veille très tard, soit je me lève très tôt, mais je ne rate jamais un match des Spurs."

Cette ivresse dévorante qu'il a autrefois vécue en ermite, sous sa couette, l'adepte des micro-siestes la partage désormais sur son canapé, smartphone à la main. La nuit, lorsque le silence est roi, le fan de "Wemby" tapote sur son clavier pour réagir, commenter et décrypter les faits de jeu avec la fan base française. "Avant les réseaux sociaux, je me sentais parfois seul dans mon délire. Là, je peux regarder le match et interagir avec d'autres fans. On crée des affinités, des amitiés. C'est une autre façon de vivre notre passion", explique-t-il. "Ça n'a plus rien à voir avec l'époque où l'on devait streamer les matchs ou se retrouver à 13 dans une même pièce une fois par an", reconnaît Bastien de TrashTalk, l'un des pontes de la communauté NBA en France.

La NBA est la plus grande téléréalité sportive du monde
Bastien Fontanieu, cofondateur de TrashTalk

Il faut aussi dire que la Ligue fermée propose un spectacle permanent. "Je le dis avec beaucoup d'amour et de respect : chaque saison, la NBA est la plus grande téléréalité sportive du monde", avance le coauteur de l'ouvrage Le plus grand livre de basketball de tous les temps (selon TrashTalk) aux éditions Marabout. "Tous les jours, il y a un nouvel épisode, tous les jours, il se passe quelque chose. Vous avez l'histoire avec Ja Morant qui a été suspendu pour avoir exhibé une arme à feu sur les réseaux sociaux. Ou encore le choix de Joel Embiid, qui hésitait entre la France et les États-Unis. Sans oublier ce qui fait le sel d'une bonne téléréalité : les embrouilles entre les équipes et les joueurs. La NBA joue d'ailleurs là-dessus avec la Rivals Week, une semaine dédiée aux rivalités. Cette année, on va avoir le droit à un Knicks-Nets, un Warriors-Lakers  un Mavs-Suns avec Luka Doncic et Devin Booker, deux joueurs qui se détestent. Bref, c'est un show à part entière, vous ne vous ennuyez jamais." 

Un feuilleton à épisodes qui gagne à être regardé en direct. "Bien sûr, il y a le replay, mais ça ne rend pas pareil", soutient Laurine, 21 ans, qui voue à un culte à LeBron James. "Est-ce que ça viendrait à l'esprit d'un fan de tennis de regarder Nadal en replay ? Sûrement pas. Pour moi, c'est la même chose avec les Lakers." 

"Quand vous voyez l'émulation qu'il y a autour de la NBA en France, l'envie qu'ont les gens d'en parler, vous avez envie de faire l'effort de veiller", confirme Bastien de TrashTalk. "C'est ce qui pousse les fans, comme moi, à rester debout tard pour vivre tout ça en direct avec des milliers d'autres personnes. Mais, bien sûr, ça demande une gymnastique au quotidien pour garder la forme. Il faut surveiller sa nutrition et son sommeil."

"Impossible de tout regarder"

Vivre la nuit n'est justement pas à la portée de tout le monde. Certains en ont fait un principe de vie, quand d'autres, épuisés physiquement et mentalement, en sont revenus. "Il n'y a pas de recette miracle" pour tenir, selon Bastien Fontanieu. Mais une certaine discipline est à observer : "Il faut être bien dans ses pompes, bien manger et se reposer. Contrairement à ce que l'on peut penser, je ne dors pas deux heures par nuit. Lorsque je sens que j'ai besoin de récupérer, je décroche. Hier soir, par exemple, je n'étais pas devant les matchs. J'ai fait une bonne nuit, j'ai rechargé les piles, et ce soir, j'y retourne. Vous ne pouvez pas être debout toutes les nuits, toute votre vie, ça n'a pas de sens. Il y a 30 équipes, plus de 450 joueurs, c'est impossible de tout regarder."

Une rigueur que n'ont pas tous les fans. 17% d'entre eux, selon Hotels.com, confient avoir déjà fui de leur domicile pour ne pas gêner la ou les personnes avec qui ils vivent. "J'ai la chance de ne jamais en être arrivée là", se réjouit Laurine. "Je vis avec mon petit ami qui aime aussi la NBA, donc sur ce plan-là, il est compréhensif. On choisit ensemble les matchs que l'on regarde. Du coup, on ne dérange personne... Sauf peut-être nos voisins (rires)." Pour Thomas, "chaque nuit est une épreuve du silence". "J'essaie de ne réveiller personne à la maison. Je ferme les portes, je mets mon casque et je vibre de l'intérieur." 

Jeudi, dans les travées de l'Accor Arena, ce fan qui a déboursé 525 euros pour assister à la rencontre pourra laisser exploser sa passion sans risquer de se faire taper sur les doigts. 


Yohan ROBLIN

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