Bus lyonnais caillassés, match annulé, interpellations... récit d'une soirée émaillée de graves incidents avant OM-OL

Publié le 30 octobre 2023 à 9h38, mis à jour le 30 octobre 2023 à 10h07

Source : TF1 Info

Le match entre l'Olympique de Marseille et l'Olympique Lyonnais a été annulé dimanche après une série de graves incidents.
Lors de leur arrivée au stade, les bus des joueurs et supporters visiteurs ont été sévèrement pris à partie, blessant notamment l'entraîneur rhodanien au visage.
On fait le point sur cette soirée noire.

Dimanche soir, le choc des Olympiques entre Marseille et Lyon, dans le cadre de la dixième journée de Ligue 1, a été annulé. Le match n'a pas pu se tenir en raison d'événements survenus en amont, lors de l'arrivée au Vélodrome de l'équipe visiteuse et de ses 600 supporters qui avaient été autorisés à faire le déplacement. Que s'est-il passé ? 

Tout s'est joué en l'espace de quelques minutes, vers 19h. Sur le court trajet entre leur hôtel et le stade, le bus transportant l'équipe lyonnaise - les joueurs et l'encadrement - est violemment caillassé par des individus, malgré l'escorte policière. "Plusieurs centaines d'individus se sont massés sur un côté de la route et ont profité de la faible allure du convoi pour l'attaquer", indique L'Équipe. Visiblement très lourds, les projectiles finissent par briser certaines vitres - pourtant renforcées - du véhicule. Malgré l'embuscade, ce dernier arrive finalement à destination. Mais le mal est fait, d'autant que deux membres du staff - l'entraîneur Fabio Grosso et son adjoint Raffaele Longo - sont sérieusement touchés au visage. 

Présentant une profonde entaille au crâne et une coupure au niveau de la paupière et de l'arcade sourcilière gauche, l'entraîneur italien des Gones est pris en charge par les secours. Il se fait poser plusieurs points de suture. Par la suite, il apparaît dans les couloirs du Stade Vélodrome avec un épais bandeau blanc autour de la tête. "Les joueurs et le reste du staff ont eux été profondément marqués par la violence de cette agression", assure l'OL, dans un communiqué

Les supporters également pris pour cibles

Dans le même temps, les bus transportant les supporters rhodaniens, autorisés pour la première fois depuis plusieurs années à assister au choc dans la cité phocéenne, ont également été pris à partie. Là encore, les vitres ont fini par céder, faisant plusieurs blessés légers. En fin de soirée, l'état des véhicules a conduit les fans de l'équipe visiteuse à attendre dans l'enceinte marseillaise avant de pouvoir repartir. 

Face à ces nouveaux incidents en marge d'un match de football, une cellule de crise se met en place. Sont conviés l'arbitre de la rencontre, François Letexier, la direction des deux formations et les autorités locales. Après plusieurs minutes de discussion, décision est prise d'annuler le match. Le fait que, en cas de maintien, l'OL aurait sans doute été privé de son coach a certainement fait pencher la balance. Celui-ci a souffert de vertiges, sans réussir à répondre de manière cohérente aux questions des médecins. 

Vers 20h40, le speaker fait savoir au public que le match ne se jouera pas. "Toutes les personnes présentes ont pris conscience de la gravité des faits. Le protocole prévoit que si un acteur est blessé, on ne doit pas démarrer le match", explique dans la foulée l'arbitre en conférence de presse. 

Comportements racistes et nazis dans le parcage lyonnais

En parallèle, dans le stade, une poignée d'individus ont été aperçus en train d'effectuer des gestes racistes et nazis dans le parcage lyonnais. "Certains supporters très radicaux, proches de la mouvance identitaire d'extrême droite et appartenant au groupuscule Mezza Lyon, ont été aperçus. Ils ont adressé des gestes racistes auprès de leurs vis-à-vis marseillais du virage nord : mimiques de singes, saluts nazis et présentation de leur passeport", rapporte L'Équipe, qui s'appuie sur plusieurs sources. Certains de ces agissements ont également été filmés. 

Ce lundi, le club désormais présidé par John Textor a réagi sur les réseaux sociaux. "L’OL condamne fermement les inacceptables comportements racistes d'individus dans le parcage dimanche. Le club a demandé les vidéos pour identifier les auteurs de tout acte contraire à loi, mais aussi contraire à ses valeurs, et rappelle sa volonté de les éloigner des tribunes", a-t-il écrit. 

Ce qui est arrivé à Fabio Grosso est complètement inadmissible
Pablo Longoria

Au cours de cette énième soirée noire pour le football français, les réactions d'indignation se sont succédé. De Lyon déjà qui déplore un "contexte où il était clairement impossible que cette rencontre se tienne". "Le club portera plainte ces prochains jours et accompagnera toute personne qui souhaitera faire de même", ajoute l'institution qui "regrette que ce type de situation se reproduise chaque année à Marseille et invite les instances à prendre la mesure de la gravité et de la répétition de ce type d’incidents avant qu’un drame encore plus grave ne se produise". "Ce qui est arrivé à Fabio Grosso est complètement inadmissible. C'est quelque chose qui ne peut plus arriver maintenant dans le football", a, de son côté, fustigé le président de l'Olympique de Marseille, Pablo Longoria. "Je suis en colère et vraiment consterné par la situation", martèle-t-il. 

Plusieurs interpellations

Côté politique, la ministre des Sports a dénoncé des "actes inadmissibles", des "images révoltantes" qui "nient les valeurs mêmes du football et du sport". "Ces agissements marqués par la bêtise et la haine, qui n’ont rien à voir avec le sport, doivent être éradiqués avec la plus grande détermination par le collectif de tous les acteurs, publics et privés, qui aiment véritablement le sport et doivent s’unir plus fermement que jamais pour le défendre", a-t-elle encore appelé sur les réseaux sociaux. Une enquête approfondie va être menée pour "établir très précisément la chaîne des responsabilités" et "punir très sévèrement" l'ensemble des auteurs de ces faits. 

Neuf interpellations ont déjà eu lieu, a précisé le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin. Selon nos informations, il s'agit de huit Marseillais et un Lyonnais, descendu de l'un des bus au moment où il était pris pour cible pour en découdre avec la police. "500 policiers et gendarmes avaient été mobilisés" pour sécuriser ce match, a fait valoir le pensionnaire de Beauvau, pour qui il n'y a "pas eu de défaillance" de la police. "C'est au club de gérer ses supporters", conclut-il. 


Maxence GEVIN

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