Mais pourquoi les nageurs raccrochent-ils si jeunes ?

Sébastien COCA
Publié le 6 décembre 2016 à 15h44
Mais pourquoi les nageurs raccrochent-ils si jeunes ?

Source : Chine Nouvelle/SIPA

NATATION - Après les retraites partielles ou totales de certains de ses leaders pas encore trentenaires, l'équipe de France de natation aborde ce mardi les Mondiaux en petit bassin à Windsor (Canada) avec une ambition mesurée. Et l'obligation de renouveler un vivier de nageurs usés par la difficulté de ce sport.

Une page s'est tournée. Passée la déception des JO de Rio, d'où la natation française n'est rentrée qu'avec deux médailles d'argent (contre quatre titres olympiques, deux médailles d'argent et une de bronze quatre ans auparavant à Londres), et les guerres intestines qui y ont éclaté en public, l'équipe de France se reconstruit tout doucement. Et à l'heure où débutent les championnats du monde en petit bassin, et qu'une nouvelle génération de nageurs va avoir bien de mal à sortir son épingle du jeu, on se rend compte combien de grands noms ont raccroché le maillot de bain depuis l'été dernier : Florent Manaudou (26 ans), qui fait une pause handball, Yannick Agnel (24 ans), Camille Lacourt (31 ans) ou encore Fabien Gilot (32 ans). 

Que des champions, et pour la plupart de très jeunes nageurs qui ont décidé de s'éloigner des bassins tôt dans leur carrière. Comme l'avait d'ailleurs fait avant eux Laure Manaudou (première retraite à 22 ans puis une seconde, définitive, à 27), Alain Bernard (28 ans) ou la regrettée Camille Muffat (25 ans). Mais pourquoi si tôt ? C'est la question que nous avons posée à Fabien Gilot qui, s'il s'est arrêté à un âge plus classique dans le sport, confesse avoir beaucoup de mal à encaisser les charges de travail quotidiennes entre les JO de Londres et ceux de Rio. "Ces quatre années ont été très difficiles pour moi, confie à LCI celui qui est désormais consultant pour Canal+ Sport, diffuseur des Mondiaux. Tout simplement parce que mon corps ne suivait plus. Mon amour pour la natation reste intact, mais je ne suis plus fait pour du haut niveau comme par le passé". 

Entre l’exigence sur l’hygiène de vie, la charge de travail, car on parle quand même de six heures d’entraînement au quotidien, on souffre tous les jours."

Fabien Gilot

Reste que chez ses anciens partenaires, l'usure est venue plus vite... Carrière, victoires et argent précoces, certains ont sans doute tout vu et tout vécu trop jeune pour continuer à avoir la motivation pour enchaîner les interminables séances d'entraînement quotidiennes indispensables. Une lassitude qu'illustre parfaitement Florent Manaudou qui, en septembre dernier a décidé de mettre la natation entre parenthèses pour revenir à ses premières amours : le hand. "Une bulle d’air dans les lignes d’eau", avait alors déclaré le médaillé d'or sur 50 m et double vice-champion olympique en 4x100 m, afin d'éviter de continuer à nager "sans plaisir pour de mauvaises raisons". 

Car il faut bien dire que l'eau érode le corps et l'esprit. "La natation fait réellement partie des sports les plus durs au monde, confirme encore Gilot. Entre l’exigence sur l’hygiène de vie, la charge de travail, car on parle quand même de six heures d’entraînement au quotidien, on souffre tous les jours. Et encore pas pour progresser, mais juste pour entretenir son niveau actuel". Des sacrifices quotidiens qui deviennent difficiles à supporter, surtout quand on a l'impression d'être déjà arrivé au sommet. Autant d'états d'âmes que ne connaît pas encore la relève de cette équipe de France engagée cette semaine dans les bassins de Windsor (Canada), qui a encore tout à gagner avant de se lasser.

Quel avenir pour la natation française ?Source : JT 20h Semaine
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