Coupe du monde 2022 : Karim Benzema, l'ombre qui a plané au-dessus des Bleus

Publié le 19 décembre 2022 à 20h55

Source : TF1 Info

Auréolé de son Ballon d'or, Karim Benzema n'a pourtant pas pu participer à la Coupe du monde 2022.
La faute, notamment, à une blessure à la cuisse survenue au pire moment.
Dans la foulée de la compétition, l'attaquant français, à l'histoire en Bleus mouvementée, a annoncé sa retraite internationale.

La fin d'une idylle contrariée. C'est l'histoire d'un joueur au talent hors norme, un buteur générationnel, qui n'aura jamais véritablement trouvé sa place sous le maillot frappé du coq. Convoqué pour la première fois à seulement 18 ans, Karim Benzema a pourtant réussi des débuts tonitruants en Bleu, marquant, en sortant du banc, le seul but d'un match amical contre l'Autriche (1-0) un soir de mars 2007. Mais entre polémiques, méforme, maladresse de communication et blessures inopportunes, l'attaquant formé à l'Olympique Lyonnais n'aura jamais réussi à donner sa pleine mesure en équipe de France.

Revenu en sélection alors que la rupture semblait définitive à la suite de "l'affaire de la sextape", le joueur du Real Madrid est rapidement (re)devenu indiscutable. De quoi lui permettre de réaliser des prestations individuelles de grande qualité à l'Euro 2021 (4 buts) - malgré une élimination précoce - et en Ligue des Nations 2021 (2 buts). Cette dernière restera d'ailleurs dans les livres d'histoire comme la seule compétition qu'il est parvenu à remporter avec la France. 

J’ai écrit mon histoire et la nôtre prend fin
Karim Benzema

Récompensé de son exceptionnelle saison 2021-2022 par un Ballon d'or, le premier de sa carrière, le natif de Lyon (37 buts en 97 sélections) rêvait d'ajouter une Coupe du monde à son palmarès déjà long comme le bras. La poisse, et cette satanée blessure à la cuisse, en ont décidé autrement. Au terme d'un mois d'incompréhensions, de communication douteuse et de flou, "KB9" a annoncé lundi la fin de sa carrière internationale d'un message énigmatique. "J’ai fait les efforts et les erreurs qu’il fallait pour être là où je suis aujourd’hui et j’en suis fier ! J’ai écrit mon histoire et la nôtre prend fin", a-t-il souligné, sur les réseaux sociaux, dans un message accompagné d'une photo de lui avec la tunique tricolore. Une façon de faire et un timing qui interpellent au sortir d'un tournoi où son ombre aura plané au-dessus de l'équipe de Didier Deschamps

Une blessure en forme de crève-cœur...

Tout fraichement désigné meilleur joueur du monde, Karim Benzema fait figure, à l'automne 2022, de leader de l'attaque des Bleus. Au sein d'une formation en difficulté (3 victoires en 8 matchs, avant le Mondial), il est l'une des seules certitudes pour le staff tricolore. Pas de l'aventure en 2018, en Russie, l'avant-centre arrive au Qatar plein d'ambitions. Seule inquiétude au tableau, l'enchaînement de pépins physiques lors des dernières semaines de compétition avec son club, le Real Madrid. Et là, patatras. À son premier entraînement collectif, le quadriceps gauche le lâche. Le staff de l'équipe de France est catégorique : c'est la blessure de trop. À trois jours de l'entrée en lice des Bleus, le verdict tombe : Karim Benzema est forfait pour l'ensemble du tournoi. 

Dès lors, tout dérape. Son abandon acté, l'attaquant quitte précipitamment le Qatar. Le lendemain de sa blessure, tôt le matin, il prend un avion pour Madrid. Sans pouvoir saluer tous ses coéquipiers qui dormaient encore. "Je suis extrêmement triste pour Karim qui avait fait de cette Coupe du Monde un objectif majeur. Malgré ce nouveau coup dur pour l’équipe de France, j’ai toute confiance en mon groupe. Nous allons tout faire pour relever l’immense défi qui nous attend", réagit alors le sélectionneur Didier Deschamps. 

Communication difficile et incompréhensions

Pourtant, dans les coulisses, les rumeurs autour des raisons de ce forfait et l'incertitude autour du véritable état physique de l'ancien Gone se font de plus en plus importantes. Son retour à l'entraînement, relativement rapide, du côté de la capitale espagnole ajoute encore un peu plus de flou à cette situation. Depuis son départ de Doha, la communication est rompue avec la Fédération et l'encadrement tricolore, relève même L'Équipe dans un article paru avant la finale. "Son forfait a cassé quelque chose, déjà bien fragile, entre Deschamps et l'attaquant madrilène, vu les antécédents", ajoute le quotidien sportif. 

Plus globalement, le fossé se creuse rapidement entre l'ancien coéquipier de Cristiano Ronaldo et les Bleus. "L'entourage de Benzema s'est plaint de la gestion de la blessure par le staff médical des Bleus, et notamment de la séance un peu plus poussée du 18 novembre, la veille de sa déchirure au quadriceps gauche. Mais, dans ce dossier, le manque de communication du joueur, qui donnait l'impression de cacher quelque chose sur son réel état physique, et la friture sur la ligne entre le médecin de l'équipe de France et celui du Real Madrid n'ont pas aidé", souligne L'Équipe

En outre, le principal intéressé aurait, selon toutes vraisemblances, préféré rester avec ses partenaires pour se soigner et avoir une chance de revenir en cours de compétition. Une volonté d'autant plus compréhensible que la presse espagnole fait état d'une blessure moins grave que prévue. Mais visiblement pas du goût de l'encadrement français. 

Je ne m’occupe pas des invitations
Didier Deschamps

En parallèle, les "on dit" autour d'une supposée meilleure ambiance dans le groupe tricolore en l'absence du buteur se font de plus en plus nombreux. "C'est un élément qui a été vite ressenti par certains, pas tous évidemment, chez les joueurs et dans le staff, sans que personne prenne le risque de l'évoquer publiquement", insiste L'Équipe. Le relatif silence et la communication parfois maladroite, voire douteuse, de "Benz" - publications sur Instagram énigmatiques comme une photo avec son Ballon d'or légendée d'un "on a déjà gagné... fin" ou encore le message "ça ne m'intéresse pas" accompagnant l'une de ses photos où il est grimaçant - n'arrangent pas les choses. 

Deschamps devrait continuer... sans Benzema

Le malaise atteint son paroxysme dans les jours précédents la finale. Alors que les médias ibériques relayent la thèse d'un état physique de Benzema satisfaisant, le flou règne autour de sa présence - ou non - dans les gradins du Lusail Stadium pour le match contre l'Argentine. Didier Deschamps, lui-même, s'agace. "Le groupe, il est là, je ne m’occupe pas des invitations des joueurs blessés ou des anciens joueurs. Il y en a qui seront là, d’autres pas, je ne sais pas", lâche le technicien en conférence de presse. Au bout du compte, le Madrilène ne fera pas le déplacement, au contraire de nombreux Bleus sur le flanc (Paul Pogba ou Christopher Nkunku par exemple). 

Cette succession de non-dits de part et d'autre ainsi que la probable reconduction de Didier Deschamps à la tête de l'équipe de France - fermant la porte à la prise de commande d'un certain Zinedine Zidane dont il est très proche - ont eu raison de la suite de la carrière internationale de Benzema. Une décision forte, prise au lendemain du revers de la France contre l'Argentine (3-3, 4-2 t.a.b), qui laisse un goût amer d'inachevé. Au final, l'histoire entre l'enfant prodige et les Bleus s'achève de la même manière qu'elle s'est longtemps écrite : contrariée.


Maxence GEVIN

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