En délicatesse sous le maillot de Chelsea et en conflit avec l'ancien sélectionneur, Hakim Ziyech a passé de nombreux mois loin de la sélection.
Mais, avec l'arrivée de Walid Regragui, le meneur de jeu de 29 ans a retrouvé une place centrale dans le dispositif des "Lions de l'Atlas".
Décryptage.

Une petite merveille dont il a le secret. Aligné au cœur du jeu contre la Géorgie, lors du seul match de préparation du Maroc à la Coupe du monde, Hakim Ziyech s'est illustré en marquant un but extraordinaire depuis le milieu du terrain. Remarquant la position avancée de Giorgi Mamardashvili, l'ancien joueur de l'Ajax Amsterdam a distillé, avec son pied gauche, un lob parfaitement touché. Un but de grande classe qui a permis aux siens de faire le break face à une formation en grande forme depuis la prise de fonction de Willy Sagnol (8 victoires et 2 nuls sur les dix dernières rencontres, avant ce match). En démonstration, le Maroc l'a finalement emporté 3-0. Un score sans appel aux allures de préparation idéale avant le Mondial. 

Le retour en grâce après plusieurs mois d'absence

Au-delà de sa réalisation, Ziyech (18 buts et 10 passes décisives en 43 sélections) a effectué une très bonne prestation, notamment en première mi-temps. Tranchant balle au pied et dans ses dribbles, le meneur de jeu a été de tous les bons coups. De quoi rassurer l'ensemble des observateurs et les supporters après plusieurs mois difficiles. Le milieu de Chelsea s'est, en effet, un temps, mis en retrait de la sélection en raison de son conflit avec l'ancien entraîneur Vahid Halilhodžić. C'est simple, entre septembre 2021 et juin 2022, il n'a pas disputé la moindre minute avec les Lions de l'Atlas. Il a ainsi raté la Coupe arabe 2021 puis la Coupe d'Afrique des nations 2022, deux compétitions au cours desquelles le Maroc a été éliminé dès les quarts de finale. 

La relation tumultueuse entre les deux hommes s'est même, à certaines occasions, transformée en règlement de compte par médias interposés. "Il n’a pas été discipliné lors des deux derniers rassemblements et s’est abstenu de s’entraîner. Il n’avait pas l’air d’un joueur d’une équipe nationale qui se bat pour se qualifier pour la Coupe du monde. Pour la première fois dans ma carrière d'entraîneur, j'ai vu un joueur de l'équipe nationale qui ne veut pas s'entraîner et prétend être blessé, bien que les tests aient montré qu'il peut jouer. Je ne tolérerai pas ce comportement tant que je serai entraîneur du Maroc", avait fustigé, acide, l'ancien international yougoslave. 

Je ne jouerai plus jamais sous les ordres de cet entraîneur
Hakim Ziyech

"Vous ne devriez pas vous foutre de moi (sic). Je ne jouerai plus jamais sous les ordres de cet entraîneur. Quoi que fasse cet entraîneur national, qu'il vole haut ou bas, qu'il se tienne sur le pas de ma porte, qu'il veuille dormir avec moi dans le grenier ou dans la cave, je ne jouerai pas pour cet entraîneur national", avait répliqué le principal intéressé lors d'une interview avec ESPN, en mai dernier. 

Finalement, Ziyech a obtenu gain de cause auprès de sa fédération, avec le licenciement en août dernier du sélectionneur. C'est Walid Regragui, 44 capes sous le maillot du Maroc en tant que joueur, qui a été choisi pour le remplacer. Le technicien, passé par Al-Duhail (Qatar) et le Wydad Casablanca (Maroc), a immédiatement rappelé le joueur de 29 ans. Mieux, il l'a replacé au cœur du jeu, à son poste de prédilection. "Si vous regardez l'atmosphère autour de la sélection, elle est très saine. Toutes les conditions sont bonnes et nous avons de bonnes connexions entre nous", a récemment déclaré le N°10. "Je suis très content d’être de retour après beaucoup de problèmes et de troubles. Je suis prêt à aider l’équipe", a-t-il encore affirmé. 

Le Maroc a besoin d'un Ziyech XXL

Entouré de dribbleurs, comme Sofiane Boufal ou Zakaria Aboukhlal, et de techniciens comme Bilal El Khannouss ou Azzedine Ounahi, il peut faire parler sa science de la passe pour faire des différences. Ce rôle de métronome, et cette capacité à se montrer décisif, vont être d'autant plus importants au Qatar qu'Amine Harit, qui avait un profil un peu similaire à celui de Ziyech, a déclaré forfait pour la compétition, touché au genou. 

En outre, les Marocains manquant d'options à la pointe de l'attaque, la faculté à se montrer dangereux de loin de l'ex-Ajacide pourrait également se révéler particulièrement précieuse. Le taulier du poste, Youssef En-Nesyri (15 buts en 50 capes), réalise, en effet, une saison en demi-teinte du côté du FC Séville (2 buts en 15 matchs toutes compétitions confondues). Et derrière, c'est un peu le désert. Walid Cheddira (2 sélections, 0 but) et Abderrazak Hamdallah (19 sélections, 6 buts) ne semblent pas apporter des garanties suffisantes. 

Le pays a besoin de lui
Walid Regragui

"Il est important non seulement pour moi mais pour l'équipe", a résumé Walid Regragui, en conférence de presse à la veille du premier match de son équipe contre la Croatie. "Je suis très heureux qu'il soit de retour en sélection, le pays a besoin de lui, inch'allah il va donner 100%, je n'ai aucun doute là-dessus", a-t-il martelé. 

Reste à savoir si le joueur de Chelsea a les épaules pour assumer les immenses responsabilités qui vont lui échoir, dans un contexte où le Maroc vise une première qualification pour les phases finales de la Coupe du monde... depuis 1986. Il faudra, pour cela, afficher un visage bien différent à celui en que l'on lui a parfois vu en club (aucun but ou passe décisive en neuf matchs cette saison). Les Lions de l'Atlas ont, en tout cas, le potentiel pour créer la surprise dans un groupe homogène constitué de la Belgique, du Canada et de la Croatie. Et pour, pourquoi pas, devenir la belle histoire de ce début de Mondial. Et cela, ils le doivent (peut-être) à Hakim Ziyech. 


Maxence GEVIN

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