La Route du Rhum 2022

"Il ne faut pas se faire larguer ni tout exploser" : départ raté, Route du Rhum sabordée ?

Publié le 5 novembre 2022 à 9h00
JT Perso

Source : Sujet TF1 Info

Le départ de la 12e édition de la mythique Route du Rhum sera donné dimanche 6 novembre à 13h02, au large de Saint-Malo.
Dans cette course en solitaire à la voile, les premières heures en mer présagent souvent du résultat à l'arrivée.
D'autant plus quand la météo fait des siennes.

"C'est un sprint, il faut être à fond et ne pas se faire larguer dès le départ." Le 6 novembre, à 13h02, après dix jours passés à quai à Saint-Malo, les 138 engagés - novices, favoris et tenants du titre, répartis en six catégories (Ultime, Ocean Fifty, Imoca, Class40, Rhum Multi et Rhum Mono) - embarqueront pour une aventure en solitaire de 3543 milles nautiques (6562 kilomètres). S'ils s'élanceront tous en même temps, sur une ligne de départ unique, au large des côtes bretonnes, "il y aura plusieurs temps de course de différents", rappelle à TF1info Samantha Davies, à bord de son Imoca Initiatives-Cœur. 

Le premier Ultime, les voiliers les plus rapides en course, est attendu à Pointe-à-Pitre une bonne semaine après le départ de la cité corsaire. Pendant ce temps-là, les autres classes auront encore de la mer à prendre. L'Imoca de tête mettra environ 12 jours à rallier la Bretagne à la Guadeloupe, quand le Class40 en aura besoin de plus ou moins 17 pour réaliser la même traversée.

Avis de tempête sur la transat

Si chaque catégorie fera donc sa course de son côté, ils seront tous, pour ainsi dire, dans le même bateau au départ. Il s'agira de prendre le meilleur vent pour ne pas perdre de précieux milles, qui pourraient coûter un podium, voire plus. Car, sur la légendaire transatlantique, sans doute plus qu'ailleurs, les premières heures passées sur l'eau déterminent souvent la suite. De premiers instants lors desquels il faut lutter avec des conditions météorologiques "un peu raides". Cette 12e édition ne fera pas exception à la règle : des vents puissants et une mer très formée attendront les concurrents dès les premiers milles au près.

À 13h02, l'heure du départ, le vent soufflera fort au large de Saint-Malo.
À 13h02, l'heure du départ, le vent soufflera fort au large de Saint-Malo. - WINDY

À la sortie de la Manche, tout sera une question de dosage. Dans cette mer casse-bateau, où la moindre erreur ou faute d'inattention peut arrêter le sort d'une course, il faudra se placer dans le bon paquet de bateaux. "À ce moment-là, on doit choisir si on met le pied au plancher ou pas. Chaque manœuvre compte, le timing est parfois plus important que la vitesse d'un changement de voile", assure Sam Davies, se souvenant qu'une météo semblable il y a quatre ans avait provoqué de la casse. "Il ne faut pas se faire larguer ni tout exploser. On sait que nos bateaux et nos esprits compétitifs peuvent aller trop forts." 

Une aventure qui ne laisse pas les opportunistes pointer le bout de leur nez

Yoann Richomme, skippeur Paprec-Arkea

D'autant que la première nuit au large promet d'être musclée. Le vent de la fin de journée va forcir considérablement pour atteindre 40 nœuds (70 km/h), avec des rafales attendues à plus de 55 nœuds (100 km/h). La mer en furie va se creuser, avec des creux de 6 à 7 mètres. Si les Ultimes et les Imocas pourraient échapper au gros de la dépression, les autres voiliers devraient être pris en pleine tempête, les poussant pour certains à s'abriter dans un port breton, en attendant une accalmie.

"Je m'attends à ça, ce sont des conditions que j'apprécie et dans lesquelles je suis à l'aise", admet Yoann Richomme, qui remettra son titre en jeu en Class40, à la barre de Paprec-Arkea, particulièrement adapté aux conditions des premières heures. 

"On dit tout qu'une course, comme la Route du Rhum, se joue dans les 24 ou 48 premières heures, mais je pense que c'est plutôt les 4-5 premiers jours. Généralement, on essuie une ou deux tempêtes avant de pouvoir accrocher un flux de vent qui permet d'aller un peu plus sud ou dans la bonne direction." Pour le skippeur, qui vit à Lamor-Plage, "c'est une aventure qui ne laisse pas d'opportunité aux opportunistes, justement, de trop pointer le bout de leur nez. Le ménage est fait au bout de 3-4 jours."

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"C'est fort probable que si tu te fais décrocher au départ, tu aies du mal à recoller", reconnaît Louis Burton, qui navigue sur Bureau Vallée, l'un des 35 Imoca du plateau. Prendre un mauvais départ signifie être très vite être dans le dur. Et même perdre toute chance de se mêler à la lutte pour les premières places. "Il faut partir à fond, tout en préservant son bateau, car il y a potentiellement plusieurs jours difficiles avec des passages de front. L'objectif, c'est de sortir juste avant la ligne rouge." Afin de laisser la tempête derrière soi et de pouvoir regarder vers le sud. Avec l'espoir d'une météo plus clémente.


Yohan ROBLIN

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