Cyclisme : pourquoi Peter Sagan, futur retraité de la route, est-il si populaire ?

Publié le 27 janvier 2023 à 17h54, mis à jour le 30 janvier 2023 à 16h56

Source : Sujet TF1 Info

Le clap de fin se rapproche à grand pas pour Peter Sagan.
Le fantasque sprinteur slovaque a annoncé, jeudi 26 janvier, qu'il allait prendre sa retraite sur route à l'issue de la saison.
Avec ce départ programmé, le peloton perd un coureur aussi doué qu'apprécié du public et de ses compagnons de route.

Il ne fait jamais rien comme les autres. Même lorsqu'il annonce sa retraite à venir. Engagée sur la Vuelta San Juan, en Argentine, Peter Sagan a révélé, jeudi 26 janvier, lors d'un point presse improvisé, prenant de court son équipe TotalEnergies, que 2023 serait sa dernière saison sur route. "Le moment est venu pour tout le monde de savoir que cette année serait ma dernière en tant que coureur professionnel sur route, sur des courses World Tour", a-t-il lancé. "Je vais rester chez TotalEnergies, mais j'aimerais me focaliser sur les qualifications en VTT pour les Jeux olympiques."

"Je n'ai jamais rêvé de courir ou d'être coureur professionnel jusqu'à 40 ou 50 ans. Si je peux finir ma carrière à Paris aux Jeux olympiques, ça va être quelque chose de sympa pour moi. J'ai toujours dit que je voulais terminer ma carrière sur le VTT, car j'ai commencé avec ça. Ça me donne un certain plaisir pour la fin de ma carrière. Je fais quelque chose que j'aime vraiment", a expliqué le coureur slovaque, qui aura 34 ans lors des prochains JO, âge auquel il raccrochera tous ses vélos de course. 

Le compte à rebours est donc enclenché. À la fin de l'année, "Peto" fera ses adieux au cyclisme sur route et, quelques mois plus tard, au vélo tout court. Il reste donc 18 mois aux fans pour profiter de ce coureur définitivement à part dans le peloton. Le natif de Žilina restera comme l'un des plus grands sprinteurs. Polyvalent, endurant et surtout toujours bien placé, il a trusté les podiums des plus grandes courses sur la décennie écoulée. S'il ne gagne pas tout le temps, ce qui le confère une part d'humanité aux yeux du public, il a souvent levé les bras sur la ligne d'arrivée.

Si je perds le jaune, j'ai le vert...
Peter Sagan, en 2016 sur les maillots distinctifs

Ce qui lui a permis de se bâtir un palmarès gargantuesque : triple champion du monde (2015, 2016 et 2017), champion d'Europe 2016, lauréat de deux monuments, le Tour des Flandres en 2016 et Paris-Roubaix en 2018, sans oublier, sept maillots verts sur le Tour de France (2012, 2013, 2014, 2015, 2016, 2018, 2019), supplantant le record de la légende allemande Erik Zabel sur la Grande Boucle. Conséquence de cette suprématie, pendant huit ans, du 14 juin 2011 au 23 juin 2019, il a troqué à chaque course la tenue de ses équipes successives (Cannondale, Tinkoff-Saxo, Tinkoff et Bora-Hansgrohe) pour un maillot distinctif de couleur. "Si je perds le jaune, j'ai le vert. Si je perds le vert, j'ai le maillot arc-en-ciel !", résumait-il, avec nonchalance, à l'occasion du Tour de France 2016.

Un showman dans l'âme

Outre cette vitrine de trophées bien garnie, l'une des plus belles du peloton, "Hulk" se distingue par un caractère extraverti qui détonne. Tel un ovni dans le monde aseptisé dans l'univers du vélo. "Ce qui m'étonne le plus chez lui est son naturel incroyable. Il ne joue jamais un rôle. De nos jours, on a de très grands champions cyclistes, mais Peter, lui, est un champion et une star", insiste auprès du Quotidien du Sport Gabriel Uboldi, son agent et ami. Avec son côté désinvolte, parfois insolent mais toujours bon enfant, Peter Sagan a su se rendre attachant aux yeux du grand public. Et ce en dépit d'un humour très limite, comme lorsqu'il a pincé les fesses d'une hôte sur le Tour des Flandres 2013, ou de quelques sautes d'humeur sur son vélo, à l'image de son horrible coup de coude sur Mark Cavendish à l'occasion du Tour de France 2017. Des idioties qui n'ont pas terni sa popularité.

Cette popularité tient à plusieurs raisons. D'abord, son accessibilité. Il ne refuse jamais un autographe ou une photo, même en pleine ascension du Tourmalet. Ensuite, son aisance sur sa machine. Le wheeling, ou la roue arrière pour les puristes de la langue française, qu'il aime reproduire en pleine étape, au Mont Ventoux par exemple, pour amuser la galerie. Et, enfin, ses pitreries, plus barrées les unes que les autres. Comment ne pas penser à cette vidéo bluffante où il range son vélo sur le toit de sa voiture, sans mettre le pied à terre ? Ou bien à ses imitations parodiques de héros de la culture populaire (Forrest Gump, Gladiator, Grease, Rocky...) ? "Il faut s'amuser", aime à répéter le vainqueur de 12 étapes sur le Tour.  

Un leitmotiv auquel adhère le public. En juillet 2022, une étude de la société de data de cyclisme Fuoriclasse donnait le maillot de la popularité à Peter Sagan. Avec 1,9 million d'abonnés sur les réseaux sociaux, le Slovaque devançait les Colombiens Rigoberto Uran (1,48 million), Egan Bernal (1,39) et Nairo Quintana (1,38). Loin devant le premier Français Julian Alaphilippe (6e) et ses 879.000 followers, lui-même classé devant ses compatriotes Romain Bardet (23e, 266.000) et Thibaut Pinot (25e, 223.000). Des compagnons de route qui l'apprécient autant que les fans. "D'après ce que j'en sais tout le peloton aime Peter", assure Gabriel Uboldi, qui décrit "un gars sociable, gentil, sympathique". Une rockstar, spontanée et captivante, qui va manquer à coup sûr au vélo.


Yohan ROBLIN

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