Brésil : Lula défait Bolsonaro et revient au pouvoir

Neymar appelle à voter Bolsonaro au Brésil : "L'influence des footballeurs sur le vote est très faible"

Propos recueillis par Yohan ROBLIN
Publié le 1 octobre 2022 à 8h42
JT Perso

Source : TF1 Info

Superstar du football brésilien, Neymar a apporté son soutien au président sortant Jair Bolsonaro, en vue de l'élection présidentielle.
Un soutien de poids pour le candidat d'extrême droite, distancé dans les sondages par son adversaire, l'ex-président de gauche Lula.
Cette prise de position, comme d'autres, "ne changera rien" au vote, assure auprès de TF1info le sociologue du sport Michel Raspaud.

Au Brésil plus qu'ailleurs, le football est un objet politique. À l'heure où le plus grand pays d'Amérique latine est appelé aux urnes, dimanche 2 octobre, pour le premier tour de l'élection présidentielle, le camp des pour et des contre Jair Bolsonaro se hâtent dans la dernière ligne droite. À trois jours d'un scrutin ultra-polarisé, Neymar, idole de la Seleção, est venu s'ajouter à la liste de footballeurs auriverde qui se rangent derrière le président sortant. Le joueur du PSG a posté une vidéo TikTok, dans laquelle il a repris une chanson appelant à voter pour le candidat d'extrême droite. 

Et le "Ney" n'est pas un cas isolé. Dans ce pays où le futebol est roi, le leader populiste a fait des stars du ballon rond, de Ronaldinho à Romario, en passant par Kaka, Cafu, Dani Alves et Lucas Moura, une arme de communication massive. En face, Lula rivalise à armes inégales, avec des soutiens, Juninho et Rai, engagés moins médiatiques. Mais qu'importe, puisque les déclarations pro-bolsonaristes n'auront qu'une influence limitée sur l'issue du vote, estime le sociologue du sport Michel Raspaud, auteur de l'ouvrage "L'histoire du football au Brésil" (paru en 2010 aux Éditions Chandeigne). 

Il y a une méconnaissance de ce que sont le rôle et l'action du politique

Michel Raspaud, sociologue du sport

On n'y est pas habitué en France, mais au Brésil, les footballeurs n'hésitent pas à afficher publiquement leur soutien à l'un des candidats à la veille de l'élection présidentielle. Pourquoi s'engagent-ils dans le débat politique ?

Michel Raspaud : C'est à peu près le même topo qu'il y a quatre ans. En 2018, les mêmes personnes s'étaient déjà prononcées en faveur, si ce n'est des mêmes candidats, des mêmes forces politiques. Mais ces prises de position publiques me semblent assez récentes, même si des footballeurs sont entrés en politique, à l'image de Romario. Les manifestations de 2013, en marge de la Coupe des confédérations, ont eu l'effet d'un déclic. Ils ont pris conscience qu'il y avait plus important que le football, avec l'appauvrissement de la société brésilienne, et surtout de la classe moyenne, dont un bon nombre d'entre eux sont issus. Même si eux ne craignaient rien, leurs entourages familiaux et amicaux en subissaient les conséquences. 

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Neymar est le dernier footballeur auriverde en date à avoir appelé à voter Jair Bolsonaro, candidat à sa réélection. Comment expliquer qu'ils penchent encore pour le controversé président sortant d'extrême droite ?

Ils le soutenaient déjà en 2018, ils n'ont pas changé d'avis entre-temps. Il faut comprendre qu'à partir du moment, où vous affichez publiquement une position, il est difficile d'en changer et d'avancer des arguments pour justifier de ce changement. Ces jeunes gens qui soutiennent Jair Bolsonaro n'ont jamais connu la vie sous la dictature. Ils ne savent pas ce qu'est un régime autoritaire. Quand Lucas Moura prétend que Lula est "communiste", il n'a aucune idée de ce qu'est le communisme. Lula n'a jamais été communiste, même s'il en a été un temps très proche. Sa politique lorsqu'il était au pouvoir n'était pas une politique communiste ou socialiste. Elle était certes à l'avantage des classes populaires, mais on ne peut parler de communisme et de socialisme. Il y a une méconnaissance de ce que sont le rôle et l'action du politique. 

Bolsonaro instrumentalise le football

Michel Raspaud, sociologue du sport

Jair Bolsonaro semble lui avoir flairé le potentiel politique du football...

Il est évident qu'il instrumentalise le football et les joueurs de football. Chaque fois qu'il se déplace quelque part dans le pays, il porte le maillot du club local. Mais, qu'on soit clair, ce n'est pas ce qui va décider les gens à voter pour lui.

Neymar a toujours montré une forme de sympathie pour Bolsonaro

Michel Raspaud, sociologue du sport

Ces prises de position de gloires actuelles et passés de la Seleção suscitent de l'incompréhension. Ces soutiens publics peuvent-ils se retourner contre ces joueurs ?

Ça ne les met pas en danger. Les positions pro-Bolsonaro de ces footballeurs sont connues depuis un moment, on ne les découvre pas aujourd'hui. Neymar, par exemple, a toujours montré une forme de sympathie pour le candidat d'extrême droite. Il s'est affiché avec lui à plusieurs reprises. Son soutien public n'est qu'une suite logique. En revanche, la question que l'on peut se poser est : quelle influence peuvent-ils avoir sur le corps électoral brésilien ? À mon avis, celle-ci est très faible. 

Malgré le fait que le football soit le sport-roi au Brésil....

Ces marques de soutien interviennent juste avant le premier tour. Puisque le vote est obligatoire au Brésil, on ne peut pas exclure une petite répercussion sur les plus jeunes votants, qui se demandent peut-être pour qui glisser un bulletin. Mais ça ne changera rien. L'écart de points dans les sondages entre Lula et Bolsonaro montre que la population brésilienne, globalement, a changé de position durant les quatre dernières années. Elle s'est détournée de Jair Bolsonaro, notamment en raison de sa gestion de la crise du Covid. Les Brésiliens sont des personnes éduquées, ils lisent la presse et suivent les émissions de télévision. Il y a certes tout un ensemble d'influences, évangélistes en particulier, mais les gens ne sont pas dupes. 


Propos recueillis par Yohan ROBLIN

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