Euro 2022 féminin : des Bleues ambitieuses

Euro 2022 : ces trois Bleues devenues "persona non grata" en sélection

Maxence GEVIN
Publié le 24 mai 2022 à 11h35, mis à jour le 30 mai 2022 à 14h56
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

Corinne Diacre doit annoncer, le 30 mai prochain, sa liste des 23 joueuses sélectionnées en équipe de France pour l'Euro 2022.
Sauf surprise de dernière minute, trois joueuses ne devraient pas être du voyage en Angleterre, toutes pour des raisons différentes.

Le couperet va bientôt tomber. À moins de deux mois du coup d'envoi de la compétition (6 juillet-31 juillet), Corinne Diacre va annoncer le nom des 23 heureuses élues, choisies pour disputer l'Euro 2022. Une liste particulièrement attendue, trois ans après la sortie de route prématurée des Bleues lors de leur Mondial à domicile (1-2 contre les États-Unis). "Il me reste quelques semaines, quelques jours pour définir cette liste. Elle ne sera pas très loin de ce que j’ai fait dernièrement, il n’y aura pas de grande surprise", a glissé la sélectionneuse tricolore, le 12 mars dernier, au sortir d'une courte victoire de la France contre la Slovénie (1-0). "Il n'y a pas de doute", a-t-elle ajouté dans un entretien à l'AFP en date du 20 mai. 

Sauf tremblement de terre, les joueuses écartées lors des derniers rassemblements ne devraient donc pas être du voyage en Angleterre. C'est notamment le cas d'Amandine Henry (OL), d'Eugénie Le Sommer (OL) et de Kheira Hamraoui (PSG), toutes pour des raisons diamétralement différentes. 

Amandine Henry, la rupture de confiance

Au terme d'un (énième) match abouti, marqué par un but de grande classe, Amandine Henry a soulevé samedi 21 mai sa sixième Ligue des champions. Avec son activité incessante et sa capacité à casser les lignes, la milieu de terrain a porté l'Olympique Lyonnais vers un nouveau succès continental (victoire 3-1 contre Barcelone). Cerise sur le gâteau, elle a été nommée "joueuse du match". La Nordiste d'origine, au palmarès long comme le bras, ne devrait pourtant pas faire partie de l'aventure estivale. 

Des premières dissensions sont apparues entre Diacre et Henry au terme d'un Mondial 2019, conclu sur une note amère. La rupture est définitivement consommée après la sortie médiatique de l'internationale française pour critiquer le management de sa sélectionneuse, un jour de novembre 2020. Pas sélectionnée pour le rassemblement précédent, en octobre, la joueuse aux 93 sélections vide son sac. "C'est la coach, elle fait des choix. Mais quand elle m'a appelée pour me prévenir, l'appel a duré 14 ou 15 secondes, je m'en rappellerai toute ma vie. Franchement, ce coup de fil m'a choqué. Elle m'a dit : Amandine, tu sais que la liste sort demain et tu n'y seras pas par rapport à tes performances actuelles. Je lui ai dit : OK, bon match, au revoir. C'est tout", lâche-t-elle alors. La relation de confiance est "malheureusement" rompue entre la sélectionneuse et les joueuses, affirme-t-elle encore, espérant réunir tout le monde "autour d'une table pour mettre tout à plat"

Je n'ai plus confiance en Amandine

Corinne Diacre

Des propos que la technicienne tricolore n'a jamais digéré. "Je n’ai plus confiance en Amandine en tant que capitaine", confirme d'ailleurs la principale intéressée. "C’est un sujet qui, pour moi, aurait dû se traiter en interne. J’ai été surprise, car je n’étais pas au courant de ce qui s’est dit. Avant d’en parler aux médias, ça aurait été bien d’en parler à la personne concernée, tout simplement. C’est bon, par moments, de laver son linge sale en famille", fustige-t-elle. 

Si le soutien de Noël Le Graët, président de la FFF, a, un temps, paru apaiser les choses, la Lyonnaise n'a plus été convoquée en Bleues depuis 2021. Une situation qui ne devrait pas changer à l'aune d'une nouvelle compétition internationale où les Françaises sont (une nouvelle fois) très attendues. 

L'incompréhension Eugénie Le Sommer

Les racines des tensions remontent également à cette élimination traumatisante en quarts de finale de la Coupe du monde 2019. Dès le coup de sifflet final de la rencontre ou presque, Corinne Diacre allume Eugénie Le Sommer en conférence de presse. Elle explique notamment que la meilleure buteuse de l'histoire de la sélection tricolore (86 réalisations) n'avait pas respecté les consignes en jouant trop sur le côté gauche alors qu'elle lui avait demandé de jouer dans l'axe. Une sortie que n'a que très peu goûté la native de Grasse. "Je pense que je serais tombée de mon canapé si j'étais en train de regarder en direct. Je ne suis pas quelqu'un qui ne respecte pas les consignes. Voir mon nom sortir dans la presse, ça n'a pas été évident pour moi et mes proches", a-t-elle déploré. "Je n'ai pas du tout eu l'impression de ne pas avoir respecté les consignes. Je ne peux pas rentrer dans l'axe et jouer 10 quand on n'a pas le ballon", ajoute-t-elle. 

La suite ? Après un rassemblement manqué sur blessure, l'attaquante aux 175 sélections a été écartée définitivement. "Je n'ai pas forcément compris", a-t-elle affirmé, assurant n'avoir eu aucun contact ni aucune explication de la part de la sélectionneuse. "J'ai eu des réponses à travers ce qu'elle a pu dire dans des médias", regrette-t-elle. "Il n'y a pas de problème" personnel avec Diacre, tempère-t-elle néanmoins.

Donner de la place à la jeunesse

Corinne DIacre

Depuis, la sélectionneuse en a dit un peu plus sur les raisons de cette décision, mettant en avant un renouvellement des générations incarnée par la buteuse du Paris Saint-Germain, Marie-Antoinette Katoto ou la révélation Melvine Malard. "La porte n'est fermée à personne, ça a toujours été mon discours. Elle fait partie comme d'autres joueuses d'un groupe élargi. Mais il n'y a que 23 places et, comme le demande ma fonction, je fais des choix", a mis en avant l'ancienne défenseuse. "Donner de la place à la jeunesse, cela en enlève à d'autres. Cette saison, cela a été le cas pour Eugénie, pour d'autres aussi. On ne peut pas occulter la carrière de certaines joueuses mais [...] c'est la nécessité de faire des choix, d'avoir des résultats et de trouver un équilibre", souligne-t-elle encore. 

Si l'avant-centre de l'OL n'a pas encore abandonné tout espoir de disputer le prochain Euro, la voir dans la liste finale constituerait une authentique surprise... 

Le malaise Kheira Hamraoui

Pour Kheira Hamraoui, tout a basculé un soir de novembre 2021. La milieu de terrain a alors été agressée à coups de barres de fer par deux hommes, devant sa coéquipière Aminata Diallo. L'affaire s'est ensuite emballée, entraînant les deux joueuses dans la tourmente, la seconde étant - dans un premier temps - suspectée d'être à l'origine du guet-apens. D'abord rappelée en sélection en février malgré cet incident, Kheira Hamraoui (39 sélections) a ensuite été mise sur la touche. Sortie pour une blessure à la cuisse lors d'un match du PSG en Ligue des champions contre le Bayern Munich, elle n'a ainsi pas été convoquée pour affronter le pays de Galles et la Slovénie au mois d'avril. Mais "son absence n'est pas liée à cela", a précisé Corinne Diacre. 

En effet, dans les coulisses, la relation de la Parisienne avec ses coéquipières s'est largement et rapidement dégradée. Diani et Katoto, deux autres joueuses du PSG, n'ont pas apprécié que Diallo soit devenue une victime collatérale de l’affaire (en plus de sa garde à vue initiale, elle n'a plus été rappelée en Bleues depuis le début de l'affaire, ndlr). Elles ont alors multiplié les marques d’affections envers cette dernière. Lors du Tournoi de France, les deux attaquantes ont alors célébré un but face aux Pays-Bas en mimant un "A", en référence à Aminata Diallo. Le tout devant les yeux de Kheira Hamraoui

Certaines relations sont difficiles entre certaines joueuses

Corinne Diacre

Le fossé, déjà béant entre l’ancienne Barcelonaise et ses collègues, est devenu un gouffre. Au point que l'avocat de Hamraoui dénonce, dans une lettre, des "agissements répétés constitutifs de harcèlement moral". "Ces comportements ont pour effet une dégradation des conditions de travail de ma cliente, portant atteinte à ses droits, à sa dignité, altérant sa santé mentale et compromettant son avenir professionnel", a-t-il fustigé. Une difficile cohabitation qu'a laconiquement la sélectionneuse de l'équipe de France : "Certaines relations sont difficiles entre certaines joueuses"

Diani et Katoto étant, aujourd'hui, des cadres de la sélection tricolore, le retour de Hamraoui pour le championnat d'Europe des nations semble particulièrement improbable. D'autant que cette dernière a, également, été écartée de l'équipe première du PSG en cette fin de saison. 


Maxence GEVIN

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