Euro féminin de football UEFA 2022

Euro 2022 : "plus souriante", "très à l'écoute"... l'évolution de Corinne Diacre vue par ses joueuses

Maxence GEVIN
Publié le 5 juillet 2022 à 15h44
JT Perso

Source : JT 13h Semaine

En fonction depuis 2017, Corinne Diacre n'a pas toujours fait l'unanimité à la tête de l'équipe de France.
Entre revers collectifs cuisants et critiques de son management, l'ancienne internationale a dû composer avec de multiples crises.
Reconnaissant s'être largement remise en question, elle semble, enfin, avoir trouvé la bonne formule.

Un pilier suffisamment solide pour aller jusqu'au bout ? En pleine confiance, et restant sur 14 victoires consécutives, l'équipe de France féminine fait figure de favorite à la victoire lors de l'Euro 2022 (6-31 juillet). Depuis sa sortie de route prématurée contre les États-Unis, en quarts de finale de la Coupe du monde 2019, les Bleues se sont patiemment reconstruites. 

Au cœur de ce nouvel édifice, Corinne Diacre - longtemps contestée et extrêmement fragilisée - a joué un rôle central. S'appuyant sur un groupe largement renouvelé (seulement 11 joueuses étaient là en 2019) et modelé à son image, elle semble enfin avoir trouvé le bon équilibre. Suffisant pour aller jusqu'au bout ? 

Une sélectionneuse au bord du gouffre...

"Gagner un titre avec cette sélectionneuse me paraît impossible". Au moment de se mettre en retrait de la sélection, en juillet 2020, Sarah Bouhaddi a lâché une bombe. Une façon non dissimulée de demander le départ de Corinne Diacre, avec qui la rupture a été consommée au sortir du Mondial 2019. 

Attaquée pour ses choix et sa dureté, la Nordiste a alors perdu le soutien d'une large partie du vestiaire tricolore, à commencer par les joueuses de l'Olympique Lyonnais. En point d'orgue de ce divorce, la sortie médiatique incendiaire d'Amandine Henry un jour de novembre 2020. "Je voyais des filles pleurer dans leur chambre, moi je pleurais dans ma chambre. Ça a été un chaos total. [...] Certaines filles n'osent pas parler. Il y a de la crainte", confiait à l'époque la milieu de terrain. 

Amandine Henry et Eugénie Le Sommer, victimes des choix de Corinne Diacre et absentes à l'Euro - FRANCK FIFE / AFP

Malgré les difficultés, la technicienne a reçu le soutien du président de la FFF, Noël Le Graët, qui l'a confortée à son poste. "Corinne est quelqu'un de sérieux qui travaille bien. J'ai mille fois confiance en elle. C'est la bonne personne à la bonne place", avait-il assuré. Progressivement, les tensions se sont apaisées, avec des remises en question de part et d'autre. 

...qui a su se remettre en question

Si elle a coûté leur place à plusieurs cadres tricolores - Eugénie Le Sommer et Amandine Henry en tête -, cette fracture a surtout relancé une spirale beaucoup plus vertueuse. Chacun a mis de l'eau dans son vin pour le bien de l'équipe, à commencer par Corinne Diacre. La première femme à décrocher le brevet d’entraîneur de football professionnel puis à coacher une équipe de football masculine (Clermont Foot 63) a notamment redonné le brassard de capitaine à Wendie Renard. 

Une décision prise en septembre dernier, qui a apaisé le climat dans l'équipe. "Cela a créé tout de suite une émulation parce qu’elle peut aussi s'appuyer sur des taulières à côté d'elle. Elle insuffle et impose quelque chose, et on a cette envie commune", reconnaît d'ailleurs l'ancienne défenseure centrale à l'ASJ Soyaux. 

On s’entend toutes très bien en dehors du terrain

Clare Matéo

Depuis, l'équipe de France a gagné tous ses matchs, dont un choc contre les Néerlandaises, championnes d'Europe en titre (3-1). Surtout, la synergie entre joueuses et staff ne cesse de s'améliorer. "La décision a été prise. Aujourd'hui, on avance. Quand il y a des choses à dire, des questionnements, il peut arriver qu'on ait des échanges", explique Wendie Renard. "Le groupe s'entend bien, il travaille bien", ajoute la patronne de l'OL. 

"Franchement, nous ne sommes pas des filles aimant les tensions, on n'aime vraiment pas se prendre la tête", abonde la buteuse star du PSG Marie-Antoinette Katoto. "Comme je l’ai déjà dit, on est un super groupe, on s’entend toutes très bien en dehors du terrain. Il n’y a plus qu’à montrer que cette ambiance se ressent en match", complète Clara Matéo, l'une de ses coéquipières sur le front de l'attaque, dans les colonnes de 20 minutes. 

Une plus grande proximité

Cette évolution bénéfique est liée à deux grands changements. D'une part, Corinne Diacre semble avoir changé de fusil d'épaule et est devenue plus proche de ses joueuses. Pas sélectionnée pour l'Euro, Valérie Gauvin déclarait en septembre 2021 que la technicienne n'était "pas du tout distante". "Il y a des discussions quand il faut en avoir. Sur des questions tactiques ou autres, on peut échanger s'il y a des choses incomprises", a-t-elle indiqué à L'Équipe, reconnaissant qu'aujourd'hui "il y a plus de facilités à discuter"

"Elle est complètement ouverte à la discussion", se félicite l'avant-centre d'Everton. Même son de cloche du côté de Sandie Toletti : "Le staff est très à l'écoute et s'adapte beaucoup". Nouvelle venue chez les Bleues en novembre dernier, la jeune Selma Bacha ne dit pas le contraire. "Je me suis sentie super bien. Je n’ai eu aucun stress. La coach m’a vite mise à l’aise et les coéquipières aussi", s'est-elle réjouie après sa première sélection. 

Des étoiles bleues dans les yeux des enfantsSource : JT 13h Semaine
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Même la "bannie" Amandine Henry semble avoir notifié un changement. "Ce ne sont pas nos relations [qui se sont dégradées], ce sont les relations entre elle et l'équipe. En soi, je n'avais aucun problème avec elle, c'était l'équipe qui avait un problème", commence-t-elle. "À entendre les échos des autres joueuses, aujourd'hui, elle a changé. Je me dis que, peut-être, le fait d'avoir dit les choses, cela a pu faire avancer. Apparemment, elle est beaucoup plus ouverte, souriante. Je n'y étais pas, mais ce sont les échos que j'ai eus", salue-t-elle dans une récente interview à L'Équipe. 

Aujourd’hui, les échanges sont beaucoup plus fluides, il y a beaucoup plus de proximité, de discussions informelles.

Corinne Diacre

Une métamorphose que la principale intéressée reconnaît aisément. "Avant, il y avait peut-être un côté de moi d'un côté, les joueuses de l'autre. Aujourd'hui, on avance ensemble dans la même direction", souligne-t-elle. "Aujourd’hui, les échanges sont beaucoup plus fluides, il y a beaucoup plus de proximité, de discussions informelles. On a aussi plus de connaissance des uns et des autres. [...] Une joueuse peut venir me voir pour me dire qu'elle ne se sent pas super bien, et on prend en compte", précise la sélectionneuse de 47 ans. 

Une jeune génération pour un nouveau style de jeu

Par ailleurs, et c'est sans doute lié, le groupe a été renouvelé dans les grandes largeurs pour faire place nette à la jeunesse. La nouvelle génération, incarnée par Pauline Peyraud-Magnin, Selma Bacha, Delphine Cascarino, Marie-Antoinette Katoto, Melvine Malard ou encore Sandy Baltimore, a pris le pouvoir. Idéal pour relancer un groupe à bout de souffle et instaurer une philosophie de jeu basée sur la vitesse et la percussion. "Elle ne faisait pas forcément confiance aux jeunes", témoigne Sakina Karchaoui, qui se félicite que cela soit désormais de l'histoire ancienne. Le 4-3-3 qui fait la part belle aux flèches offensives -Katoto accompagnée de Cascarino, Malard, Diany ou Baltimore - est devenu un incontournable. Avec des résultats visibles (37 buts sur les 10 dernières rencontres, soit presque 4 par match !). 

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"Aujourd’hui, ce qui ressort de l’Équipe de France entraînée par Corinne Diacre, c’est la force collective. [...] Un mélange entre des joueuses qui ont l’expérience des grands rendez-vous, mais qui n’ont pas encore réussi à aller au bout et des jeunes qui, en catégorie de jeunes, ont remporté des compétitions, savent ce qu’il faut faire, arrivent avec naïveté, légèreté et fraîcheur", analyse Aline Riera, qui a joué sous le maillot frappé du coq aux côtés de Diacre. Charge à cette nouvelle joyeuse bande d'aller jusqu'au bout... 


Maxence GEVIN

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