Roger Federer : les adieux de la légende du tennis

Fin de carrière pour Roger Federer : deux anecdotes qui ont forgé sa légende

Yohan ROBLIN
Publié le 24 septembre 2022 à 9h55
JT Perso

Source : TF1 Info

À 41 ans, la légende suisse a raccroché définitivement la raquette, vendredi 23 septembre, lors d'un dernier match à la Laver Cup.
Co-auteur d'un essai sur Roger Federer, Frédéric Vallois raconte à TF1info deux moments survenus dans sa carrière qui permettent de mieux comprendre le style de celui qui est affectivement surnommé "Rodgeur".

Tout a été dit, tout a été écrit sur lui. Pourtant, alors qu'il a fait ses adieux au tennis mondial vendredi, à l'issue de la Laver Cup à Londres, Roger Federer n'en demeure pas moins difficile à cerner. Taiseux, il s'exprime peu, contrôlant méticuleusement chaque prise de parole. À l'heure du tout médiatique et social, le Suisse, auréolé de 20 titres du Grand Chelem et lauréat d'un record imbattable de 237 semaines consécutives à la première place du classement ATP, ne laisse rien filtrer de sa vie. Prenant méticuleusement soin de couvrir de secrets tout ce qui a attrait à lui. 

Pour comprendre le personnage Federer, il faut lire et écouter les anecdotes de celles et ceux qui l'ont interrogé, rencontré et même suivi pendant près de 25 ans. Co-auteur avec Charles Haroche de l'essai Federer, un mythe contemporain (paru en mai 2021 chez Solar), Frédéric Vallois en a sélectionné deux parmi des dizaines pour TF1info. Deux anecdotes qui montrent "Rodgeur" sous un jour moins connu. "Deux anecdotes révélatrices de ce qu'il est devenu."

Le Federer "émotif" des jeunes années

"Il y en a une qui me vient tout de suite en tête. Elle remonte à très loin, lorsque Roger n'était encore qu'un jeune adolescent. Le Federer des premières années était très différent du Federer que l'on connaît aujourd'hui. C'était un adolescent qui était extrêmement colérique et irritable. Jamais envers ses adversaires, toujours contre lui-même", raconte l'enseignant en communication à Sciences Po Paris. 

Incapable de se canaliser, il criait des "idiot" ou "crétin" à peine couverts par le bruit assourdissant de ses raquettes jetées sur le sol. "Des dizaines d'anecdotes témoignent de ses coups de sang à ses débuts. L'une d'elles dit qu'un jour son père, Robert, a été tellement excédé par son comportement sur le court, qu'il l'a planté au moment de rentrer chez eux. Il a laissé à son fils juste assez de monnaie pour qu'il se débrouille, par ses propres moyens, pour rentrer à la maison."

Avec le temps, il est arrivé à le cacher sous une espèce de marbre de glace

Frédéric Vallois, co-auteur de "Federer, un mythe contemporain"

"Cela met en évidence le travail que Federer a dû faire sur lui-même pour changer et dompter son caractère émotif, parce qu'au fond Roger est un grand émotif. Avec le temps, il est arrivé à le cacher sous une espèce de marbre de glace. C'est quelqu'un qui ne montre pas ou très peu ses émotions pendant un match, même si on les voit juste après quand il gagne ou perd. Cette anecdote est intéressante parce qu'elle montre la métamorphose qu'il a dû accomplir sur lui-même, sur son tempérament et son caractère", insiste-t-il. "Il l'a fait parce qu'il a dû penser, à juste titre, que c'était une clé pour durer et gagner longtemps."

La "bonne influence" de sa femme Mirka

Pour ce faire, il a aussi pu compter sur le soutien indéfectible de son épouse Mirka, discrète mais toute aussi indispensable. "Il y a une anecdote marquante à ce sujet, même si Roger ne l'a jamais vraiment officiellement confirmée. C'est un éclairage sur le rôle concret de Mirka dans sa vie", relève Frédéric Vallois. "Elle est plus que sa femme, elle est son agente, sa conseillère, presque une guide de vie." Durant les deux décennies écoulées, l'ancienne championne de tennis, dont la carrière de joueuse a été avortée, a façonné la personnalité de Roger Federer sur et en dehors des courts, lui insufflant sa rage de vaincre. 

Lire aussi

"Ça se passe en finale de Wimbledon en 2008 contre Nadal. Federer est malmené, il est mené 2 sets 0. La partie est interrompue par une averse", explique l'auteur. "Il rentre aux vestiaires et l'anecdote veut que Mirka l'ait un peu secoué pendant cette interruption, en lui disant à peu près ça : 'Tu es Roger Federer, tu n'es pas un joueur lambda, donc quand tu vas revenir sur le court, montre-leur qui tu es.' Lorsqu'il est revenu, il était transfiguré. Il a gagné les deux sets suivants. Finalement, il a fini par perdre, mais la finale a pris une tout autre tournure. Ça témoigne de l'influence, dans le bon sens du terme, de sa femme sur sa carrière."


Yohan ROBLIN

Tout
TF1 Info