D'un cancer à héros de la CAN 2024 : Sébastien Haller, l'Éléphant ivoirien miraculé

Publié le 9 février 2024 à 17h22, mis à jour le 12 février 2024 à 6h48

Source : TF1 Info

La Côte d'Ivoire, miraculée du premier tour de "sa" CAN, a décroché une troisième étoile continentale, dimanche 11 février, face au Nigeria (1-2).
Dans cette quête au Stade olympique d'Ébimpé, à Abidjan, les "Éléphants" ont pu compter sur Sébastien Haller, déjà héros de la demi-finale.
Il y a tout juste un an, guéri d'un cancer des testicules, il rejouait au football.

Il est le visage du miracle ivoirien. Arrivé blessé à la CAN, Sébastien Haller a suivi depuis le banc de touche une partie du parcours chaotique des "Éléphants", miraculés après un premier tour calamiteux qui a coûté son poste à Jean-Louis Gasset, remplacé par Emerse Faé. Soigné et choyé, il n'a commencé à entrer en jeu qu'en huitièmes de finale contre le Sénégal, le champion d'Afrique en titre, renversé à la surprise générale (1-1, 5-4 t.a.b). 

Au fil des tours passés, qui lui ont permis d'engranger du temps de jeu, il est monté en régime. Jusqu'à sa reprise de volée topée, pour sa première titularisation dans le tournoi, en demi-finale face au Congo (1-0). Libéré d'un poids, il a réitéré en finale en renversant le Nigeria (1-2), avec un but décisif du bout du pied droit pour offrir à la Côte d'Ivoire, le pays hôte de cette édition, sa troisième Coupe d'Afrique des nations, après 1992 et 2015. Un comeback aussi surprenant qu'improbable pour une sélection dont on ne donnait pas cher de la peau il y a encore deux semaines. 

Un cancer qui freine sa carrière

Un miracle continuel incarné par Sébastien Haller, né à Ris-Orangis, en Essonne, d'une mère ivoirienne et d'un père français. Lui le Coq devenu Éléphant en novembre 2020, après avoir fait ses classes dans les catégories jeunes, des U16 aux Espoirs, avec le maillot de l'équipe de France. Lui qui s'est battu pour la vie, en juillet 2022, après avoir été diagnostiqué d'un cancer des testicules, au moment de signer avec le Borussia Dortmund. Opéré dans la foulée, il affronte quatre cycles de chimiothérapie, avant subir une nouvelle intervention mi-novembre. Une bataille constante face à un ennemi invisible qu'il a raconté dans le documentaire "Le combat d'Haller", diffusée sur Canal+. 

Deux mois après, c'est avec succès qu'il passe une série de tests médicaux qui lui permettent de réintégrer normalement le groupe d'Edin Terzic. Le 10 janvier 2023, six mois presque jour pour jour après l'annonce de sa maladie, il refoule la pelouse lors d'un amical à Marbella, avant de signer un triplé en huit minutes contre le FC Bâle (6-0) trois jours plus tard. Il doit attendre jusqu'au 22 janvier pour vivre sa première apparition en match officiel, sur la pelouse du Signal Iduna Park, antre du "BvB", devant un public en folie.

Un moment chargé d'émotions après 166 jours d'un combat de tous les instants pour sa vie. "J'ai eu la chair de poule. L'accueil des fans a été incroyable et je ne l'oublierai jamais", dit-il après avoir fait son grand retour, chaussé de crampons portant un message clair envers la maladie : "Fuck cancer". Hasard du calendrier ou signe du destin : c'est le 4 février, à l'occasion de la Journée mondiale contre le cancer, qu'il marque son premier but depuis sa rémission.

Environ un an pour me débarrasser de toutes les séquelles de la thérapie
Sébastien Haller, attaquant de la Côte d'Ivoire

Malgré son esprit combatif, il ressort profondément marqué par cette épreuve de la vie. Tant physiquement que mentalement. "La chimio m'a défoncé le corps de l'intérieur, l'opération de l'extérieur", raconte-t-il à L'Équipe fin janvier. Presque inarrêtable en fin de saison dernière (9 buts et 5 passes décisives en 22 matchs), l'attaquant franco-ivoirien est rentré dans le rang depuis la reprise mi-août.

Comme s'il payait les efforts physiques et psychologiques fournis lors de son retour en grâce, qualifié à l'époque de "pur miracle" par son entraîneur Edin Terzic. Rien d'étonnant, confiait-il à SportBILD au pic de sa forme, ses médecins lui assurant alors qu'il lui faudrait "environ un an pour me débarrasser de toutes les séquelles de la thérapie."

Poussé sur le banc à Dortmund, en manque de rythme, c'est blessé à une cheville qu'il est arrivé à Abidjan pour disputer la CAN. Une CAN qu'il a traversée tel un fantôme. Avant, comme ses partenaires devenus irrésistibles, de se transcender. Et de se muer en héros national. Ce soir, Sébastien Haller se sent plus vivant que jamais. 


Yohan ROBLIN

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