"Ça peut très mal tourner" : Raphaël Varane tire le signal d'alarme sur un danger tabou dans le football

Publié le 2 avril 2024 à 13h36

Source : Sujet TF1 Info

Victime de plusieurs commotions cérébrales durant sa carrière, Raphaël Varane a mis en garde, mardi 2 avril, sur les risques liés à cette problématique invisible.
Dans un entretien à "L'Équipe", l'ancien vice-capitaine des Bleus a raconté en avoir subi une et avoir joué "diminué" le quart de finale du Mondial 2024, perdu contre l'Allemagne (1-0).
En résulte un vibrant et très rare appel à protéger la santé des joueurs contre ce fléau ignoré.

C'est un témoignage inédit dans le football français. Dans un long entretien accordé à L'Équipe, mardi 2 avril, Raphaël Varane s'est engagé publiquement contre les risques liés aux commotions cérébrales chez les footballeurs. Le champion du monde 2018, qui a pris sa retraite internationale après la Coupe du monde 2022 au Qatar, s'est livré sans retenue sur ce sujet tabou qui a impacté son état de santé, et par ricochet son état de santé. 

"C'est un vrai enjeu de santé, ça peut même être vital. Les choses évoluent peu à peu, mais on peut encore progresser dans ce domaine", a lancé le défenseur du Real Madrid, qui poursuit aujourd'hui sa carrière à Manchester United.

"Ça peut très mal tourner", a affirmé l'ex-international tricolore, qui sait de quoi il parle. "Quand on regarde trois des pires matchs de ma carrière, il y en a au moins deux avant lesquels j'avais eu une commotion quelques jours plus tôt", a-t-il révélé. Outre un huitième de finale retour de Ligue des champions, perdu en août 2020 contre Manchester City (2-1), le joueur de 30 ans a raconté avoir été "diminué" par une commotion cérébrale avant le quart de finale du Mondial 2014, qui a vu l'Allemagne éliminer la France (1-0). 

Je ne me souviens pas du match après ce choc
Raphaël Varane, champion du monde 2018 avec l'équipe de France

Quatre jours avant le match cité, Raphaël Varane avait subi un choc lors du huitième de finale contre le Nigeria (2-0). "En début de deuxième période, il y a un centre où je prends le ballon sur une tempe, et je finis ma course dans les filets du but adverse. Je termine le match, mais je suis en mode pilote automatique. Si quelqu'un m'avait parlé à ce moment-là, je ne sais même pas si j'aurais été capable de répondre. Je ne me souviens pas du match après ce choc", a-t-il confié, expliquant ne s'être "pas (senti) dans un état normal" et avoir "perdu du poids" parce qu'il était "déshydraté".

"Le staff s'est demandé si j'étais apte" avant le quart l'Allemagne. "J'étais diminué, mais finalement, j'ai joué et plutôt bien même si je perds ce duel contre (Mats) Hummels (l'unique but de la partie, ndlr) dont on m'a parlé pendant au moins quatre ans." "Ce qu'on ne saura jamais, c'est ce qui se serait passé si j'avais repris un impact au niveau de la tête", s'est interrogé le défenseur formé à Lens. "Quand tu sais que les commotions à répétition ont potentiellement un effet mortel, tu te dis que ça peut très mal tourner. À l'époque, je n'étais pas père de famille, mais aujourd'hui, à 30 ans et avec trois enfants, je réfléchis différemment."

Raphaël Varane lors de son duel perdu avec Mats Hummels lors du Mondial 2014.
Raphaël Varane lors de son duel perdu avec Mats Hummels lors du Mondial 2014. - ADRIAN DENNIS / AFP

"Avec le recul, je me dis : si j'avais su que c'était une commotion cérébrale, est-ce que je l'aurais dit, quitte à ne pas jouer ce match ? Je ne sais même pas s'il y avait des tests il y a dix ans. Comment mesurer à ce moment-là ma capacité à jouer ou pas ?", a-t-il questionné. Sans pour autant blâmer les médecins. "Tu ne peux pas jeter la pierre aux médecins non plus, c'est une situation un peu bâtarde."

Ça fait tout de suite faible de dire qu'on est fatigué
Raphaël Varane, champion du monde 2018 avec l'équipe de France

"En dix ans, je n'ai jamais voulu en parler, car ça peut s'apparenter à des excuses et je n'ai jamais voulu que ça y ressemble, parce que ce n'est pas le cas. (...) Ça fait tout de suite faible de dire qu'on est fatigué, qu'on a des migraines ou de la fatigue oculaire", a justifié l'homme aux quatre Ligue des champions, évoquant "un milieu très concurrentiel, dans lequel ne pas jouer à cause d'une petite douleur peut mal passer". "En tant que footballeurs habitués à jouer au plus haut niveau, on est habitués à la douleur, on est un peu des soldats, des durs au mal, des symboles de la force physique, or ce sont des symptômes qui sont assez invisibles."

Son regard a depuis changé. "Il faut parler des dangers liés au syndrome du second impact (deuxième traumatisme subi avant le rétablissement total après la première commotion, ndlr), et à la répétition des chocs à cause du jeu de tête", a-t-il appelé afin de protéger la santé des joueurs. "On pourrait limiter les têtes à l'entraînement, là où elles ne sont pas forcément nécessaires. Quand tu enchaînes les têtes sur des frappes, des dégagements ou des centres puissants, ça peut aussi créer une commotion. Sur les matchs, cela fait partie des risques de notre métier, comme dans d'autres sports", a-t-il ajouté avant de conclure : "Mon fils de 7 ans joue au football, et je lui conseille de ne pas faire de têtes. Pour moi, c'est essentiel".


Yohan ROBLIN

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