5 mai 1992 : il y a 30 ans, l'enfer de Furiani

Publié le 5 mai 2022 à 11h24
JT Perso

Source : TF1 Info

Il y a 30 ans, le drame de Furiani, à Bastia, a coûté la vie à 18 personnes et fait plus de 2300 blessés.
Quelques minutes avant la demi-finale de Coupe de France, Bastia-Marseille, une tribune du stade Armand-Cesari s'est effondrée sous le poids des supporters.
Retour sur ce triste 5 mai 1992 qui a meurtri la Corse.

5 mai 1992, il est 20h15. Jean-Pierre Paoli, le speaker du stade Armand-Cesari, invite les supporters de la tribune nord "à ne pas taper des pieds, surtout sur les parties métalliques". Depuis 19h, les responsables de la sécurité de Furiani s'inquiètent du comportement de la nouvelle structure montée à la hâte, sur laquelle travaillaient encore plus de 200 personnes la veille. Les tubes soutenant l'échafaudage, posés sur des cales en bois et des parpaings empilés, mais non scellés, commencent à bouger. Des pièces de la structure métallique se détachent, dégringolent du sommet de la tribune et s'échouent en contrebas.

Sous la tribune qui menace de céder, des techniciens s'affairent à resserrer des vices et boulons. À côté, les 18.000 spectateurs surexcités attendent le coup d'envoi de la demi-finale de Coupe de France, opposant le SC Bastia au grand OM de Bernard Tapie, prévu à 20h30. Il est encore temps d'arrêter le match. Soudain, à 20h23, un bruit sourd se fait entendre. Tel "un château de carte qui s'écroule", une partie de la tribune nord - qui se révélera trop vite et trop mal montée - se dérobe sous leurs pieds. Aux cris de ferveur du public succèdent ceux d'agonie et de détresse. Près de 3000 personnes, assises sur la vingtaine de rangs supérieurs, gisent, 15 mètres plus bas, dans un amas d'acier, de tôles et de sièges.

Combien de secondes a duré la chute ? Cinq, dix ?

Claude Fasano, journaliste à La Marseillaise

"Combien de secondes a duré la chute ? Cinq, dix ? Impossible de savoir. Impossible de me souvenir de ces graines de temps qui ont décidé, toutes seules, de me placer dans le camp des rescapés plutôt que sur la liste noire. Coup de bol", racontait en 2012 à L'Humanité Claude Fasano, journaliste à La Marseillaise, installé tout en haut de la tribune, lorsque celle-ci s'est effondrée. "Impossible de me souvenir de ces secondes cruciales. Elles resteront toujours pour moi un trou noir. Et pourtant, vingt ans après, je n'ai rien oublié des moments qui ont précédé la tragédie", ajoutait le journaliste décédé en 2016. "Ni des heures qui l'ont suivie."

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Dans la panique ambiante, retranscrite en direct à la télévision, les premiers secours s'organisent. Les joueurs, entrés sur le terrain, se pressent pour libérer les spectateurs, coincés sous ce qu'il reste de la tribune. La pelouse se transforme en hôpital de fortune. À 21h, l'ordre d'évacuation est donné pour faciliter le travail des secours. Dans l'heure, une quinzaine d'hélicoptères, d'avions militaires et civils se posent sur le terrain et évacuent les blessés vers les hôpitaux corses et le continent. À 22h, Paul Quilès, alors ministre de l'Intérieur, déclenche le plan rouge face à l'urgence de la situation. Le premier bilan fait état d'un mort et de 50 blessés. À minuit, un bilan réactualisé évoque 8 morts et plus de 100 blessés. 

Le 5 mai 1992, une tribune du stade de Furiani montée à la hâte s'effondre avant la demi-finale de Coupe de France Bastia-OM.
Le 5 mai 1992, une tribune du stade de Furiani montée à la hâte s'effondre avant la demi-finale de Coupe de France Bastia-OM.

Dans les jours qui suivent, alors que le bilan du drame de Furiani s'alourdit, la polémique sur le manque de sécurité gonfle après les premières constations. La France s'interroge, la Corse pleure ses morts. Les premières responsabilités dans cette catastrophe sont pointées. Lors du procès en 1995, les enquêteurs mettront en lumière les défauts d'assemblage de la tribune. Ils diront qu'elle ne pouvait que crouler sous le poids des milliers de spectateurs. Le bilan total des victimes fera état de 18 morts et 2357 blessés.


Yohan ROBLIN

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