Paris FC-Olympique lyonnais : nouvelle soirée en enfer pour le football français

Maxence GEVIN
Publié le 18 décembre 2021 à 19h25, mis à jour le 19 décembre 2021 à 15h37
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Source : JT 13h WE

RÉCAPITULATIF - Perturbé par d'importants incidents en tribunes, le match de Coupe de France entre le Paris FC (Ligue 2) et l'Olympique lyonnais (Ligue 1) n'a pas pu aller à son terme vendredi à Charléty. Retour sur une soirée catastrophique.

Des images de chaos et un immense sentiment de ras-le-bol. Après une première mi-temps animée sur le terrain, disputée dans une belle ambiance en tribune, les événements ont rapidement pris un tour inquiétant ce vendredi 17 décembre, au stade Sébastien Charléty. 

Que s'est-il passé ?

Quelques minutes après l'égalisation lyonnaise de Moussa Dembélé (44e) contre l'équipe locale du Paris FC, plusieurs individus - des supporters du PSG frappés d'une IDS (interdiction de stade) au Parc des Princes, selon L'Équipe - ont réussi à s'infiltrer à proximité de fans lyonnais. Un état de fait notamment rendu possible par la faiblesse du dispositif de sécurité (faible nombre de stadiers, parcage visiteur seulement délimité par un plexiglas). Les propos de plusieurs témoins et les images de vidéosurveillance ont permis d'établir qu'ils sont arrivés armés de barres de fer, et même d'un nunchaku. Aux alentours de 21h50, une bombe agricole a été lancée dans le parcage visiteur, faisant dégénérer la situation et produisant un déchaînement de violences.

Dans la foulée, une frange de supporters lyonnais, visiblement pas mécontents d'en découdre, ont répondu à la violence par la violence. Ils ont cassé la séparation de plexiglas pour aller s'en prendre aux spectateurs de la tribune attenante, où figuraient des familles et de nombreux enfants. À noter que, selon les informations de L'Équipe, 200 des 500 supporters rhodaniens présents dans le parcage étaient classés à risque. Ont suivi des scènes hallucinantes, avec des individus cagoulés qui s'en sont pris à des spectateurs sans aucune distinction. Plusieurs fumigènes ont également été envoyés au milieu de public. Cela a créé un immense mouvement de foule, avec des spectateurs de la tribune proche des incidents qui sont alors descendus sur la pelouse pour s'éloigner du danger, avant de réintégrer les gradins. Ces incidents ont fait deux blessés, un policier et un supporter, a indiqué en fin de soirée la police, qui n'a procédé à aucune interpellation.

À ce moment-là, l'arbitre et les joueurs qui allaient donner le coup d'envoi de la deuxième période ont regagné les vestiaires. Pour ne plus en ressortir. Après une quarantaine de minutes, la rencontre a été définitivement arrêtée, sur le score de 1-1. 

Des "responsabilités partagées" ?

Après ces tristes événements, les réactions n'ont pas tardé à fuser, à commencer par celle de la ministre déléguée en charge des Sports, Roxana Maracineanu. Dans un message adressé au président de la Fédération française de football (FFF), Noël Le Graët, elle a fait part du fort mécontentement du gouvernement et réclamé une action ferme et rapide. "Elle entend que je prenne mes responsabilités", a reconnu Noël Le Graët dans un entretien à L'Équipe, samedi, ajoutant qu'il comptait le "faire rapidement". Dans la foulée, la FFF a annoncé que la Commission de discipline se réunirait "en urgence, en début de semaine prochaine, pour ouvrir l'instruction d'un dossier disciplinaire". "Les décisions disciplinaires seront prises la semaine suivante, avant les 16e de finale de la compétition (2 et 3 janvier 2022)", a précisé l'instance.

Si nos supporters sont impliqués, ils seront sanctionnés sévèrement

Jean-Michel Aulas, président de l'OL

Quelques heures plus tôt, en fin de soirée vendredi, Jean-Michel Aulas avait reconnu des événements "dramatiques pour le football". "Je ne sais pas encore exactement ce qu'il s'est passé. Je crois que les responsabilités sont partagées", affirmait le président de l'OL, impliqué pour la deuxième fois en moins d'un mois dans des débordements dans les tribunes (jet de bouteille sur Dimitri Payet lors d'OL-OM, le 21 novembre dernier). 

"Si nos supporters sont impliqués, ils seront sanctionnés sévèrement", a-t-il martelé, annonçant que le club rhodanien allait porter plainte. Dans cette optique, le club rhodanien a interdit "jusqu'à nouvel ordre" le déplacement de ses groupes de supporters pour les matchs à l'extérieur. "Plus que jamais, nous devons éradiquer ces phénomènes de hooliganisme et bannir tous ceux qui sont ennemis, par leurs actes, du football, mais aussi des clubs dont ils se revendiquent", ajoute le communiqué diffusé ce samedi. En revanche, "l'OL n'a pas à prendre l'entière responsabilité des incidents. Il y a eu un enchaînement d'événements", pointe "JMA". 

Une bande d'abrutis a tout gâché. Cette bande d'abrutis, ce sont les ultras lyonnais.

Pierre Ferracci, président du Paris FC

Un constat que n'a que peu goûté son homologue du Paris FC. "L’origine des incidents est évidente, même si l’Olympique lyonnais a déjà dû proposer une version à dormir debout", a grincé Pierre Ferracci. "Je suis désabusé et en colère, car il y avait une belle fête à Charléty. On avait beaucoup de monde [...] et beaucoup d’enfants. Et puis une bande d’abrutis a tout gâché comme d’habitude. Cette bande d’abrutis, ce sont les ultras lyonnais", a encore fustigé le président du club parisien. "Il faut que Jean-Michel Aulas arrête avec les responsabilités partagées, ce n’est pas vrai. C'est de la folie pure et simple", martèle-t-il. Et le président du PFC de conclure : "au lieu de s’insulter sur la place publique, les clubs, dont l’OL et l’OM, feraient bien de faire le ménage".

Quelles sanctions à venir ?

Après ces débordements, qui font suite à ceux d'Angers-OM, Nice-OM ou encore OL-OM, les deux clubs impliqués risquent gros. L'Olympique lyonnais, dans le collimateur des instances françaises du football, pourrait payer cher le comportement d'une certaine frange de ses supporters. En plus des interdictions de déplacement, que les dirigeants rhodaniens ont déjà pris, le club pourrait écoper d'une amende importante. Certains observateurs jugent même que l'OL pourrait perdre son 32ᵉ de finale de Coupe de France sur tapis vert. 

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Attention toutefois, le tableau n'est pas beaucoup plus reluisant pour le Paris FC. Les limites du système de sécurité de Charléty sont, en effet, apparues au grand jour, vendredi. Manque de stadiers, fouilles peu appuyées, protection douteuse du parcage et des tribunes alentours... les failles ont été nombreuses. Même s'ils ne l'expliquent pas, pas plus qu'ils ne la justifient, les énormes défauts de sécurité du stade Charléty ont incontestablement permis la violence. Verdict dans les prochaines semaines. En attendant, le parquet de Paris a annoncé samedi l'ouverture d'une enquête pour violences volontaires au sein d'une enceinte sportive ayant entraîné une incapacité de travail inférieure ou égale à huit jours.


Maxence GEVIN

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