Coupe du monde 2022 : le jour où un sorcier africain a maudit les "Socceroos"

Publié le 22 novembre 2022 à 9h00, mis à jour le 22 novembre 2022 à 20h50

Source : TF1 Info

Plus solide que les Émirats arabes unis (2-1) et le Pérou (0-0, 5-4 tab), l'Australie est parvenue à se qualifier pour la Coupe du monde au Qatar.
Les Socceroos, versés dans le groupe de la France, participent ainsi à leur cinquième Mondial consécutif.
Une véritable renaissance après une longue traversée du désert que certains imputent... au sort jeté par un sorcier africain.

Une histoire à dormir debout. Rescapée de barrages intercontinentaux particulièrement accrochés (courte victoire contre les Émirats arabes unis puis qualification aux tirs au but contre le Pérou), l'Australie dispute cet automne la sixième Coupe du monde de son histoire. Mieux, elle a validé son ticket pour le grand rendez-vous du gratin mondial pour la cinquième fois consécutive après 2006, 2010, 2014 et 2018. L'élargissement de la compétition, de 16 - avec un seul représentant de l'Afrique, de l'Océanie et de l'Asie - à 32 pays, peut expliquer cette époque dorée des Socceroos après trois décennies de disette. 

Toutefois, les suiveurs du football australien ont, eux, une autre thèse, qui n'a pas grand-chose à voir avec le talent intrinsèque des joueurs ou le hasard. En 2004, à l'aube des qualifications pour le Mondial 2006, un sondage a ainsi révélé que plus de 55% des Australiens pensaient que les malheurs de leur sélection, qui a multiplié les déconvenues dans les années 1980 et 1990, étaient liés à... un sort lancé par un sorcier mozambicain. 

Gardien en fusion, magie noire et malédiction

Surnommé "Captain Socceroo" et pierre angulaire de l'équipe au détour des années 1960-70, Johnny Warren a expliqué de quoi il retournait. L'anecdote de l'ancien milieu de terrain, qu'il a partagé dans son autobiographie (Sheilas, wogs and poofters, an incomplete biography of Johnny Warren, publiée en 2002) remonte le temps jusqu'en 1969. Pour rallier le Mexique, pays organisateur de la Coupe du monde l'année suivante, l'Australie doit ferrailler contre la Rhodésie, un État à l'époque fraîchement indépendant (et qui deviendra par la suite le Zimbabwe), avant un éventuel duel contre Israël. Les deux équipes ne parviennent pas à se départager lors des deux premières rencontres (1-1 puis 0-0), les Aussies butant inlassablement sur un gardien adverse en état de grâce. C'est un avant un troisième match décisif que bascule (peut-être) leur destin. 

Johnny Warren, ancien capitaine de l'Australie.
Johnny Warren, ancien capitaine de l'Australie. - TORSTEN BLACKWOOD / AFP

L'idée, c'était qu'il enterre des ossements sous les buts, en jetant un sort au gardien rhodésien
Johnny Warren

Agacés par leur manque de réussite, les joueurs australiens cherchent un moyen de s'assurer la qualification, raconte Johnny Warren, dans des propos relayés par Eurosport. Le médecin de l'équipe, Brian Corrigan, et l'un des organisateurs des déplacements des hommes en jaune, Tommy Patrick, rencontrent un journaliste local dans un bar. Ce dernier leur conseille alors d'aller voir une connaissance, "un docteur qui pourrait utiliser de la magie noire" pour les aider. "Il a promis à Brian et Tommy qu'il allait nous aider. Il était habillé tout en blanc, il parlait anglais correctement. Il leur a dit de le rejoindre le lendemain sur le terrain. L'idée, c'était qu'il enterre des ossements sous les buts, en jetant un sort au gardien rhodésien", explique l'ex-capitaine. 

Une victoire... mais à quel prix ?

Quelques jours plus tard, le 1er décembre, l'Australie domine aisément la Rhodésie, pourtant portée par les 1500 spectateurs du Salazar stadium (1-3). "Si brillant pendant les deux premiers matches, leur gardien est passé complètement au travers. Il n'a même pas pu finir le match. Après un choc avec Ray Baartz, il a été contraint de quitter le terrain", souligne Johnny Warren, initialement très sceptique. Mais loin d'en rester là, le sorcier local, convaincu d'avoir été à l'origine de ce succès, réclame une rémunération de 1000 livres, en liquide. Une demande qui se heurte au véto catégorique des Australiens, dans l'impossibilité de payer cette somme. "Il s'est senti trahi. Il nous a poursuivis partout jusqu'à ce que nous partions. Il criait que s'il n'était pas payé, c'est sur nous qu'il allait jeter un sort et que nous serions touchés par une malédiction", narre l'ancien joueur. 

32 ans sans Coupe du monde

Les conséquences ne tardent pas à se manifester. Les Australiens se prennent les pieds dans le tapis contre Israël, lors de l'ultime marche sur la route du Mexique. Le nul (1-1) arraché au match retour ne change rien au résultat après la courte défaite du match aller (1-0). Les Socceroos voient alors leur rêve de Mondial se briser, eux qui auront disputé neuf matchs de qualification, dont huit à l'extérieur, pour une seule défaite (enregistrée après la malédiction lancée par le sorcier). La tendance semble s'inverser dans les années qui suivent avec une première participation historique à la Coupe du monde en 1974. Mais les coéquipiers de Peter Wilson repartent d'Allemagne sans victoire (un nul, deux défaites) ni même le moindre but marqué. 

La rencontre entre l'Allemagne et l'Australie, lors de la Coupe du monde 1974.
La rencontre entre l'Allemagne et l'Australie, lors de la Coupe du monde 1974. - STAFF / AFP

Les gens avaient fini par se dire que jamais, ils ne verraient les Socceroos disputer une Coupe du monde
Johnny Warren

Par la suite, la guigne et le manque de réussite ne lâchent plus les Océaniques. Ils ratent ainsi sept éditions consécutives. Soit une disette longue de... 32 ans. Les catégories de jeunes paraissent, elles aussi, affectées par ce mauvais sort. "À partir de 1978, la sélection a souvent buté sur la toute dernière marche [...] La liste est longue et douloureuse. Les gens avaient fini par se dire que jamais, ils ne verraient, ou ne reverraient pour les plus vieux, les Socceroos disputer une Coupe du monde", confie Johnny Warren dans les colonnes d'Eurosport

Le rêve de Coupe du monde de l'Australie brisé en 1998 par l'Iran.
Le rêve de Coupe du monde de l'Australie brisé en 1998 par l'Iran. - JAMSHID BAIRAMI / AFP

La malédiction enfin brisée !

Une terrible série noire qui fait dire à l'ex-milieu de terrain que "le football australien devrait envoyer quelqu’un [en Afrique] avec mille livres en poche, chercher le sorcier et le payer" pour y mettre fin. Ce que fit, littéralement, John Safran, un présentateur radio et comédien. Mais manque de chance, il apprend en 2003 que le sorcier en question est décédé. Il entre alors en contact avec un second marabout. Celui-ci, au terme d'une double cérémonie surprenante - avec notamment l'égorgement d'un poulet dont le sang a été étalé sur John Safran - conjure définitivement la malédiction. Depuis, l'Australie n'a tout simplement plus manqué la moindre Coupe du monde. Pour le plus grand bonheur des supporters des Socceroos


Maxence GEVIN

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