En pleine crise institutionnelle, le football français s'apprête à vivre des heures brûlantes.
Le sort de Noël Le Graët, mis en cause par l'audit diligenté par le ministère des Sports, sera au menu du Comité exécutif de la FFF, mardi 28 février.
L'instance va aussi se saisir du cas de la sélectionneuse tricolore Corinne Diacre, dont le départ est réclamé par plusieurs cadres des Bleues.

On n'avait plus vu un tel mélodrame depuis Knysna en 2010. Treize ans après le naufrage sud-africain des Bleus, le football français s'embourbe dans sa plus grave crise institutionnelle. Cette fois, c'est un scandale dont le protagoniste principal n'est autre que Noël Le Graët, son président, qui pousse la Fédération française (FFF) au bord de l'implosion. Longtemps restées en interne, les dérives du "système de harcèlement moral et sexuel" installé par le dirigeant âgé de 81 ans ont été épinglées par une enquête du magazine So Foot, qui a débouché sur une mission d'audit de la première Fédération sportive de France.

Deux semaines après la remise du rapport final, confirmant sans surprise le pré-rapport établi le 30 janvier qui accablait sérieusement "NLG", "illégitime" pour "administrer et représenter le football français", son sort va être scellé. En retrait depuis le 11 janvier, submergé par de multiples polémiques (son comportement inapproprié avec les femmes, ses propos offensants envers Zinédine Zidane...), l'ancien maire de Guingamp va reprendre le contrôle de la "3F", au moins provisoirement. Mardi 28 février, sur les coups de 10h, Noël Le Graët va présider un Comité exécutif déterminant, qui statuera sur son cas. 

"NLG" au bord de la démission

À cette occasion, il sera donc question du maintien du "Menhir", en poste depuis 2011 et réélu jusqu'en 2024. S'il a jusqu'à présent crié à "l'injustice", ne voyant dans les accusations formulées à son encontre aucune raison valable d'abdiquer, le dirigeant breton s'est fait une raison. Conseillé par son entourage, qui le pousse depuis de longues semaines à ne pas s'entêter et à préserver sa famille, il va démissionner, selon les informations de L'Équipe et RMC Sport, confirmées à TF1info. Plusieurs proches ont été mis dans la confidence. La décision doit être officialisée lors du Comex. 

En l'état, ni le fond ni la forme de cette annonce ne sont connus. Va-t-il accepter de tomber tout seul ? Ou bien conditionner son départ, peut-être au retrait d'autres membres, voire l'intégralité du Comex, majoritairement élu sur sa liste ? Lui seul le sait, pour le moment.

Si Noël Le Graët capitule, sans faire d'esclandre, l'actuel vice-président, Philippe Diallo, continuera d'assurer l'intérim jusqu'à la prochaine Assemblée générale, fixée au 10 juin. Un candidat, désigné au sein du Comex, devra alors recevoir l'approbation de l'Assemblée fédérale pour diriger la FFF jusqu'au mois décembre 2024, date de l'échéance du mandat en cours. À moins que le natif de Bourbriac ne choisisse, au dernier moment, de n'en faire qu'à sa tête. 

Bien qu'extrêmement improbable à l'heure où nous écrivons ces lignes, il existe une infime possibilité que "NLG" s'accroche au rocher du boulevard de Grenelle. Dès lors, une démission collective de la moitié des membres du Comex (7 sur 14) - la porte a déjà été claquée par Jamel Sandjak, président de la Ligue Paris Île-de-France - précipiterait sa chute et la tenue de nouvelles élections. 

Diacre isolée... au point d'être remerciée ?

Si cette réunion revêt une importance capitale pour le football français, elle le sera aussi pour la sélection féminine, puisqu'il sera aussi question de l'avenir de Corinne Diacre à la tête des Bleues. Lâchée par sa capitaine Wendie Renard et quatre autres joueuses (Marie-Antoinette Katoto, Kadidiatou Diani, Griedge Mbock et Perle Morroni) qui lui ont emboîté le pas, la sélectionneuse, en poste depuis 2017 et prolongée jusqu'en 2024 par Noël Le Graët, pâtit du retrait de son mentor qui l'a soutenue contre vents et marées (mise à l'écart de cadres, management critiqué, résultat mitigés), sans remise en question.

Crise à la FFF : la fronde des BleuesSource : JT 20h WE

À cinq mois de la Coupe du monde, organisée du 20 juillet au 20 août prochain, en Australie et en Nouvelle-Zélande, où les Bleues prétendent à la victoire finale pour enfin dépoussiérer une armoire à trophées désespérément vide, son cas va être étudié par le Comex. Si son avenir ne tient qu'à un fil, impossible de connaître la position de la FFF, qui a rappelé dans un communiqué "qu'aucune individualité n'est au-dessus de l'institution équipe de France." Un message vu en interne comme une mise en garde envers les mutines et une marque de soutien à Corinne Diacre. Il paraît toutefois inconcevable que le statu quo demeure. Autant dire que l'ambiance promet d'être, au mieux, électrique au siège de la FFF.


Yohan ROBLIN

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