Euro féminin de football UEFA 2022

Euro 2022 : l'Angleterre a vu trop petit pour ses stades

Yohan ROBLIN
Publié le 9 juillet 2022 à 15h03, mis à jour le 9 juillet 2022 à 15h28
JT Perso

Source : Sujet TF1 Info

Lancé en grandes pompes, le mercredi 6 juillet, l'Euro féminin a déjà établi deux records d'affluence.
Un élan populaire qui va, probablement, être freiné par le choix des stades retenus pour la compétition.
Au grand dam des équipes, certains matchs se disputent devant à peine 10.000 spectateurs... ou moins.

Et si les Anglais avaient vu trop petits ? Commencé dans une ferveur incroyable, mercredi 6 juillet, avec le match d'ouverture Angleterre-Autriche (1-0), organisé dans l'antre mythique d'Old Trafford, qui a établi un nouveau record d'affluence (68.871 spectateurs) dans la compétition, l'Euro a vu son succès populaire se confirmer. La rencontre opposant l'Espagne à la Finlande (4-1), vendredi 8 juillet, a attiré 16.819 personnes au Stadium MK de Milton Keynes, qui avait accueilli des matchs de la Coupe du monde de rugby en 2015. Du jamais-vu pour une rencontre (hors pays hôte) en phase de poules. Et ce n'est sans doute qu'un début, puisque plus de 500.000 billets sur les 700.000 proposés sur l'ensemble du tournoi ont trouvé preneurs.

Pourtant, malgré cet élan inédit, il y a un regret : hormis le premier match à Old Trafford et la finale à Wembley, où plus de 84.000 fans sont attendus), ce championnat d'Europe des nations n'aura pas l'honneur des grands stades. Sur les 8 autres enceintes retenues, trois seulement sont occupées habituellement par des équipes de Premier League : Southampton, Brighton et Brentford. À l'heure où des clubs féminins remplissent les plus grands stades du Vieux Continent (le Camp Nou avec Barça-Real Madrid ou le Parc des Princes pour PSG-OL), les organisateurs du tournoi ont privilégié des infrastructures, au mieux, de seconde zone.

Ça ne fait pas du tout Euro

Camille Abily, consultante pour TF1 et ex-joueuse de l'équipe de France

Deux choix, en particulier, suscitent l'incompréhension, pour ne pas dire la frustration. À commencer par le Leigh Sports Village, situé à Wigan, dans la banlieue du Grand Manchester. Ce stade, qui a pour résident permanent le club de rugby à XIII des Centurions de Leigh, loge les équipes réserves de football des Blackburn Rovers et de Manchester United. En temps normal, il peut accueillir jusqu'à 12.000 spectateurs. Ce chiffre dégringole à 7800 en configuration Euro. "C'est extrêmement décevant", pestait le quotidien britannique The Guardian. Encore plus lorsqu'on sait que cette enceinte va héberger quatre matchs, trois de poules (Portugal-Suisse le 9 juillet, Pays-Bas-Portugal le 12, Suède-Portugal le 17) et le possible quart de finale des Bleues le 22 juillet.

Si toutes ces nations peuvent se sentir lésées, ce n'est rien à côté de celles qui vont fouler le Manchester City Academy Stadium, le plus petit stade de la compétition. Cette infrastructure, où évoluent la section féminine et les U21 des champions d'Angleterre, ne compte que 7000 sièges vides. Pendant le tournoi, ils ne seront que 4400 supporters à chaque match à pouvoir y accéder. 

Le Manchester City Academy Stadium accueillera 4400 spectateurs en configuration Euro. - OLI SCARFF / AFP

"Ce n'est pas à la hauteur du respect que nous méritons", s'était plainte la capitaine islandaise Sara Björk Gunnarsdottir, en avril dernier, dans le podcast "Their Pitch". "C'est choquant d'être en Angleterre, où il y a tant de stades et d'hériter du terrain d'entraînement de (Manchester) City", où l'Islande va jouer deux de ses trois matchs de groupe. "Le foot féminin d'aujourd'hui remplit les stades. (...) Les organisateurs ne sont pas prêts à ce que nous vendions plus de 4000 billets. C'est juste embarrassant (...) irrespectueux. On fait deux pas en avant, et ensuite des événements comme celui-ci lui font faire un pas en arrière."

Des critiques auxquelles souscrit l'ex-internationale tricolore Camille Abily (183 sélections). "Je la rejoins là-dessus. C'est un manque de respect", déplore auprès de TF1info l'ancienne numéro 10 des Bleues. "J'ai joué là-bas, j'ai le souvenir d'un petit stade, très sympa, mais ça reste un stade d'une académie, pour ne pas dire d'entraînement. Ça ne fait pas du tout Euro. Vis-à-vis de l'Islande, la Belgique et l'Italie, qui vont disputer des matchs là-bas, j'estime que ce n'est pas juste. Ce sont des nations plus modestes, mais elles ont quand même du public. Même si elles ne font pas le plein dans un plus grand stade, elles sont capables d'attirer du monde. Toutes les équipes doivent être considérées de la même manière."

La peur de stades vides

À vrai dire (à quelques exceptions près, dont l'Angleterre, le pays hôte de la compétition), même les cadors du tournoi ne sont pas épargnés. La France disputera ses trois matchs de poule contre l'Italie, la Belgique et l'Islande à Rotherham, au mieux devant 10.500 personnes (sur une capacité de 12.000). Les Pays-Bas, qui remettent en jeu leur titre, remporté à domicile en 2017, et la Suède, vice-championne olympique, n'échapperont pas non plus à l'un de ces stades riquiquis. "Est-ce qu'on a vu trop petit comme cela arrive parfois avec le football féminin ?", avait interrogé, dès février, le sélectionneur néerlandais Mark Parsons, "sceptique" sur le choix des lieux retenus par la Fédération anglaise (FA) et l'UEFA. "Mon avis est qu'on aurait pu remplir des stades plus grands."

Ce à quoi l'UEFA a répondu qu'il fallait "tenir compte de la réalité" et "se référer au passé". "Lors du dernier Euro, nous avions 5000 spectateurs en moyenne, si on enlève les matchs des Pays-Bas", a défendu Nadine Kessler, en charge du football féminin au sein de l'instance européen. "Est-ce qu'il vaut mieux un stade de 4000 places complètement plein ou un stade de 20.000 places rempli par 4000 personnes ?", questionnait en mai dernier la sélectionneuse des Bleues Corinne Diacre, se rapportant à la Coupe du monde 2019 en France. Et de se souvenir : "Il y a eu des affiches à Nice, dans un grand stade, avec très peu de public."

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"On peut avancer l'argument, légitime, qui est de dire : 'On ne veut pas de trop grands stades, parce qu'on ne veut pas que ça sonne creux'. Mais, soyons sérieux, on aurait pu faire beaucoup mieux. C'est un Euro quand même", insiste Camille Abily. "En Angleterre, il y a suffisamment d'enceintes pouvant accueillir 15 à 20.000 personnes par match. En 2005, l'Euro était déjà là-bas. Je me souviens d'avoir joué dans des stades, qui n'étaient certes pas remplis en totalité, mais le contexte faisait qu'on devait jouer dans de grands stades. Il faut aussi savoir faire confiance au football féminin et à l'engouement qu'il peut provoquer."


Yohan ROBLIN

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