Karim Benzema, Ballon d'or évidemment !

"Un joueur discret devenu phénomène" : Karim Benzema raconté par ceux qui l'ont vu percer

Publié le 17 octobre 2022 à 22h07
JT Perso

Source : JT 13h Semaine

Karim Benzema est devenu ce lundi le meilleur joueur de la planète en remportant le Ballon d'Or 2022.
Une consécration pour le Français, après quinze ans de carrière au plus haut niveau.
Pour TF1info, ses formateurs à Bron et Lyon, Frédéric Rigolet et Armand Garrido, nous racontent ses débuts, entre talent, travail et discrétion.

"Très discret", "dans l'ombre", "toujours dans la retenue"... À entendre ses éducateurs, rien ne prédestinait ce timide adolescent lyonnais à atteindre le toit de la planète football. Ce lundi, vingt-quatre ans après Zinedine Zidane, Karim Benzema a pourtant été élu meilleur joueur du monde en remportant le Ballon d'Or 2022, la plus belle des récompenses individuelles pour un footballeur. Une consécration après plus d'une décennie à la pointe du Real Madrid, que ses formateurs n'auraient pas imaginée un seul instant dans sa jeunesse.

Nous sommes en 1996. Karim Benzema n'a que 8 ans mais le ballon rond l'attire déjà. En retrait, pas bavard, il choisit le rectangle vert pour s'exprimer. "Il avait toujours un ballon dans les mains", se rappelle Frédéric Rigolet, éducateur au SC Bron Terraillon (SCBT), le premier club de Benzema, dans la banlieue lyonnaise. Lui a connu les premiers pas de "KB9" sur une pelouse. "Il jouait tout seul, contre le mur, tirait dans les cages. Depuis tout petit, il respire football", raconte-t-il. "Il sortait du lot, était déjà buteur. Mais être le meilleur du SCBT n'est pas forcément significatif."

"Au départ, il a fallu le secouer"

Son talent fait rapidement forte impression. "Quelques semaines après son arrivée, on joue un match contre l'Olympique lyonnais", le club voisin, poursuit Frédéric Rigolet. Karim Benzema tape immédiatement dans l'œil du staff adverse. Six mois plus tard, il est recruté dans les équipes de jeunes de l'OL. L'amorce d'une histoire de plus d'une décennie, même si les débuts sont poussifs. "Au départ, j'allais le regarder évoluer avec l'équipe inférieure, puisque j'observe toujours les joueurs qui m'arrivent la saison suivante", raconte Armand Garrido, son formateur à l'OL en U17. "Malgré son talent, il ne sortait pas de l'ordinaire."

La pépite de la "génération 1987", à l'époque, se nomme Hatem Ben Arfa. "Quand Ben Arfa arrive, c'est lui qui éclate aux yeux de tout le monde et prend toute la lumière", se souvient Armand Garrido. "Karim reste dans l'ombre. Il se tient à distance, observe." Ses prestations le laissent perplexe. "Dans son match, il y avait deux ou trois bonnes actions, pas plus. Jouer au niveau national nécessitait un rendement supérieur. Il a fallu le secouer."

Sous l'aile d'Armand Garrido, Karim Benzema enchaîne les séances. "À l'entraînement, on répétait les gestes, les exercices, les enchaînements techniques", se remémore celui qui est désormais coordinateur au FC Bourgoin-Jallieu. "C'était un gros travailleur, jamais fatigué. À la fin de l'entraînement, il faisait souvent 45 minutes supplémentaires. Il était demandeur."

"De 17 à 20 ans, c'est une bombe atomique"

Ses efforts finissent par payer. À 16 ans et demi, Karim Benzema participe au Tournoi de Montaigu, en Vendée, sous les couleurs lyonnaises. Il termine meilleur buteur de la compétition, est élu meilleur joueur et intègre l'équipe de France de jeunes quelques semaines plus tard, avec qui il remporte le championnat d'Europe en 2004. "En très peu de temps, il est passé du statut de joueur discret, à qui on devait arracher les mots, à celui d'un phénomène."

À son retour de sélection, Karim Benzema intègre l'équipe professionnelle de l'OL. En janvier 2005, son entraîneur de l'époque, Paul Le Guen, le lance en Ligue 1 à l'âge de 17 ans. Il ne lui faudra que dix minutes pour délivrer sa première passe décisive, puis commence à faire trembler les filets dès la saison suivante. "Deux ans plus tard, il termine meilleur buteur de Ligue 1", rappelle Armand Garrido. "Entre 17 et 20 ans, la fusée est lancée."

Karim Benzema buteur en 2008 lors d'un match de Coupe de France avec l'OL face à Sochaux.
Karim Benzema buteur en 2008 lors d'un match de Coupe de France avec l'OL face à Sochaux. - PHILIPPE MERLE / AFP

En 2009, à 21 ans, il devient "galactique" en signant au Real Madrid. Treize ans plus tard, Karim Benzema est une icône chez les Merengues, avec qui il a notamment remporté cinq fois la Ligue des champions, avant son sacre individuel de ce lundi, à 34 ans. "Je ne le voyais pas atteindre un tel niveau", admet Armand Garrido. "On a passé du temps sur les terrains, sous la pluie, dans le vent, en plein hiver, à la lumière des lampadaires. Benzema, c'est une bombe atomique qui m'a pété dans les doigts."

Un diamant que l'OL a façonné et le Real fignolé

Frédéric Rigolet, son formateur à Bron

En France, son aventure en Bleu est plus contrastée, entachée par son absence de la sélection pendant cinq ans après l'affaire de la sextape de Mathieu Valbuena et les critiques d'une partie du public. Et ce, en dépit d'un statut à part : celui de meilleur buteur de l'histoire du football français depuis mars 2022. "Son image a été politisée par des personnes qui ne connaissent pas l'individu. On a entendu des choses pas possibles. Parfois, ça me révoltait", reconnaît Armand Garrido. "Au centre de formation comme à l'école, il n'y a jamais eu de problème avec lui."

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"Karim est le footballeur français le plus talentueux de sa génération", positive Frédéric Rigolet. "On a sorti le meilleur joueur du monde, un diamant que l'OL a façonné et le Real a fignolé", résume l'éducateur. "Mais sa première licence, c'est le SC Bron Terraillon qui lui a donnée." Pour la plus grande fierté du football français.


Idèr NABILI

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