La Coupe du monde 2022 au Qatar

Avant le Mondial, Amnesty International interpelle les Bleus sur les conditions des travailleurs au Qatar

Yohan ROBLIN
Publié le 19 mai 2022 à 9h12, mis à jour le 19 mai 2022 à 15h25
JT Perso

Source : TF1 Info

Depuis 2010, plus de 6500 travailleurs migrants seraient morts sur les chantiers du Mondial au Qatar.
Amnesty International publie, jeudi 19 mai, "une lettre ouverte aux Bleus" pour les sensibiliser à cette tragédie.
L'ONG appelle l'équipe de France à "exprimer clairement leur solidarité" avec les ouvriers "maltraités".

C'est tout sauf un hasard. Alors que Didier Deschamps va dévoiler, jeudi 19 mai, sur les coups de 14h, sa liste pour les quatre matchs de Ligue des nations, prévus du 3 au 13 juin, Amnesty International publie le jour même une "lettre ouverte aux Bleus". À cinq mois du match d'ouverture de la Coupe du monde au Qatar, le 21 novembre, à Doha, l'ONG de défense des droits de l'Homme interpelle les champions du monde. Le but de cette missive ? Qu'ils se positionnent publiquement les conditions de vie "indignes" des travailleurs migrants dans le riche État du Golfe. "Il est encore temps de ramener la Coupe à la raison", affirme l'organisation, en référence au titre de Vegedream devenu l'hymne officieux du sacre tricolore lors du Mondial 2018 en Russie.

"Vous entrerez dans la légende, si, en tant que champions du monde en titre, vous nous aidez à défendre et soutenir les personnes migrantes travaillant dans des conditions indignes au Qatar, et sans qui ce Mondial n'aurait jamais pu voir le jour", écrit l'organisation non gouvernementale dans cette lettre, relayée par L'Équipe et que TF1info a pu consulter. "Votre talent vaut de l'or, votre parole doit peser tout autant ! Épuisement, maladie, chaleur insoutenable : il est impossible de connaître le nombre de décès - probablement des milliers -, sur les chantiers des stades et infrastructures qui serviront l'hiver prochain à la grande fête du football."

Plus de 6500 morts sur les chantiers du Mondial

Depuis 2010 et l'attribution de l'événement planétaire à l'Émirat, plus de 6500 travailleurs migrants, qui "représentent plus de 90% de la main-d'œuvre", auraient perdu la vie sur les chantiers pharaoniques, lancés en vue du premier Mondial organisé au Moyen-Orient. Le décompte réalisé, en février 2021, par le très sérieux quotidien britannique The Guardian, démenti depuis par le Qatar, ne présentait toutefois que d'une fourchette basse, en raison de l'extrême opacité des autorités locales. 

Une situation dramatique dont Amnesty a alerté à plusieurs reprises la Fédération française de football (FFF). Le 15 décembre dernier, une immense bâche a été déployée sur le siège de l'instance du football tricolore "pour siffler sa faute et la mettre face à ses responsabilités". Finalement, après plusieurs mois de tractations et d'actions, l'ONG qui promeut le respect de la Déclaration universelle des droits de l'Homme a obtenu, le 19 avril, un rendez-vous avec les dirigeants français. Une réunion "positive" lors de laquelle le "message" a été "compris et bien perçu". Mais qui n'est pas vu comme une fin en soi par l'organisation non gouvernementale.

Ce serait un geste de justice pour celles et ceux qui paient le prix fort

Amnesty International

D'où cette "lettre ouverte aux Bleus". Souhaitant les éveiller au drame qui se joue au Qatar, Amnesty explique qu'ils croiseront "sans doute ces travailleurs migrants dans (leur) hôtel", leur luxueux camp de base de l'hôtel Al-Messila, à Doha, "ou lors de (leurs) déplacements entre les stades et autres lieux d'entraînements. Ces personnes sont aujourd'hui encore des centaines de milliers à être exploitées par des employeurs sans scrupules, sans même avoir le droit de protester contre leurs conditions."

C'est pourquoi, sans aller jusqu'au boycott, les coéquipiers de Kylian Mbappé doivent "s'investir en exprimant clairement (leur) solidarité, par (leur) parole publique, dans un message sur vos réseaux sociaux ou en signant notre pétition." L'ONG rappelle que le Danemark, leur futur adversaire en poules, s'est joint à la protestation. "Vous êtes plus forts que les Danois sur le terrain ? Soyez-le tout autant dans vos revendications ! Ce serait un geste de justice pour celles et ceux qui paient le prix fort pour que cette compétition existe. (...) Nous ne vous demandons qu'une seule chose, c'est de vous hisser à la hauteur de leur estime, en exprimant clairement votre solidarité avec celles et ceux qui continuent de vivre un cauchemar".

"C'est un sujet sensible, très sensible", a retorqué Didier Deschamps, interrogé lors de l'annonce de sa liste pour les prochains matchs des Bleus en Ligue des nations. "Ce n'est pas le rôle des joueurs de mettre la pression sur la FFF qui a fait en sorte d'être très attentif à ce qui se passe là-bas. Je n'ai pas envie de rentrer dans un débat médiatique, mais chaque personne aura sa liberté d'expression. Les joueurs sont libres de s'exprimer sur ce sujet."

La Fifa appelé à indemniser les travailleurs

Dans un rapport de 62 pages, mis en ligne jeudi, l'ONG basée à Londres documente, par ailleurs, "l'ampleur des abus" constatés au Qatar. "Depuis plusieurs années, Amnesty International recense et dénonce les atteintes aux droits du travail et l'exploitation dont sont victimes les travailleurs faiblement rémunérés dans le pays", écrit-elle, appelant la Fifa à "travailler avec le Qatar pour mettre en place un programme de réparation complet avec la participation des ouvriers, des syndicats, de l'Organisation internationale du travail (OIT) et la société civile". "Il est temps d'indemniser les travailleurs migrants au Qatar", lance Amnesty.

Le Qatar est enfin prêt pour sa Coupe du mondeSource : JT 13h Semaine
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Avec d'autres organisations, Amnesty International demande ainsi à la Fifa de verser une compensation d'au moins 440 millions de dollars (environ 418 millions d'euros) pour les ouvriers migrants "maltraités" au Qatar. Cette somme, qui correspond à la dotation que se partageront les 32 équipes participantes, est le "minimum nécessaire", estime l'ONG, pour indemniser les travailleurs et les protéger de futurs abus, citant pêle-mêle les salaires impayés, le paiement de frais de recrutement "illégaux" et "exorbitants" ainsi que les dommages causés par les accidents du travail. 


Yohan ROBLIN

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