Vers un mercato record : comment le foot anglais peut-il (encore) dépenser autant d'argent ?

Publié le 31 janvier 2023 à 15h01

Source : Sujet TF1 Info

Sur ce seul mercato hivernal, Chelsea a déjà dépensé plus de 200 millions d'euros.
Un chiffre astronomique, qui l'est encore plus lorsqu'on l'additionne à celui des achats réalisés l'été dernier par le richissime propriétaire du club, Todd Boehly.
Le résultat d'un mauvais tour fait à l'UEFA et à son fair-play financier.

Des millions comme s'il en pleuvait. Et, à quelques heures de la fermeture du mercato hivernal, mardi 31 janvier à 23h59, le compteur n'a pas fini de défiler. Alors qu'ailleurs en Europe, les clubs s'affairent pour se renforcer à moindre frais, en ayant recours à des prêts (avec ou sans option d'achat, obligatoire ou non), la Premier League ne fait - encore une fois - rien comme les autres. Selon le rapport annuel de l'Observatoire du football CIES, dans le Top 50 des formations qui ont l'argent facile, l'été dernier et cet hiver, 19 sont anglaises. Un classement honorifique au sommet duquel trône Chelsea.

Après avoir mis (généreusement) la main à la poche lors de la fenêtre estivale, en signant Raheem Sterling et Kalidou Koulibaly notamment, Todd Boehly, le nouveau propriétaire arrivé en mai 2022 à la tête des Blues, a continué à faire des chèques en blanc en janvier. En tout et pour tout, été et hiver compris, le club - autrefois détenu par l'oligarque russe Roman Abramovitch - a dépensé 511 millions d'euros (hors bonus) pour acquérir 16 joueurs. Environ deux fois que ce que son dauphin, Manchester United, a mis au pot (272 millions d'euros pour 7 joueurs), selon le CIES.

Plus de 200 millions d'euros déjà dépensés cet hiver

Sur ces 511 millions, plus de 200 millions d'euros sont sortis des caisses rien que durant le mois de janvier. Et ce n'est peut-être pas fini, puisqu'après avoir fait venir Benoît Badiashile, Andrey Santos, Joao Felix, Noni Madueke, Mykhaïlo Mudryk, Malo Gusto, et officialisé Christopher Nkunku, le club londonien aimerait arracher le champion du monde argentin Enzo Fernandez à Benfica, qui ne le cédera que si Chelsea paie la clause libératoire, évaluée à 120 millions d'euros. 

Une folie dépensière sans limite, qui fait fi des contraintes du fair-play financier, ayant pour but d'empêcher les dépenses excessives des clubs. Mais comment les Blues ont-ils fait pour ne pas outrepasser la règle, qui pose tant de souci à ses concurrents ? C'est assez simple : en contournant le système existant et en l'utilisant à bon escient. On vous explique.

Des contrats longue durée au cœur de l'entourloupe

Prenons, par exemple, Mykhaïlo Mudryk, recruté au Shakhtar Donetsk cet hiver pour 100 millions d'euros, bonus compris. Afin de ne pas être limités dans leur fièvre acheteuse, et rester dans les clous du fair-play financier, les Blues lui ont offert le plus long contrat (huit ans et demi) jamais signé. Avec ce stratagème, qui exploite l'amortissement des recrutements, la pépite ukrainienne, engagée jusqu'à l'été 2021, ne coûte, en réalité, que 10 millions d'euros par an (hors salaire) à Todd Boehly. 

Pas de quoi mettre dans le rouge les comptes du club londonien. Quant à la durée de contrat, qui ne peut en théorie pas excéder cinq ans, Chelsea a trouvé la parade, en présentant les années supplémentaires comme des années en option pouvant être levées à la guise de la direction. Une stratégie, qui flirte avec la légalité, utilisée pour chaque transfert depuis l'été dernier.

Todd Boehly, le nouveau propriétaire de Chelsea, le 7 mai 2022, à Stamford Bridge.
Todd Boehly, le nouveau propriétaire de Chelsea, le 7 mai 2022, à Stamford Bridge. - JUSTIN TALLIS / AFP

Ce qui est sûr, c'est que ces achats agressifs ne laissent pas indifférents. "C'est intéressant, mais je ne peux pas l'expliquer. Je n'en ai aucune idée. Mais si les chiffres sont vrais, alors c'est impressionnant", lâche, laconiquement, l'entraîneur de Liverpool, Jürgen Klopp. Patrick Vieira, lui, se montre plus acerbe en évoquant ces dépenses complètement folles, qu'il juge néfastes pour les futures tractations entre les formations anglaises et leurs concurrentes européennes. "Ça ne va pas faciliter les choses lorsque l’équipe de Premier League se rendra à l'étranger pour essayer de recruter un joueur", déplore le coach français de Crystal Palace. "Cela devient vraiment difficile parce que l'équipe vendeuse pensera que nous avons les mêmes moyens."

Mais l'UEFA s'apprête à siffler la fin de la récréation, et ce dès le prochain mercato estival. Prise au dépourvu, l'instance européenne va mettre fin au petit jeu des Blues en restreignant à cinq ans la durée des contrats, rapporte le Daily Mail. Si, dans la théorie, c'est déjà le cas, elle va décréter la fin de toutes les exceptions permettant de contourner la règle habilement. Pour les contrats de longue durée, supérieurs à cinq ans et déjà en cours, l'échelonnement sera réduit pour s'assurer du respect du fair-play financier. Avec cette nouvelle règlementation, plus aucun club ne pourra reproduire ce qu'a fait Chelsea.


Yohan ROBLIN

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