Football : trois questions pour comprendre ce qui se joue autour de la Super Ligue

Publié le 21 décembre 2023 à 19h57

Source : TF1 Info

La justice européenne a rendu, jeudi 21 décembre, un arrêt désavouant l'UEFA dans son combat judiciaire contre le projet de Super Ligue dissidente, portée l'organisation A22.
Déclarant que "le football (était) libre", la société promotrice, derrière cette nouvelle compétition, a dévoilé le format de la future concurrente de la Ligue des champions.
TF1info vous explique de quoi il en retourne.

On pensait en être débarrassé... peut-être est-on allé trop vite en besogne. La Cour de justice européenne (CJUE) a désavoué l'UEFA, jeudi 21 décembre, jugeant les règles relatives à l'autorisation de compétitions, visant à empêcher l'émergence de tournois dissidents tels que la Super Ligue, comme "contraires au droit de la concurrence". Selon l'arrêt de la CJUE, qui se déroule sur 51 pages, "les règles de la Fifa et de l'UEFA (...) violent le droit de l'Union". La juridiction, établie au Luxembourg, a par ailleurs déclaré "illégale" l'interdiction faite aux clubs et joueurs de participer à de nouvelles compétitions. 

Montée de toute pièce après l'échec du projet initial, voué à supplanter la Ligue des champions, l'organisation A22 Sports Management a salué "la fin du monopole de l'UEFA". "Le football est enfin libre", ont lancé ses promoteurs, bien que l'arrêt de la justice européenne prenne soin de préciser que le projet spécifique de Super Ligue, porté en sous-main par plusieurs clubs parmi les plus riches – le Real Madrid et le FC Barcelone en tête –, "ne doit pas pour autant être nécessairement autorisé".

À quoi ressemblerait la future Super Ligue ?

Qu'importe pour les instigateurs de la Super Ligue. Dans l'euphorique de leur "victoire", ils ont immédiatement soumis une nouvelle mouture, avec des évolutions majeures par rapport à la première ébauche. En avril 2021, 12 mastodontes européens (l'AC Milan, l'Inter Milan, la Juventus Turin, Liverpool, Arsenal, Chelsea, Tottenham, Manchester City, Manchester United, l'Atlético de Madrid, le Real Madrid et le FC Barcelone) actent leur intention de lancer une compétition semi-privée, en cercle fermé et à l'énorme potentiel commercial. Une aventure dissidente qui n'a duré que 48 heures, le temps que les mutins se désistent, les uns après les autres, sous la pression des supporters, vigoureusement opposés à cette vision mercantile.

Deux ans plus tard, alors que seuls le Real et le Barça, frondeurs du premier jour, n'ont pas désarmé, la Super Ligue s'offre un lifting. Exit la Ligue unique semi-fermée, la nouvelle formule promeut "le mérite sportif". Assortie d'un système de montée-descente, elle se compose de 64 clubs répartis en trois Ligues, les deux premières de 16 et la dernière de 32 (Star League, Gold League et Blue League) et ne comporte "aucun membre permanent". Un modèle que A22 décline pour le football féminin, mais avec 32 équipes en deux divisions de 16.

Afin de proposer au plus grand nombre de vivre cette expérience, la société promotrice, basée en Espagne, a proposé que sa "compétition ouverte", régie par un fair-play financier et une solidarité économique, soit diffusée gratuitement sur une plateforme de streaming, nommée "Unify". 

Un projet qui a les faveurs du Real Madrid, l'équipe qui a soulevé le trophée de la Ligue des champions à 14 reprises. "Nous continuerons à défendre un projet moderne, pleinement compatible avec les compétitions nationales", a salué le président madrilène, Florentino Pérez. Son rival catalan, lui, s'est réjoui d'une décision ouvrant "la voie à une nouvelle compétition de football au plus haut niveau en Europe"

Comment le football européen a-t-il réagi ?

"On ne va pas essayer de les arrêter. Ils peuvent créer ce qu'ils veulent. Il me tarde qu'ils démarrent leur fantastique compétition avec deux clubs", a moqué le patron de l'UEFA, Aleksander Ceferin, lors d'une visioconférence. Il a aussi minimisé l'impact de la décision de la CJUE, en rappelant qu'elle porte sur des points de règlement de 2021 désormais obsolètes, puisque l'organisation européenne a complètement réécrit en 2022 son système d'autorisation de compétitions privées. Un air sarcastique et détendu qui tranche avec le visage blême qu'il arborait, en avril 2021, lorsque le dirigeant slovène, surpris par le projet de Super Ligue, s'en était pris aux "12 salopards" qui menaçaient de faire imploser le football européen. 

Un ton plus confiant, sans doute dû au fait que, depuis cet épisode, l'institution européenne a su resserrer les rangs autour d'elle. Alors que la Fifa, par la voie de son président Gianni Infantino, a relativisé la menace de la Super Ligue, la puissante Association européenne des clubs (ECA), qui avait fait sécession lors du putsch initial, s'est rangée derrière l'UEFA. Désormais sous la coupe du président du PSG, Nasser Al-Khelaïfi, l'instance – qui cogère les recettes des compétitions européennes de clubs – a décrit un football européen "plus uni que jamais contre les tentatives de quelques individus" de faire bande à part.

Un front commun qui s'est matérialisé seulement quelques heures après l'annonce du format proposé par A22 Sports Management. Les Fédérations et Ligues nationales (LFP, Premier League, LaLiga...), le syndicat des joueurs (FIFpro Europe), ainsi que les clubs (PSG, OM, Bayern Munich, Borussia Dortmund, AS Rome...) ont rappelé leur attachement à l'UEFA et aux compétitions qu'elle organise, se disant fermement opposés au projet. Preuve de ce consensus : sur les 12 équipes à l'initiative de la Super Ligue, quatre (Manchester United, Manchester City, l'Atlético Madrid et l'Inter Milan) l'ont rejetée publiquement.

La Super Ligue a-t-elle une chance de voir le jour ?

Vous l'aurez compris, mis à part le Real Madrid et le Barça, les candidats à la Super Ligue ne se bousculent pas au portillon. Ses promoteurs n'ont, pour l'heure, donné aucune précision ni sur le calendrier, ni sur le niveau d'approbation parmi les clubs européens. Et pour cause : tout le monde a l'air se liguer contre cette nouvelle compétition. Même les supporters, dont le rôle s'était révélé déterminant pour faire échouer le projet initial, se disent prêts "à se battre" pour empêcher son lancement. "Il n'y a pas de place dans le football européen pour une Super Ligue séparatiste", a tonné l'association Football Supporters Europe, estimant qu'un tel projet "met en danger l'avenir du football européen". Car même si la Super Ligue a triomphé au match aller face à l'UEFA, sans le soutien des clubs et du public, il est plus compliqué de la voir remporter le match retour sur les terrains.


Yohan ROBLIN

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