Bousculade mortelle dans un stade de football en Indonésie

131 morts dont 32 enfants dans un stade en Indonésie : ils racontent la bousculade mortelle

Yohan ROBLIN
Publié le 3 octobre 2022 à 12h59
JT Perso

Source : JT 20h WE

Samedi 1er octobre, au moins 131 personnes, dont 32 enfants, sont décédées dans le stade de Kanjuruhan, en Indonésie.
Ce drame, l'un des pires de l'histoire de football, a été causé par un immense mouvement de foule après l'envahissement du terrain.
Une tragédie dont ont été témoins joueurs et entraîneur.

Poser les mots justes sur l'horreur. Il n'y a pas d'exercice plus difficile. L'ultra-violence, qui gangrène le football en Indonésie depuis des années, a atteint son paroxysme samedi 1er octobre. Au moins 131 personnes venues encourager l'Arema FC au stade Kanjuruhan, à Malang, à l'est de l'île de Java, y ont laissé la vie, selon un dernier bilan. À l'issue de la défaite 3-2 contre le rival, le Persebaya Surabaya, 3000 supporters de l'équipe locale, excédés, ont envahi la pelouse. Pour canaliser la foule, les forces de l'ordre, totalement dépassées, ont lancé des gaz lacrymogènes, occasionnant un gigantesque mouvement de panique. 

Une soirée en enfer qu'ont vécue les joueurs, malgré eux aux premières loges. "Toute la ville parlait de ce match, car c'était un match qui allait au-delà des trois points, c'était un match de vie ou de mort", a expliqué au quotidien espagnol Marca l'attaquant d'Arema FC, Abel Issa Camara. Tout a dérapé au coup de sifflet final. Après la défaite face à l'équipe de la ville voisine, des Ultras de Malang sont sortis de leurs gonds.

"Nous sommes allés nous excuser auprès de nos supporters parce que nous avions perdu le derby et c'est à ce moment-là qu'ils ont commencé à escalader les barrières", a-t-il raconté au journal. "Les policiers nous ont aussitôt demandé de rejoindre les vestiaires, parce qu'ils risquaient de perdre le contrôle de la situation tôt ou tard."

Des fans ont fini par mourir dans notre vestiaire

Abel Issa Camara, attaquant d'Arema FC

Et alors qu'ils s'étaient barricadés, "le pire est arrivé". "Nous avons commencé à entendre des cris et des coups de feu, nous avons vu beaucoup de fumée. Puis certains fans ont réussi à entrer dans notre vestiaire et ont fini par mourir sur place", a révélé l'international bissau-guinéen. "On craignait pour nos vies et il y avait 40.000 ou 50.000 personnes dehors qui voulaient nos têtes." Conscients du drame qui était en train de se jouer, les joueurs ont néanmoins pris leur courage à deux mains pour venir en aide aux victimes. "Nous sommes sortis du vestiaire et nous avons commencé à voir beaucoup de sang, des chaussures, des baskets, des vêtements partout", dans les coursives, sur la pelouse et jusque dans les gradins, a-t-il ajouté. "Je ne souhaite ça à personne."

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De terribles événements, dont l'entraîneur Javier Roca n'a pas pris la pleine mesure immédiatement. "Après le match, je suis allé dans le vestiaire et certains joueurs sont restés sur le terrain. Quand je suis revenu de la conférence de presse, j'ai découvert la tragédie dans le stade", a témoigné, sur les ondes de la Cadena SER, le coach chilien d'Arema FC. "Les joueurs passaient avec des victimes dans leurs bras. Le plus terrible, c'est quand les victimes venaient se faire soigner par le médecin de l'équipe. Une vingtaine de personnes sont venues et quatre sont mortes. Il y a eu des supporters qui sont morts dans les bras des joueurs."

La police est allée trop loin

Javier Roca, entraîneur d'Arema FC

Alors que l'Indonésie cherche les responsables pour les punir, le technicien sud-américain, "dévasté moralement", a affirmé ne pas pouvoir s'empêcher de penser que les choses auraient pu se passer autrement. "Je ressens un lourd fardeau, voire une responsabilité. Les résultats ont leur importance et déterminent ce qui se passe à la fin. Si nous avions fait match nul, cela ne serait pas arrivé", a-t-il estimé, déplorant la gestion catastrophique de la situation. "Cela prouve que le stade n'était pas préparé, (les organisateurs) ne s'attendaient pas à un tel chaos. C'était comme une avalanche", a-t-il insisté. "Rien de tel n'était jamais arrivé dans le stade et tout a pris des proportions dramatiques en raison du nombre de personnes qui voulaient fuir."

Indonésie : intérieur du stade Kanjuruhan et recueillement des joueursSource : Sujet TF1 Info
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Comme d'autres témoins, qui ont pointé du doigt les forces de l'ordre, coupables, selon eux, de la mort de dizaines de spectateurs, c'est la riposte excessive qui a choqué Javier Roca. "Je pense que la police est allée trop loin, même si je n'étais pas sur le terrain et que je n'ai pas vécu directement ce tragique dénouement. En regardant les images, ils (les policiers, ndlr) auraient peut-être pu utiliser d'autres méthodes", a-t-il continué. "Aucun résultat d'un match, quelle que soit son importance, ne vaut que quelqu'un perde la vie." Ce 1er octobre, au moins 131 supporters ont perdu la leur. 


Yohan ROBLIN

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