Des JO d'hiver de Pékin sous le signe du Covid

JO de Pékin - Antoine Adelisse raconte la peur du Covid chez les athlètes : "J'en suis à mon 97e test"

Propos recueillis par Yohan ROBLIN
Publié le 31 janvier 2022 à 15h40
Le freestyleur Antoine Adélisse vise un podium aux JO de Pékin.

Le freestyleur Antoine Adélisse vise un podium aux JO de Pékin.

Source : RAYMOND ROIG / AFP

La pandémie de Covid rôde sur les Jeux olympiques d'hiver de Pékin, qui s'ouvrent le 4 février, en Chine.
La crainte d'être testé positif, ce qui équivaudrait à une disqualification, préoccupe les athlètes.
Le skieur freestyle Antoine Adelisse vit cette pression avant même le début de la quinzaine olympique.

C'est l'angoisse partagée par l'ensemble des athlètes. Le 4 février, Pékin donnera le coup d'envoi des JO d'hiver, les deuxièmes organisés en temps de pandémie, après ceux de Tokyo l'été dernier. À l'approche du jour J, l'anxiété se fait de plus en plus sentir. Les sportifs de neige et de glace, venus des quatre coins du globe, transpirent la peur de contracter le Covid-19 et de voir quatre ans de travail anéantis. Une contamination de dernière minute matérialiserait la fin du rêve olympique, la Chine interdisant l'entrée sur son sol pendant 14 jours à toute personne positive.

Pour ne pas voir leur ambitions balayées, d'un simple coup d'écouvillon, les 87 athlètes français, qui composeront la délégation tricolore, doivent redoubler de vigilance. Ils s'organisent minutieusement, vivant parfois comme des ermites, pour s'éviter toute rencontre fortuite avec le virus. Cette épée de Damoclès trône au-dessus de la tête d'Antoine Adelisse. Le skieur freestyle, médaillé d'or aux X Games 2020, s'est ainsi terré chez lui, restreignant au maximum ses interactions avec l'extérieur. Joint par TF1info, le licencié du clubs des sports de La Plagne témoigne du stress et de la pression procurés par la crainte du Covid.

J'essaie de ne pas tomber dans la psychose

Antoine Adelisse, skieur freestyle engagé aux JO de Pékin

Le Covid est sur les lèvres avant ces Jeux. Un test qui reviendrait positif vous empêcherait de pouvoir défendre vos chances à Pékin. Comment vit-on avec la peur d'être "covidé" ?

J'essaie de ne pas de tomber dans la psychose. Malheureusement, ce n'est pas quelque chose que l'on peut contrôler. Pour moi, c'est un peu la pire période parce que je n'ai pas été infecté par le variant Omicron. Du coup, je sais que je dois faire extrêmement attention à tout. J'ai encore fait un test tout à l'heure, mon 97e depuis que le Covid existe. Je peux vous assurer que je n'étais pas bien. Je me suis dit : "Antoine, là si c'est positif, tu ne vas pas aux JO." Ce serait tellement injuste que ma participation, à l'un des événements les plus importants de ma carrière, soit déterminée par un écouvillon.

En tant qu'athlète, on aime bien avoir la main sur ce qui nous entoure. Normalement, quand on arrive aux JO, c'est qu'on a contrôlé qu'on est frais et présent. Là, encore une fois, ça nous échappe totalement. Personnellement, je m'astreins à ne pas faire une fixette dessus, mais je connais quelques sportifs pour lesquels ce n'est pas la même histoire. Le Covid a cassé assez de liens sociaux, il ne faut pas que ça casse les liens du sport.

À quoi ressemblent les derniers jours avant le départ ?

Là, je suis tout seul chez moi. J'ai lourdement chuté aux X Games, la semaine dernière (à Aspen, aux États-Unis, ndlr). Dans tous les cas, j'avais prévu de rester à la maison, mais là, encore plus, parce que je dois me reposer. Mon dos est assez sensible. Hormis ma blessure, les périodes entre les compétitions sont un peu tristes et fades. Je suis quelqu'un qui a besoin d'interagir avec les gens, sinon ce que je fais n'a plus de sens. Là, ça me manque. J'ai croisé mes amis, mais avec un masque, sans les prendre dans les bras. C'est un peu dur, mais je pense à l'objectif final, je pense aux Jeux. Même si je me restreins, c'est pour la bonne cause et le bon fonctionnement de ma carrière. Ce sont des moments de solitude, que vivent beaucoup d'athlètes à cette heure-ci. Malheureusement, c'est la condition pour pouvoir participer aux JO, avec sérénité. 

Cela doit être pesant à vivre, physiquement et mentalement, après deux années de pandémie...

En tant qu'athlète, on vit avec une pression permanente. Le Covid en a rajouté une couche. C'est une contrainte supplémentaire qui est là, au quotidien, depuis deux ans. Malheureusement, on a compris qu'il allait falloir apprendre à vivre avec. Là, nous sommes en interview, dont j'en parle, mais dans les conversations que je peux avoir ailleurs, j'essaie au maximum d'éviter le sujet. Sinon, on ne discuterait plus que ça. J'essaie de m'en détacher, tout en faisant attention, bien évidemment. Je sais que c'est là, mais il ne faut pas que ça me rentre trop dans le crâne. Des fois, on a l'impression que ça tombe un peu au petit bonheur la chance. On fait extrêmement attention et d'un coup, si le test arrive positif, tout s'écroule, d'un seul coup. On joue déjà suffisamment avec la chance dans le sport. Si ça m'arrive, je ne saurai pas quoi dire ou quoi faire.

Être à Pékin, ce sera un premier objectif atteint

Antoine Adelisse, skieur freestyle engagé aux JO de Pékin

Une fois entré en Chine, vous allez vivre dans une bulle étroitement contrôlée, avec une politique "zéro Covid" appliquée scrupuleusement. Le risque d'être contaminé sera réduit presque à néant, mais vous allez être coupé du monde. À quoi vous attendez-vous ?

Quand on sera arrivé sur place, ce sera déjà un premier objectif atteint. Avant de penser au résultat, il faut déjà pouvoir participer. Je sais que ce ne sera pas les Jeux olympiques les plus fun de ma vie, mais c'est comme ça. Je ne me permettrai pas de critiquer ce qu'il se passe ou de donner un avis, parce que je ne suis pas assez compétent sur le sujet. J'y vais pour l'amour de mon sport, et pas pour autre chose. Je suis passionné par ce que je fais, tous les sportifs ne peuvent pas en dire autant. Moi, j'ai vraiment le cœur d'un skieur et c'est ce qui m'anime. Si je n'avais pas ça, je n'irai pas.

En plus de la gestion du Covid, vous avez été victime d'une grosse chute à l'entraînement aux X Games, le 22 janvier. Vous êtes retombé lourdement sur le dos, en tentant un nouveau saut. Vous avez dû faire un séjour à l'hôpital. Avez-vous cru ne pas pouvoir vous aligner à Pékin ?

Il y a eu un grand moment de doute, oui. Faire un séjour à l'hôpital, même si ce n'est que le temps d'une journée, c'est difficile à vivre. On se rend compte que les rêves ne tiennent parfois à un fil. Même si ce n'est pas le seul objectif de ma carrière, les Jeux olympiques, ça reste le plus gros. Je n'ai eu le feu vert que depuis mercredi (26 janvier, ndlr). Je suis allé voir le médecin de l'équipe de France, en m'étant préparé à deux scénarios : l'un où il me disait que c'était possible, l'autre où il m'annonçait qu'ils se feraient sans moi. En fin de compte, le diagnostic est moins grave que je le craignais. Les fractures sont assez bénignes et ne vont pas trop me gêner d'ici la semaine prochaine. Je me sens extrêmement chanceux.

Quand allez-vous pouvoir rechausser vos skis ?

Je pense que ce sera en haut du Big Air à Pékin. (rires) Ce n'est pas grave, ça ne me dérange pas. Je fais entièrement confiance au médecin de la Fédération française. S'il me donne le feu vert, c'est qu'il estime que c'est possible et que je suis capable de skier. Je sais que le jour où je vais remonter sur mes skis, ça vaudra dire que je suis en mesure de pratiquer mon sport à fond. 

Faire rayonner le ski freestyle tricolore, ce serait beau

Antoine Adelisse, skieur freestyle engagé aux JO de Pékin

D'autant que vous vous rendez aux Jeux de Pékin pour performer. Vous visez le podium, a minima...

Bien sûr, avec le statut que j'ai depuis deux ans, j'en espère beaucoup. J'y vais déterminé, comme personne, pour avoir un résultat. Après, je prends en compte que les JO sont une course d'un jour, où tout est possible, dans le bon comme dans le mauvais. Je conçois aussi que j'évolue dans un sport qui évolue à une vitesse vertigineuse. J'ai de grandes ambitions, mais je sais rester à ma place. J'aime être assez réaliste. Tout peut arriver. Ça m'est arrivé, il y a deux ans. Je n'étais pas au niveau et je me suis pourtant retrouvé dans le Top 3 des meilleurs skieurs du monde. Là, j'y vais pour jouer la gagne, mais je sais qu'il faudra redoubler d'efforts et innover pour pouvoir présenter un ski différent. Dans ce sport, ce que j'aime, c'est qu'on ne reste jamais sur nos acquis. 

La liberté de créativité est omniprésente. Beaucoup de jeunes, avec des talents différents, arrivent pour bousculer notre sport. Personne n'est au-dessus des autres. Je ne peux pas donner le nom d'un adversaire à surveiller, je peux en donner cinq, dix voire quinze. Je connais au moins quinze de mes concurrents capables de faire des exploits pendant les JO. Ça me pousse à me surpasser, à être toujours plus inventif. À Pékin, il faut que j'arrive à monter les plus belles parties de mon sport à la TV française et au monde entier. Faire rayonner le ski freestyle tricolore, ce serait beau.

On met souvent en opposition les JO d'hiver et les X Games. Lesquels ont le plus d'importance ?

Mon sentiment a évolué. Quand j'ai commencé le ski freestyle, la discipline n'était pas aux Jeux. Mon objectif ultime, c'était de gagner les X Games. Cette compétition a permis de faire grandir beaucoup de disciplines extrêmes. Elle est tellement ancrée dans l'histoire de notre sport, qu'on y attache tous une énorme importance. Mais, depuis quelques années, les X Games sont controversés. En tant que compétition privée, les organisateurs ont le choix d'inviter les skieurs qu'ils veulent. Il arrive parfois que les huit athlètes invités ne soient pas toujours les huit meilleurs du moment. Il y a des critères, par exemple, en désaccord avec l'esprit de compétition, qui rentrent en ligne de compte au moment de la sélection. Du coup, ça gâche un peu l'histoire des X Games. C'est là qu'ils sont en train de se décrédibiliser : ils ne proposent plus la course avec les meilleurs athlètes au monde. Entre-temps, notre sport a été ajouté au programme olympique, ce qui est une chance extraordinaire. Aujourd'hui, en février 2022, je pense la majorité des freestylers accordent plus d'importance aux Jeux qu'aux X Games.


Propos recueillis par Yohan ROBLIN

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