Des JO d'hiver de Pékin sous le signe du Covid

"Une osmose inégalable" : Papadakis-Cizeron, les confidences d'un couple "or norme"

Propos recueillis par Yohan ROBLIN
Publié le 27 février 2022 à 17h00
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

De retour de Pékin, l'or olympique autour du cou, Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron savourent.
La folie des premiers jours passée, ils redescendent doucement de l'Olympe, heureux et fiers d'eux.
Instant choisi par le couple de danseurs sur glace pour se confier à TF1info.

L'or à deux, avec la manière. Quatre ans après la déconvenue de Pyeongchang, où ils étaient repartis seulement avec la médaille d'argent, la faute à une robe un peu trop lâche, qui leur avait coûté le Graal, Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron ont obtenu leur revanche. Rentrés de Pékin, lundi 21 février, ils ont ramené dans leurs valises le seul titre qui manquait à leur carrière, débutée il y a 17 ans sur la patinoire de Clermont-Ferrand : l'or olympique en danse sur glace.

Pour ravir le plus précieux des métaux, le couple français a livré une performance magistrale : 90.83 points sur la danse rythmique et 136.15 points sur la danse libre, pour un total de 226.98 points, record du monde à la clé. Une récompense suprême en danse sur glace, la première pour la France depuis Marina Anissina et Gwendal Peizerat aux JO de Salt Lake City en 2002, que le duo tricolore désirait de tout cœur. En plein marathon médiatique, Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron ont pris le temps de se poser pour revenir, avec TF1info, sur ces Jeux qu'ils ont définitivement marqués de leurs patins.

On a visualisé cette médaille des tonnes de fois

Guillaume Cizeron, champion olympique de danse sur glace

Cela fait dix jours que vous avez l'or olympique autour du cou. Êtes-vous redescendus de votre nuage ?

Gabriella Papadakis : C'est une bonne question. (Elle réfléchit) Je vous répondrai à la fois oui et non. La joie intense, qui a suivi la médaille, a duré un court moment. Peut-être la journée, disons jusqu'au soir même, où on a fait la fête. Au fil des jours, c'est devenu une joie calme, qui perdure toujours et perdurera, je l'espère, pendant encore assez longtemps. 

Guillaume Cizeron : On commence à redescendre doucement. La joie et l'extase ne durent, malheureusement, que quelques heures. On est très, très heureux, évidemment, au moment où les notes arrivent et qu'on vit cet instant dont on a tant rêvé. Avec le temps, ce sentiment s'atténue, il évolue. Il faut dire qu'on a visualisé cette médaille des tonnes de fois. L'attente a été très longue. On était impatients, quelque part, d'en finir. C'est tellement de stress qu'on avait hâte de savoir si on allait enfin être champions olympiques. Et puis, tout d'un coup, c'est déjà du passé. C'est un petit peu vertigineux de regarder derrière et de voir tout le chemin parcouru, surtout lorsqu'on est habitué à regarder droit devant, sans vraiment se retourner.

Clermont-Ferrand a vibré pour Gabriella Papadakis et Guillaume CizeronSource : JT 13h Semaine
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À Pékin, vous visiez l'or, et rien d'autre, quatre ans après l'argent triste de Pyeongchang. Vous étiez les grands favoris. Comment avez-vous fait de cette pression une force et non un poids ?

G.P : On a toujours aimé cette position de favoris. C'est la plus belle des places à avoir. C'est, je dirai, un "privilège", parce que cela veut dire qu'on considère qu'on a une chance de gagner et qu'on est ou peut être les meilleurs. Ça vient, logiquement, avec de la pression, mais, vous savez, qu'elle vienne du public, de la Fédération ou de n'importe qui d'autre, elle ne sera jamais aussi forte que la pression qu'on se met nous-mêmes. On a fait de cette pression une force, parce qu'on n'avait pas le choix. Soit on se laissait écraser par la peur de l'échec, soit on la surmontait. Bien sûr, il y a des moments, par exemple, avant les Jeux, où on ne faisait pas les malins avant de patiner. (Rires) Mais on a l'expérience et l'entraînement pour la supporter.

Ce titre tant désiré, vous l'avez conquis à deux, le jour de la Saint-Valentin...

G.C : Je vous avoue qu'on n'y a pas pensé quand on était dans le feu de l'action, d'autant plus que nous ne sommes pas en couple dans la vie. Mais, pour la petite blague, on se dit qu'on s'est fait un cadeau de Saint-Valentin. (Ils rigolent) 

Vous offrez surtout un coup de projecteur extraordinaire à votre sport, avec ce titre olympique, 20 ans après l'or de Marina Anissina et Gwendal Peizerat... 

G.P : C'est une fierté. C'est un sport qu'on aime, qu'on adore par-dessus tout. On espère justement que ça permettra au patinage artistique d'être plus connu, plus populaire, plus regardé. C'est un sport qui nous a fait beaucoup de bien dans notre vie et qui nous a apporté beaucoup de choses. Peut-être que ça donnera envie à la prochaine génération de s'y mettre aussi. 

C'est une volonté qu'on a de briser les traditions

Gabriella Papadakis, championne olympique de danse sur glace

Aux JO, vous avez offert une parenthèse enchantée. Vous avez sublimé le waacking sur du John Legend, puis survolé L'Élégie de Gabriel Fauré. Comment réussit-on un tel grand écart ?

G.C : Je pense que quel que soit le style qu'on choisit, l'important c'est de se l'approprier. On fait naturellement les choses qui nous inspirent, qui nous ressemblent le plus, tout en essayant de se créer des challenges, de repousser nos limites, de découvrir de nouvelles choses. On a pris beaucoup de plaisir de travailler avec des chorégraphes, qui n'avaient absolument rien à voir avec le monde du patinage. Ça nous a beaucoup enrichis autant dans notre art que d'un point de vue personnel.

Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron lors de leur programme libre aux JO de Pékin. - SEBASTIEN BOZON / AFP

Il y a une volonté aussi de casser les codes, avec un patinage contemporain...

G.P : Nous ne sommes pas les seuls. Il y a beaucoup de nos concurrents qui font des propositions super intéressantes, modernes et contemporaines. Mais, en effet, c'est une volonté qu'on a de se détacher du lot, de créer et de briser les traditions. On vit un moment important en danse sur glace. Beaucoup de choses évoluent, changent et se renouvellent. Chacun montre sa différence à sa manière, nous on réussit à le faire à notre façon. C'est le plus important.

Vous vous démarquez aussi par une vitesse d'exécution rare. Cela rend votre performance magique, à la limite du réel...

G.C : C'est certain que, pour arriver à retranscrire des émotions, à faire passer un petit peu de magie, ça passe d'abord par une maîtrise presque totale de la technique. Si un patineur donne ses tripes sur la patinoire, mais qu'il fait n'importe quoi, je ne pense pas que ça émouvra quelqu'un. Il faut que les spectateurs, comme les juges, arrivent à ne pas être dérangés par des défauts techniques pour que les émotions puissent être perçues. Il est extrêmement difficile pour nous d'interpréter à fond une chorégraphie qu'on ne maîtrise pas à 100% techniquement. L'émotion ne va pas sans la technique.

Notre longévité à deux est notre plus grande force

Guillaume Cizeron, champion olympique de danse sur glace

Malgré l'apparente facilité que vous dégagez sur la glace, vous n'êtes jamais à l'abri d'une faute technique. Comment luttez-vous contre cette fausse impression sur la glace ? 

G.P : Il faut savoir garder la tête froide. La plus grande difficulté, elle est avant tout mentale. Notre sport est tellement précis qu'une erreur est vite arrivée. C'est une gymnastique mentale, c'est comme un muscle qu'on entraîne. Quand on était plus jeunes, on avait beaucoup plus de mal à gérer la pression. Mais, à force de faire des fautes et d'avoir des déceptions en compétition, on se forge et on devient plus fort. On a aussi travaillé avec une coach mentale. Le fait de maîtriser tout le côté de la performance nous aide aussi beaucoup à mieux travailler et à gérer le stress à l'entraînement et pendant les compétitions.

Il y a aussi une symbiose unique, une alchimie parfaite entre vous...

G.C : Nos 17 ans de partenariat jouent beaucoup. C'est notre plus grande force aujourd'hui par rapport à la concurrence. Évidemment, ça crée une osmose dans le mouvement qui est inégalable. Quand on apprend à suivre les mouvements de l'un et de l'autre, pendant 17 ans, c'est quand même assez unique. Ça rend les choses plus faciles dans la gestion du stress. S'il y a une micro-erreur, on peut la rattraper plus facilement que des couples moins expérimentés ou ayant moins de réflexes en commun. Nous, c'est devenu inné, ça fait partie de qui on est. Cette longévité crée quelque chose de spécial qu'on ne retrouve pas chez tout le monde. Ça peut, je pense, faire la différence pour une compétition. On l'a encore vu aux JO.

Justement, votre longévité est exceptionnelle. Comment faites-vous pour durer dans le temps ?

G.P : Ce n'est pas une chose à laquelle on pense, mais on sait que, pour réussir, il faut être ensemble. Il faut qu'on s'entende bien, la plupart du temps en tout cas. Notre relation est au cœur de cette réussite. On en prend soin comme on prend soin de nos corps et de nos carrières. On prend aussi chaque objectif à la fois. Et nous voilà, 17 ans plus tard. 

Une belle communion avec notre public

Gabriella Papadakis, championne olympique de danse sur glace

Votre performance sur la chanson de Léo Ferré "Avec le temps" a illuminé le gala de clôture des Jeux. Avec ce moment suspendu, vous avez ému au-delà des amateurs de patinage...

G.C : La danse sur glace n'est pas un sport de niche, c'est quand même très grand public. Évidemment, plaire à des gens qui ne suivent pas ou qui ne sont pas fans de patinage, ça fait partie indirectement de nos objectifs. On essaie de faire des choses modernes qui peuvent séduire et émouvoir le plus grand nombre, jeunes comme moins jeunes. Lorsqu'on y arrive, lorsqu'on parvient à transmettre et à procurer des émotions, on se dit qu'on a peut-être réussi un peu ce qu'on voulait faire.

Les Jeux viennent à peine de se refermer que vous avez déjà rendez-vous pour les Mondiaux de patinage, où vous convoitez un 5e titre mondial. Ce sera à Montpellier. Qu'attendez-vous de ces retrouvailles avec le public français ? 

G.P : On s'attend à une belle communion, à une belle célébration, avec notre public. À Pékin, il n'y avait pas de spectateurs, du fait des restrictions liées au Covid. On n'a donc pas eu l'occasion faire la fête avec ceux qui nous suivent depuis des années. Ça va être génial de pouvoir fêter notre titre en France avec les Championnats du monde puis en tournée à travers le pays (avec les autres membres de l'équipe de France, du 1er au du 10 avril, ndlr). Ça va être vraiment très, très chouette. 


Propos recueillis par Yohan ROBLIN

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