L'info passée au crible

"Le racisme dans le foot n'existe pas ou peu", vraiment ?

Felicia Sideris
Publié le 16 septembre 2020 à 19h18, mis à jour le 17 septembre 2020 à 11h26
Alvara Gonzalez (OM) se disputant avec Neymar (PSG) au Parc des Princes, le 13 septembre 2020

Alvara Gonzalez (OM) se disputant avec Neymar (PSG) au Parc des Princes, le 13 septembre 2020

Source : FRANCK FIFE / AFP

FOOTBALL - Le président de la Fédération française de football, Noël Le Graët, a assuré mardi que le racisme "dans le sport et le foot en particulier n'existe pas ou peu". Une affirmation confortée par les chiffres mais à nuancer.

Face à l'actualité, il minimise. Quelques jours après les tensions qui ont émaillé le Classico, entre le PSG et l'OM, Noël Le Graët, président de la Fédération française de football, s'est exprimé ce mardi 15 septembre sur l'incident entre les joueurs Neymar et Alvaro Gonzalez. Le premier accusant le second de lui avoir adressé des propos racistes pendant la rencontre, cet incident a remis au devant de la scène le débat sur les discriminations dans le football. Au micro de BFM Business, le dirigeant du foot français a cependant préféré regretter le comportement individuel des joueurs, refusant de parler d'un phénomène. 

97 incidents discriminatoires ou racistes

Des propos qui étonnent quand on a en mémoire les différents exemples d'événements survenus au cours d'un match, entre cris de singes, jets de bananes ou insultes à caractère xénophobe. Mais s'il a reconnu qu'il pouvait y avoir "des écarts" lors de certaines rencontres, Noël Le Graët a toutefois assuré que "le phénomène raciste dans le sport et dans le foot en particulier, n'existe pas, ou peu". Une conclusion qu'il fait reposer sur un chiffre : sur l'ensemble des rencontres, il y aurait "moins de 1% de difficultés". De fait, selon le dernier rapport en date de l'Observatoire des comportements, qui recense et identifie les violences et incivilités dans le football amateur, les chiffres de la saison 2017 à 2018 établissent que sur les près de 700.000 matchs joués par an, un incident a été enregistré pour 12.369 d'entre eux - soit 1,8% du total. Parmi eux, seuls 97 matches "ont fait l'objet d’incidents à caractère discriminatoire ou raciste". C'est donc effectivement moins de un sur cent (0,8%). 

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Cependant, comme le notent de nombreux observateurs du sport, ces accrocs ne sont tout d'abord pas systématiquement rapportés. Auprès de LCI, le président de la Commission Sport et Jeunesse de la Licra estime en effet que ce chiffre est "sous évalué". Mais surtout, Oren Gostiaux y voit une origine insidieuse. S'il ne parle pas tant du racisme des joueurs professionnels qui sont, selon ses mots, "en proportion sûrement moins racistes que le reste de la société", il voit dans le monde du ballon rond un "environnement propice" à ce type de discours de haine. "L'environnement dans certains match, surtout au niveau local, est celui dont le match de dimanche s'est fait le reflet. A savoir celui d'une provocation incessante." Selon Oren Gostiaux, c'est en effet en faisant à tout prix "monter la sauce" que les supporters et les équipes en viennent à aller toujours plus loin. "Parfois les propos sont juste bêtes, et parfois ils sont racistes". Et c'est d'ailleurs là qu'est bien pointé du doigt un "phénomène" et non pas des cas à part. Estimant qu'on a "laissé faire trop longtemps les supporters", l'ex vice-président de l'Office municipal des sports de Lyon regrette que les chefs des institutions ne comprennent toujours pas la corrélation entre cette ambiance incandescente et son "impact" sur les joueurs. "On l'a vu lors du match PSG -OM : les banderoles sont en dehors du stade, et la violence éclate à l'intérieur". 

Un message similaire à celui porté par SOS Racisme, qui a dénoncé les propos "scandaleux" du président de la FFF. Soulevant lui aussi problème que si on n'"admet pas" une anomalie alors on ne peut la régler, le président de l'association, Dominique Sopo, s'est dit auprès de l'AFP "particulièrement choqué", relevant d'une phrase que "oui il y a du racisme qui circule dans le football". 

Au-delà des associations dont le but est la lutte contre le racisme ou les discriminations, les principaux intéressés ont eux aussi  leur mot à dire. L'ancien international français Olivier Dacourt a estimé sur Twitter que les propos tenus par Noël Le Graët étaient "gênants". Auteur d'un documentaire sur le racisme dans le football, intitulé "Je ne suis pas un singe", il y pointait du doigt un système discriminatoire. Qui était tel que, tandis que la diversité s'invite dans les équipes, elle disparaît bien trop souvent dans la hiérarchie. 

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Felicia Sideris

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