PSG-OM : pourquoi ce match est-il surnommé le "Classico" du football français ?

Maxence GEVIN
Publié le 17 avril 2022 à 17h27, mis à jour le 17 avril 2022 à 20h04
Joueurs marseillais et parisiens au duel lors de OM-PSG, en octobre 2021.

Joueurs marseillais et parisiens au duel lors de OM-PSG, en octobre 2021.

Source : CHRISTOPHE SIMON / AFP

Le PSG accueille ce dimanche soir (20h45, à suivre sur TF1info) l'OM dans le cadre de la 32e journée de Ligue 1.
Malgré la cuisante élimination du club de la capitale en Ligue des champions, ce choc reste un rendez-vous incontournable du football français.
À l'origine de ce "Classico", un arrangement entre amis pour devenir grands ennemis.

Match événement. Après plusieurs semaines de tensions liées à sa sortie de route prématurée en Ligue des champions contre le Real Madrid, le Paris Saint-Germain accueille, ce dimanche 17 avril (20h45, à suivre en direct sur TF1info) l'Olympique de Marseille, en clôture de la 32ᵉ journée de Ligue 1. Ce choc qui déchaîne les passions mettra aux prises le club parisien, leader incontesté de la Ligue 1 (71  points), et son dauphin de la cité phocéenne (59 points). L'occasion de se demander d'où vient ce "Classico", qui s'est imposé comme un incontournable du paysage du football français ces dernières années ? 

L'ombre de Bernard Tapie

Si l'opposition entre l'OM et le PSG a parfois l'image d'une rivalité historique, la réalité est tout autre. Elle est davantage le fruit d'un montage commercial, d'une construction médiatique. Pour en retrouver les racines, il faut remonter en 1986. Cette année-là, Bernard Tapie rachète le club phocéen pour un franc symbolique. Très vite, l'homme d'affaires fait de son équipe un épouvantail du football tricolore, raflant quatre nationaux consécutifs entre 1989 et 1992. 

Mais l'entrepreneur, décédé en octobre 2021 de son cancer, voit plus loin, rêve plus grand. Il souhaite un nouveau rival pour pimenter le championnat, avec l'Europe en ligne de mire. "Seuls en haut, on se faisait ch***", raconte-t-il dans le livre PSG-OM, Histoire d'une rivalité. Alors, quand Canal+ rachète le PSG en 1991, il saute sur l'occasion. Bernard Tapie se rapproche de la chaîne cryptée, et de son président d'alors, Michel Denisot, pour créer de toutes pièces une nouvelle tension entre le PSG et l'OM. Une idée de génie pour toutes les parties : l'OM obtient le rival tant espéré, le PSG prend une toute nouvelle dimension, et Canal +, s'offre l'occasion d'attirer de nouveaux abonnés et de faire fructifier les droits TV. Logiquement, la mayonnaise prend rapidement. Et même au-delà des espérances, avec en point d'orgue le match de 1992 au Parc des Princes. La rencontre se dispute dans un climat d'extrême violence, avec pas moins de 55 fautes sifflées et de nombreux gestes dangereux. 

Un choc référence puis le "Classico"

Dans les années 1970/80, la confrontation entre le club de la capitale et l’équipe du sud n’était qu’un match parmi les autres. À la fin de la décennie suivante, elle s'est imposée comme un rendez-vous incontournable. Oui, mais voilà : le passage au nouveau millénaire s'accompagne d'une descente aux enfers pour les deux équipes. Pour redonner de l'allant à ce choc, Canal + en fait son "Classico".  Un concept imposé de "force" via la multiplication des bandes d'annonce.

Initialement, cette expression fait référence au duel entre le FC Barcelone et le Real Madrid, de l'autre côté des Pyrénées. Un affrontement historique qui trouve son origine dans deux conceptions de l'Espagne : pouvoir centralisateur contre autonomie des provinces. L'expression renvoie aussi au "Superclasico" argentin et à la confrontation bouillante des deux équipes de Buenos Aires (Boca Junior contre River Plate). Une opposition footballistique née sur le terreau fertile d'un antagonisme entre le peuple (Boca Junior) et la bourgeoisie (River Plate). "Cette expression a été importée d’Espagne et d’Amérique du Sud par les journalistes français et exprime l’idée qu’il s’agit d’un rendez-vous annuel et d’un sommet traditionnel dans un championnat", résume aux Échos Ludovic Lestrelin, sociologue du sport à l’Université de Caen. 

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Pour tenter de s'émanciper de ces origines hispaniques, les médias ont, un temps, tenté de franciser le terme. Sans réussir à imposer sur la durée ce fameux "Classique". À noter que l'Amérique du Sud, l'Espagne et la France ne sont pas les seuls à jouir d'une confrontation devenue incontournable sur la scène nationale : en Allemagne aussi, on savoure régulièrement le Klassiker, un duel au sommet : Borussia Dortmund contre Bayern Munich.


Maxence GEVIN

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