Battue par la Croatie pour son dernier match de la saison lundi (0-1), l'équipe de France est éliminée de la course au "final four" de la Ligue des nations.
Pire, ce revers contre les coéquipiers de Luka Modric est synonyme d'un quatrième match consécutif sans victoire.
Au-delà des résultats décevants, c'est la manière qui inquiète, à moins de cinq mois du Mondial au Qatar.

Les comptes ne sont pas bons. En s'inclinant lundi au Stade de France contre une Croatie solide mais pas flamboyante (0-1), l'équipe de France a concédé un quatrième match consécutif sans victoire. Le tout au sortir d'une série de vingt matches sans défaite. 

Longtemps inoffensifs, les Bleus ne sont de plus pas parvenus à trouver le chemin des filets adverses devant leur public. Ils mettent ainsi fin à un enchaînement de 23 matches au cours desquels ils avaient marqué au moins un but (51 au total), la plus longue de leur histoire. Cela faisait plus d'un an et demi, et un soir de novembre 2020 contre la Finlande (0-2), que les tricolores n'avaient plus été muselés sur 90 minutes. 

Finalement, la France n'a remporté que 54% de ses matches cette saison (7/13, avec 4 nuls et 2 défaites), son plus faible ratio depuis 2014/15 (50%). Pas idéal pour la confiance à moins de cinq mois du mondial au Qatar...

Une animation offensive en grande difficulté

Au-delà des simples résultats, déjà suffisamment cruels, la régression dans le jeu aperçu lors de ce rassemblement a de quoi inquiéter. S'ils n'ont jamais paru dominés contre le Danemark (1-2), l'Autriche (1-1) et la Croatie (1-1 et 0-1), les Français ont peiné à mettre leurs adversaires en difficulté sur la durée. 

Bien qu'ayant régulièrement monopolisé le ballon (56,25% en moyenne sur les quatre rencontres), ils ne se sont procurés qu'un faible volume d'occasions (5,75 tirs cadrés en moyenne), avec en point d'orgue cette dernière copie particulièrement fade sur la pelouse de Saint-Denis. 

Dans l'ensemble, les courses, l'intensité et la justesse technique n'ont pas été au rendez-vous lors de cette fenêtre internationale qui réussit si rarement aux joueurs de Didier Deschamps. "Dans le match, on n'a pas démérité. [...] On a manqué d'efficacité, je dirais. Si c'est inquiétant ? Non", a estimé Presnel Kimpembe, après le coup de sifflet final. 

Deschamps en plein tâtonnement

S'il existe des circonstances atténuantes, à commencer par l'enchaînement infernal des matchs - quatre en deux semaines - après une saison très éprouvante, la multiplication des systèmes n'a certainement pas aidé les champions du monde à trouver leurs repères. En quatre rencontres, ils ont expérimenté d'entrée trois systèmes différents : le 3-4-1-2, le 4-2-3-1 puis le 4-3-3. 

C'est d'ailleurs dans cette dernière disposition que les tricolores ont sombré en première mi-temps contre les Croates lundi. Le trio Rabiot-Kamara-Guendouzi a été dévoré dans l'agressivité et la justesse par le milieu adverse. Devant, Christopher Nkunku, exilé sur le côté droit, n'a pas eu son rendement habituel. Karim Benzema et Kylian Mbappé, apparus émoussés physiquement, n'ont, eux, jamais réussi à se trouver ni à véritablement exister. "Par rapport aux joueurs aptes à débuter, (il fallait) les mettre dans les meilleures dispositions, ce qui m'a amené à changer de système", s'est justifié "DD". 

Plus que les options tactiques, ce sont les choix de Didier Deschamps - frappé par un deuil familial au début du rassemblement - qui sont apparus surprenants voire discutables. De la gestion d'un Antoine Griezmann en manque total de confiance, à l'utilisation de Wissam Ben Yedder (seulement 62 minutes de jeu) en passant par un tâtonnement dans l'animation du couloir droit... les incompréhensions ont été multiples. 

Le chantier du côté droit

Le côté droit, justement, cristallise une large partie des inquiétudes. Avec une défense centrale à trois hommes ou à deux, l'encadrement tricolore n'est jamais parvenu à trouver la bonne formule. Lors du premier match, Kingsley Coman a bu la tasse défensivement sans avoir son habituel apport en attaque. Par la suite, le sélectionneur de l'équipe de France a replacé Benjamin Pavard - après avoir indiqué qu'il était désormais un joueur d'axe - et Jules Koundé au poste de latéral. Pas mis dans les meilleures conditions, ils ne sont pas parvenus à donner des satisfactions ni à offrir des garanties. 

Le constat est encore plus sévère pour Jonathan Clauss qui n'a eu droit qu'à dix minutes, le temps de concéder un pénalty malheureux en Croatie. "Jonathan (Clauss), ce n'est pas lui rendre service de le mettre là. Il n'a jamais joué à quatre. Alors que Benjamin Pavard est habitué à jouer latéral. Jules est capable de le faire, même si je connais sa condition athlétique", a souligné l'ancien entraîneur de l'Olympique de Marseille. Sans véritablement convaincre. Plus que jamais, les carences individuelles et la faiblesse du réservoir hexagonal à ce poste se font cruellement sentir. 

Une défense (encore un peu plus) aux abois

De manière plus générale, les Bleus sont retombés dans leurs travers de l'Euro, affichant une inhabituelle fébrilité défensive. Ils ont encaissé cinq buts en quatre matchs (1,25 but par rencontre), sans jamais parvenir à conserver leur cage inviolée. Ils ont également montré d'énormes carences dans la gestion de la profondeur, l'arrière-garde se faisant piéger à plusieurs reprises par son mauvais alignement. 

Sur le plan individuel, la France a indiscutablement souffert de l'absence de Raphaël Varane, sorti blessé contre le Danemark. Si Presnel Kimpembe a offert la solidité attendue dans l'axe, aucun patron ne semble parvenir à s'imposer derrière. Ce ne sont pas les prestations des petits nouveaux, William Saliba et Ibrahima Konaté, qui vont bouleverser la hiérarchie, le premier se montrant trop tendre sur le but de l'Autriche et le second concédant rapidement le pénalty fatal contre les Croates lundi soir. 

Les absents n'ont pas (toujours) tort

Si l'on élargit un peu le spectre, les absences de certains tauliers ont pesé (très) lourd dans la balance. En défense, les forfaits de Varane, donc, mais aussi de Lucas Hernandez, se sont fortement fait sentir. Même chose un cran plus haut où l'abattage, la créativité et la complémentarité du duo Ngolo Kanté-Paul Pogba n'ont pas été compensés par les jeunes Boubakar Kamara (3 sélections) et Mattéo Guendouzi (6 sélections). Loin de là. 

En attaque, enfin, Olivier Giroud s'est rappelé au bon souvenir du public français sans même jouer une seule seconde. D'autant plus avec un Kylian Mbappé touché au genou et un Karim Benzema - 56 matches au compteur en 2021-22 - visiblement lessivé. "Ce rassemblement m'a permis de donner du temps aux jeunes pour s'aguerrir, quitte à faire des erreurs qui se paient cash", a reconnu Didier Deschamps, lucide au moment de conclure : "Je vais avoir un été studieux."


Maxence GEVIN

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