MMA : cinq choses à savoir sur Ciryl Gane, le poids lourd français qui défie le champion Francis Ngannou

Maxence GEVIN
Publié le 22 janvier 2022 à 12h08
Ciryl Gane s'apprête à affronter Francis Ngannou, champion du monde des lourds UFC.

Ciryl Gane s'apprête à affronter Francis Ngannou, champion du monde des lourds UFC.

Source : Alex Bierens de Haan / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

PORTRAIT - Dans la nuit du samedi 22 au dimanche 23 janvier en Californie, Ciryl Gane et Francis Ngannou vont se disputer le titre de champion du monde des poids lourd de l'UFC. Un choc des titans à ne rater sous aucun prétexte, tant pour l'enjeu du combat que la trajectoire inhabituelle du boxeur français.

Un moment d'histoire, comme le sport seul sait en faire. Dans la nuit de samedi à dimanche à Anaheim (Californie), à partir de 4 heures du matin en France, le Français Ciryl Gane et le Camerounais Francis Ngannou vont se disputer la couronne des poids lourds de l’UFC. Un choc en forme de consécration pour celui qui est considéré comme un véritable ovni dans le monde des arts martiaux mixtes (MMA). 

Une trajectoire étonnante

Rien ne le prédestinait à un tel destin. Né à La Roche-sur-Yon, en Vendée, Ciryl Gane s'est d'abord longtemps cherché. Pas bagarreur pour un sou dans son enfance, comme il l'avoue lui-même, le Français s'est d'abord essayé à des sports collectifs comme le football, le basket ou même le rugby qu'il a peu pratiqué, mais dont il louait "l'esprit de guerrier", le "mental", au détour d'un passage par TF1 à l'occasion de la présentation de la prochaine Coupe du monde. 

Dans chacune de ses expériences sportives, "il aurait pu être professionnel dans tous les sports qu’il a pratiqués, je pense, tellement il a cette capacité physique, cette intelligence, ce QI sportif vraiment très important", assure sa sœur, Julie auprès d'Ouest-France.

Celui que l'on surnomme "bon gamin" a vu sa vie basculer le jour où il est monté sur le ring et a enfilé les gants. Il n'a pourtant commencé les sports de combat qu'à l'âge de 24 ans. Qu'importe, quelques mois de boxe thaïlandaise - le muay-thaï - suffisent à le convaincre de son potentiel. Du haut de son mètre 95 et de ses 112 kilos, le Vendéen impressionne par sa vitesse d’adaptation et sa progression supersonique. En moins de trois ans, il glane deux titres de champions de France (2016-2017). L'année suivante, il rentre à la MMA Factory, une usine à champions dans cette discipline, et se prend immédiatement au jeu. Rapidement, il effectue ses premiers pas sur un octogone, en TKO MMA au Canada, remportant aisément trois combats. Une ascension fulgurante qui n'échappe pas à Dana White, patron de l'UFC, la grande ligue du MMA...

Toujours invaincu

Le tricolore fait alors une entrée fracassante dans la cour des grands. Dans la cage, il enchaine les victoires expéditives, dominant ses adversaires les uns après les autres. Le poids lourd au sourire contagieux a successivement dominé Alexander Volkov puis Derrick Lewis, pourtant des références en la matière, pour s'offrir une première ceinture mondiale, par intérim. Depuis son entrée dans la cage, le protégé de Fernand Lopez est toujours invaincu, avec 10 victoires en autant de rencontres. Un sacré exploit pour ce "Bon gamin" dans un monde de grandes gueules et d'exubérance, où cognent les combattants où surnoms plus inquiétants ("L'Effaceur", "Le Zombie", "Tonton flippant", "La brute", "le panda enragé"...). "Cela peut sembler bizarre de voir un combattant s'appeler comme ça mais c'est arrivé très naturellement. C'est le nom d'un collectif d'amis qui font du rap et je l'avais tatoué sur la cuisse. 'Bon gamin', c'est un état d'esprit, une joie de vivre, une façon de rester jeune. C'est faire ce que l'on a envie de faire", explique Gane. 

Un style ultra-offensif déroutant

Pour bâtir son succès, Ciryl Gane s'appuie sur un style de boxe mêlant vivacité et stratégie. Fluide, rapide, parfois presque félin, il prend souvent ses adversaires au dépourvu. Là où certains s'appuient sur une force brute, lui privilégie les enchaînements rapides. S'appuyant sur un excellent cardio, il peut aisément tenir les rounds successifs et surprendre son opposant au fil des minutes qui défilent. Il excelle aussi dans la lutte et le jeu au sol. À cela s'ajoute une précision redoutable. Il est ainsi le deuxième combattant avec le plus grand nombre de coups significatifs infligés en 2021 (335), et le seul dans la catégorie poids lourds à figurer dans le top 5 de ce classement. Mais son atout numéro un est certainement son sens de la tactique. "Un combat de MMA est un jeu d'échecs", confie le natif de Roche-sur-Yon au Parisien. "Je mise plutôt sur mon intelligence de combat", ajoute-t-il. 

Le combat d'une carrière

Vainqueur de sa première ceinture mondiale, par intérim, cet été, le boxeur français voit plus grand. Il veut désormais s'adjuger le titre suprême contre le Camerounais Francis Ngannou, champion depuis fin mars des poids lourds de l'UFC, qui a décidé de prendre quelques mois de repos. "On sait très bien que le champion, c'est Francis, et si je veux unifier les ceintures, il faut que je combatte contre Francis et que je gagne", explique ce père de famille, qui s’entraîne et vit à Paris. Ce choc s'annonce des plus indécis contre un adversaire à la force effrayante. Bâti dans le roc, le "prédateur" a pris l'habitude de ruiner ses adversaires, quand bien même ces derniers tentent de se protéger derrière leurs gants. Un simple coup est généralement destructeur. "Bien sûr que sa puissance est inquiétante. On sait que s'il touche, sur un seul coup, ça peut faire mouche", témoigne Ciryl Gane auprès de l'Équipe. Cette confrontation ressemble, en tout cas, au combat de l'année.  

Une (courte) histoire commune

La confrontation avec le natif de Batié, au Cameroun, est aussi un sacré clin d'œil du destin. C'est, en effet, entre les murs de la MMA factory - un ancien garage aux abords du Bois de Vincennes transformé en véritable temple des arts martiaux mixtes -  que Gane et Ngannou ont tout appris. Les deux hommes ont même été brièvement partenaires d'entraînement avant que le Camerounais ne vole de ses propres ailes en ralliant les États-Unis. 

Autre particularité, les deux champions ont été façonnés par le même entraîneur, Fernand Lopez. Après une séparation houleuse avec Ngannou en 2019, l'ancien combattant professionnel et co-fondateur de la MMA factory a pris Ciryl Gane sous son aile. Bien lui en a pris. "On est très fier. Dans le seul combat qui compte cette année, les deux adversaires sont nés sportivement au MMA Factory. C'est une belle reconnaissance. On a réussi à placer le drapeau français sur la mappemonde du MMA", se félicite le technicien de 43 ans qui dit s'être inspiré du "modèle américain" pour créer sa structure à succès. Pour façonner les combattants, il ne laisse rien au hasard, entre séances de développement cognitif, suivi nutritionnel, cours d'anglais ou media training. 

Cette nuit, il sera (enfin) prêt à prendre sa part de gloire, Francis NGannou ne l'ayant jamais remercié publiquement...


Maxence GEVIN

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