La NBA revient à Paris, jeudi 19 janvier, avec à l'affiche un match de saison régulière entre les Detroit Pistons et les Chicago Bulls.
Une confrontation mythique de la fin du siècle dernier qui réveille les vieilles émotions chez les amateurs du ballon orange.
À cette occasion, TF1info replonge dans l'une des plus grandes rivalités du championnat nord-américain de basket-ball.

Rien ne soulève autant les foules qu'une rivalité exacerbée. On aime quand ça se toise, quand ça se provoque, quand ça se clashe. L'adversité est l'essence même du sport de haut niveau. La NBA, à l'instar d'autres grandes ligues mondiales, a érigé sa grande histoire sur des antagonismes. Et ce, de tout temps. Qu'ils soient individuels (Wilt Chamberlain vs Bill Russell, Larry Bird vs Magic Johnson, Kobe Bryant vs Shaquille O'Neal, LeBron James vs Stephen Curry...) ou collectifs (Los Angeles Lakers vs Boston Celtics, New York Knicks vs Indiana Pacers, Golden State Warriors vs Cleveland Cavaliers...). 

Au chapitre de ces grandes rivalités, celle qui oppose les Detroit Pistons aux Chicago Bulls, a une place particulière dans l'imaginaire collectif. Même si elle s'est adoucie avec le temps, l'animosité entre les deux franchises du Midwest, distantes seulement de 450 kilomètres, perdure encore, trois décennies plus tard. "On ressent ça chez les fans. À chaque fois que Chicago vient jouer à la maison, il y a de l'attente et de l'excitation", raconte à TF1info Killian Hayes, le meneur des Pistons, qui foulera le parquet de l'Accor Arena, jeudi 19 janvier, à l'occasion du NBA Paris Game 2023.

Jordan vs Thomas, les irréconciliables

De la deuxième moitié des années 80 au début des années 90, Chicago et Detroit se sont voués une haine féroce, à la limite de l'acceptable. Une détestation racontée dans le docu-série de Netflix The Last Dance, qui retrace l'avènement de la dynastie de la franchise de l'Illinois et de son leader légendaire, Michael Jordan. À quatre reprises, de 1988 à 1991, les Bulls et les Pistons sont affrontés lors de séries homériques, qui ont marqué l'histoire de la NBA pour les décennies à venir.

Prêts à toutes les crasses pour stopper "MJ", les Bad Boys de Detroit - traduisez "les mauvais garçons", leur surnom en raison de leur brutalité - ont mis en place les "Jordan Rules" à partir de la demi-finale 1998 de la Conférence Est. L'objectif avoué : empêcher, par tous les moyens, même anti-sportifs (prise à deux ou trois, faute systématique,...), His Airness du cercle. Pendant deux années de suite, en 1989 et 1990, la franchise coachée par l'immense Chuck Daly, violente et détestable, fait tomber les Bulls en finale de Conférence. Mais, en 1991, sur le déclin, le collectif de têtes brûlées, obstacle majeur à l'ascension de "sa Majesté", finit par se faire sweeper (comprenez "balayer", encaisser un 4-0 dans une série).

À cette occasion, l'inimité mutuelle entre Jordan et les Pistons atteint son apogée. Les joueurs de Detroit quittent le parquet, sans prendre le temps de serrer la main aux Bulls. Si avec les années, certains d'entre eux ont exprimé des remords, ce n'est toujours pas le cas de Bill Laimbeer, qui s'est attribué la paternité de ce geste anti fair-play. "Pourquoi est-ce que je regretterais ça aujourd'hui ? (...) Ce sont des pleureuses. Ils ont chouiné et pleuré pendant un an et demi en disant qu'on était nuisibles", s'est justifié en 2020 auprès d'ESPN le pivot le plus haï de l'histoire de la NBA. "Mais le plus grave, c'est qu'ils ont dit que nous étions de mauvaises personnes. (...) C'est parce qu'ils ont fait ça que je n'ai pas voulu leur serrer la main."

Un walk off malvenu qu'Isiah Thomas, le meilleur meneur de la Ligue à l'époque, a "payé au prix fort". "Zeke" a ainsi été évincé de la Dream Team 1992, sous la pression de Michael Jordan, qui avait mis sa venue aux JO de Barcelone dans la balance. Et pour cause, cet épisode, - relaté dans The Last Dance -, n'a toujours pas été digéré par le mythique numéro 23. Il n'a pas pardonné l'inélégance du général en chef des Bad Boys à la fin du Game 4. "Vous ne pouvez me montrer tout ce que vous voulez, vous n'arriverez pas à me faire changer d'avis sur le fait qu'il était un trou du c***, rumine encore "sa Majesté" à propos de son ennemi juré. 

Entretenue à coup de punchlines, cette aversion partagée reste vivace aujourd'hui encore. "Tant que je ne reçois pas d'excuses publiques de sa part, cette embrouille va durer", a assuré fin 2022 à Cosmote TV Isiah Thomas. Des excuses que n'a pas l'air de vouloir formuler le "GOAT" (pour "Greatest Of All Time", c'est-à-dire "le plus grand de tous les temps"). Plus de trois décennies plus tard, la hache de guerre n'est toujours pas enterrée. Elle ne le sera peut-être jamais, tant la rancune de Michael Jordan envers le meneur et la franchise de Motor City est tenace. "Je les détestais", a-t-il récemment confié. "Et cette haine demeure jusqu'à aujourd'hui."


Yohan ROBLIN

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