Au cours d'une année 2022 qu'il a terminé invaincu pour la première fois de son histoire, le XV de France a réussi le Grand Chelem lors du Tournoi des Six Nations.
Ce trophée a mis fin à plus d'une décennie de disette.
À quelques mois de la Coupe du monde 2023, qu'ils accueillent, et malgré de nombreuses blessures, les Bleus veulent poursuivre sur leur lancée.

En route vers une première étoile ? Invaincu depuis 13 matchs, et une courte défaite en terres australiennes avec un effectif remanié (33-30 le 17 juillet 2021), le XV de France a rarement paru aussi fort. Ni les légendaires All Blacks, tombés de leur piédestal (40-25) à l'automne 2021, ni les champions du monde sud-africains, avalés (30-26) un an plus tard, ni même les rivaux anglais impuissants en clôture du Tournoi des Six Nations 2022 (25-13), ne sont parvenus à enrayer la dynamique des partenaires d'Antoine Dupont. Désormais deuxièmes au classement mondial, les Bleus ont profité de cet élan pour soulever, en mars dernier, leur premier trophée depuis 2010. De quoi confirmer leur regain de forme depuis la prise de fonction de Fabien Galthié. 

Plusieurs records en ligne de mire

Forts de ces certitudes, les Français ne comptent pas s'arrêter en si bon chemin. Et d'autant moins à quelques mois de la Coupe du monde (8 septembre-28 octobre 2023), organisée dans l'Hexagone. En plus d'avoir le record du monde du nombre de succès consécutifs dans le viseur (18 pour la Nouvelle-Zélande entre 2015 et 2016 et pour l'Angleterre entre 2016 et 2017), les tricolores ambitionnent un deuxième Grand Chelem de rang dans le tournoi des Six Nations, ce qui serait une première au XXIe siècle. Cette prouesse a été réalisée pour la dernière fois par... la France en 1997 et 1998 (à l'époque, l'Italie n'avait pas encore intégré la compétition). 

Un noyau performant et inchangé... mais des blessures

Pour cela, les joueurs à la tunique frappée du coq s'appuient sur une ossature globalement inchangée, à forte consonance toulousaine. Devant, les indéboulonnables Cyril Baille, Julien Marchand, Grégory Aldritt et Charles Ollivon sont bien du rendez-vous. Infatigable travailleur de l'ombre, François Cros, longtemps blessé, et Paul Willemse, touché au précédent rassemblement, font, eux, leur retour. Sur les lignes arrières, l'inévitable charnière Antoine Dupont-Romain Ntamack aura une nouvelle fois la charge du jeu tricolore. Sans compter que les polyvalents Gaël Fickou, Yoram Moefana, Matthis Lebel et autres Damian Penaud offrent une multitude d'options au staff. 

Absent lors de la tournée d'Automne, François Cros est de retour dans le groupe tricolore.
Absent lors de la tournée d'Automne, François Cros est de retour dans le groupe tricolore. - Geoff Caddick / AFP

Si plusieurs bonnes nouvelles sont à souligner, comme la présence de l'insaisissable Gabin Villière - avec ses appuis électriques -, le réservoir bleu est tout de même amoindri par plusieurs tuiles. Au poste de talonneur, les possibilités sont largement restreintes par les absences de Pierre Bourgarit, sur le flanc pour une longue durée, et Peato Mauvaka, habituel "impact player". Toujours devant, Cameron Woki, méconnaissable en club depuis le début de la saison mais qui a su se rendre indispensable en sélection, Florian Verhaeghe ou encore Yacouba Camara sont également forfaits. Les trois-quarts sont, eux, un peu plus épargnés. Toutefois, l'absence pour de longs mois de Jonathan Danty représente un sérieux coup dur. Même chose, à une moindre échelle, pour Maxime Lucu, doublure irréprochable - et dans un profil plus gestionnaire de Dupont - au poste de demi de mêlée. 

On va être attendus
Antoine Dupont

En plus, la performance et le statut de favori s'accompagnent d'obstacles, les autres formations rêvant de s'offrir le scalp des tenants du titre. "Je ne suis pas sûr qu'on sera forcément favoris cette année dans le Tournoi. On a trois déplacements et c'est toujours différent, toujours compliqué, d'aborder une compétition qu'on a déjà gagnée. On va être attendus", prédit le capitaine Antoine Dupont. "Il va falloir continuer à améliorer notre jeu car les équipes progressent, elles veulent toutes nous battre. Le niveau monte, comme tous les ans, c'est de plus en plus dur", estime-t-il. 

Même son de cloche du côté de son sélectionneur. "On gagne les matches, c'est vrai, mais au cours de chacun d'entre eux, on a eu des temps forts et des temps faibles. Et, là-dessus, on peut travailler de façon très précise pour continuer à faire grandir notre équipe", confie l'ancien entraîneur de Montpellier et Toulon. 

Les multiples scandales dans un coin de la tête ?

Par ailleurs, si la dynamique est excellente sur le terrain, la tendance est singulièrement différente en coulisses. A quelques mois du grand rendez-vous de l'ovalie, Claude Atcher, ancien directeur général du groupement d'intérêt public (GIP) France-2023, s'est retrouvé au cœur des polémiques après une enquête de L'Équipe. L'inspection du travail étant passée par là, il a été mis à pied puis débarqué de ses fonctions. Le parquet de Paris a, en plus, ouvert à son encontre une enquête pour harcèlement moral. Son successeur, Jacques Rivoal, l'assure, les multiples affaires "sont derrière nous". Pas certain que tous l'entendent de cette oreille. 

D'autant moins au vu de l'autre grand scandale qui a récemment agité le rugby français. Cerné par les affaires et désavoué par les clubs, Bernard Laporte, figure centrale du rugby hexagonal depuis plus de 20 ans, a été forcé, vendredi 27 janvier, de démissionner de la présidence de la fédération (FFR). "La famille du rugby français a besoin d'unité et de rassemblement. Nous devons tout faire pour réussir les prochaines échéances sportives. Il n'y a pas de plus grande priorité à mes yeux", a affirmé le principal intéressé, quelques semaines après sa condamnation à deux ans de prison avec sursis pour corruption. 

Sur le plan strictement sportif, il s'agit sans aucun doute d'une grande perte tant l'équipe de France de rugby s'est transfigurée au cours de son mandat. De manière plus générale, ce climat semble loin d'être idéal à l'orée d'un tournoi des Six Nations qui s'annonce charnière en amont de la Coupe du monde. Il faudra faire avec. "On se concentre vraiment sur le rythme et les entraînements. De toute façon, nous n'avons pas beaucoup de temps pour se pencher sur d'autres choses. On est très 'focus' sur le rugby", assure le deuxième ligne Thibaud Flament. L'occasion pour les Bleus de se resserrer, encore un peu plus, et de continuer de grandir en tant qu'équipe ?


Maxence GEVIN

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