Un ex-rugbyman du Top 14 assassiné à Paris

"Gentil", "le gars parfait", "solaire"... qui était Federico Martin Aramburu, tué par balles à Paris ?

Yohan ROBLIN
Publié le 21 mars 2022 à 16h09
JT Perso

Federico Martin Aramburu a été abattu en plein Paris, samedi 19 mars, après un différend dans un bar.
Il a été double champion de France avec le grand Biarritz Olympique en 2005 et 2006.
Depuis sa retraite en 2012, l'ex-international argentin vivait toujours au Pays basque, sa terre d'adoption.

"On perd un frère de jeu, quelqu'un qui aimait la vie." C'est par ces mots que Dimitri Yachvili, l'ancien emblématique demi de mêlée du XV de France, a partagé sa peine après la disparition soudaine de Federico Martin Aramburu, son ancien partenaire au Biarritz Olympique. "Il aimait jouer au rugby, il aimait la troisième mi-temps, il aimait les copains et sa famille", a raconté l'ancien Biarrot à Sud-Ouest, se souvenant d'une "belle personne", d'un "formidable coéquipier", "toujours positif, plein d'entrain, plein d'énergie". "C'était un mec comme on les aime, espiègle, toujours à te brancher en souriant", a-t-il soutenu.

"C'était le gars parfait, qui rassemblait autour de lui, et, qui plus est, père de trois enfants", a déploré auprès de France Bleu Pays basque Nicolas Brusque, qui a évolué avec lui au BO. "Tous ceux qui l'ont connu et côtoyé auront les mêmes mots, c'était la gentillesse même." C'est d'ailleurs le qualificatif qui revient le plus dans la bouche de ceux qui ont fréquenté l'ex-international argentin, tué par balles à Paris à la sortie d'un bar, dans la nuit du vendredi 18 au samedi 19 mars. "Il se pliait toujours en quatre pour les autres, avec tellement de bienveillance", a assuré à Sud-Ouest Jérôme Thion, un de ses anciens coéquipiers.

Partout où il est passé, il a fait l'unanimité

Philippe Bidabé, ancien trois-quarts aile ou centre à Biarritz

"Avec beaucoup de mecs qui ont joué à Biarritz, on a perdu un ami", a regretté Maxime Lucu, demi de mêlée de l'UBB, qui était resté proche de "Fédé" après son passage au Pays basque. "C'était quelqu'un de très gentil", a-t-il ajouté, le cœur partagé entre la tristesse liée à l'assassinat de l'ancien trois-quarts et la joie d'avoir remporté le Grand Chelem avec le XV de France face à l'Angleterre (25-15), le soir même, rencontre à laquelle son ami devait assister depuis les tribunes du Stade de France.

Tout au long du week-end, les hommages ont afflué pour saluer la mémoire de Federico Martin Aramburu. "Il était toujours jovial, toujours prêt à jouer, toujours avec le sourire. Il avait une très grande générosité sur et en dehors du terrain. Avec lui, même quand ça n'allait pas, ça allait bien : il était solaire dans le vestiaire", a décrit au quotidien régional l'ancien international tricolore, Julien Peyrelongue. "C'était une leçon de vie." "Partout où il est passé, que ce soit à Biarritz, Dax ou Perpignan, il a toujours fait l'unanimité", a affirmé Philippe Bidabé, qui a joué avec l'Argentin dans la ligne de trois-quarts du BO.

Sur le terrain, il donnait tout

Dimitri Yachvili, ancien demi de mêlée de Biarritz et du XV de France

Retiré des terrains depuis 2012, "Fédé" a fait la majeure partie de sa carrière en France. C'est au Biarritz Olympique, son club où il gardait des attaches et sa ville où il habitait toujours, qu'il a connu son heure de gloire. Débarqué en 2004 de son pays natal, après avoir fait ses débuts à San Isidro, dans la mégalopole de Buenos Aires, le rugbyman d'1,83m pour 87 kilos s'est vite imposé au BO, qui jouait les premiers rôles en Top 14. "Sur le terrain, il n'avait pas des moyens physiques énormes, mais tu pouvais toujours compter sur lui, car il donnait tout", a expliqué Dimitri Yachvili. Quelqu'un de "très généreux sur le terrain, qui ne lâchait jamais rien", a garanti Julien Peyrelongue. "J'aimais bien utiliser le terme 'avec qui on pouvait aller à la guerre'."

Du Pays basque, il est reparti les bras chargés de deux boucliers de Brennus en 2005 et 2006, aux côtés des Betsen, Lièvremont, Traille et autre Harinordoquy. "Le joueur était typiquement argentin. C'était un joueur de tempérament, un attaquant avec des crochets, des appuis", s'est souvenu Patrice Lagisquet, à la tête du grand BO du début des années 2000. "Il préférait jouer au centre qu'à l'aile, mais je l'aimais bien en tant qu'ailier, car il était très fort sur les duels. Après ses deux titres, il a rejoint Perpignan (2006-2008), puis Dax (2008-2010). Deux clubs qu'il a marqués par son humanité. "Je garde en mémoire un joueur d'une gentillesse rare et d'un dévouement exemplaire pour son sport", a indiqué Gilbert Ponteins, ex-président de l'USD. 

Il a découvert une famille ici

David Couzinet, ancien deuxième ligne à Biarritz

En bout de course, il s'est exilé aux Glasgow Warriors (2010-2011), avant de s'offrir une dernière pige à San Isidro, le club argentin qui lui a servi de tremplin pour l'Europe. Mais c'est bien à Biarritz, sa deuxième maison, que cet inconditionnel du Pays basque a choisi de revenir après avoir raccroché les crampons. "Je pense qu'il a découvert une famille ici", a confié au Parisien David Couzinet, aujourd'hui à la tête de la section amateur. C'est sur cette terre, que l'un de ses lointains ancêtres a quitté en 1850 pour rejoindre l'Argentine, comme il le confiait à Sud-Ouest en 2013, qu'il s'est établi définitivement. Gravitant toujours dans le premier cercle du BO, il a siégé au conseil d'administration du club basque en qualité de président des socios de 2015 à 2018, avant de se consacrer à temps complet à son entreprise de tourisme "Esprit basque", créée en 2014.

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S'il aimait la France, pour beaucoup, Federico Martin Aramburu restera à jamais comme l'un des bourreaux du XV de France à la Coupe du monde 2007. "Plein gaz", selon Dimitri Yachvili, l'ex-international, qui a porté à 22 reprises le maillot des "Pumas", a joué un rôle prépondérant en inscrivant un essai lors de la petite finale remportée face aux Bleus (34-17). Un exploit retentissant que n'a pas oublié l'ancien pilier argentin, Omar Hasan, qui espère que "justice soit faite" pour son frère d'arme.


Yohan ROBLIN

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