"Le déclic a eu lieu dans la tête" : comment Cyprien Sarrazin est devenu le roi de Kitzbühel

Publié le 20 janvier 2024 à 19h27

Source : JT 13h WE

Au lendemain de sa victoire sur la descente de Kitzbühel, Cyprien Sarrazin a remis ça, samedi 20 janvier, sur la mythique piste autrichienne, signant un doublé historique.
Un week-end exceptionnel qui vient confirmer la nouvelle dimension prise par l'ancien géantiste du Dévoluy, devenu la nouvelle sensation du ski tricolore.
Un cheminement rendu possible sans un gros travail mental.

"Je suis enfin moi-même." Trois semaines après son sacre en descente à Bormio, vécu comme une libération par le clan tricolore qui n'avait plus gagné dans la discipline depuis 2015, et une semaine après ses trois podiums en trois jours à Wengen, Cyprien Sarrazin a écrit une nouvelle page de l'Histoire du sport français, ce 20 janvier. Sous le soleil de Kitzbühel, l'ancien géantiste reconverti à la vitesse depuis 2022 a skié dans les traces de Luc Alphand, vainqueur deux fois en 1995 dans le temple de la descente. Au lendemain de sa victoire sur le fil sur la mythique Streif, le skieur du Dévoluy a surclassé la concurrence sur la seconde descente, reléguant l'ogre suisse, Marco Odermatt, à près d'une seconde. 

"Aujourd'hui, il y avait vraiment LE run. Au-delà de la victoire, il y avait le run, je l'ai sorti du fond du cœur. C'était incroyable, je me suis fait plaisir de haut en bas, j'ai senti qu'il y avait de la vitesse, je passe la ligne, je tourne la tête et je vois qu'il y a du vert", a-t-il commenté au micro d'Eurosport. "Dans le run, comme à Bormio, je sentais que j'avais fait une dinguerie." Parfait du début à la fin de la descente, "Cyp" a été le seul à avoir dévalé le terrible "toboggan" verglacé de 3km de long dans sa totalité en moins d'une minute et 53 secondes. "C'est juste un truc de fou ! Je me suis régalé, en tout cas je vous ai montré ce que j'aimais faire et comment j'aime le faire", a-t-il poursuivi, plus tard devant la presse, fier d'avoir réussi le "run de (sa) vie". "Tout s'est passé parfaitement, facilement."

 Un run "presque parfait" qui atteste du niveau atteint par l'une des grandes révélations de l'hiver. "C'est un des plus beaux runs que j'ai jamais vus ici, en termes de maîtrise, de calme sur les skis", a réagi après coup à l'arrivée Fabien Saguez, le président de la Fédération française (FFS). Un résultat d'autant plus incroyable que "Sarrazinzin" n'était jamais monté sur un podium de descente avant cette saison. Trois marches qu'il ne quitte plus depuis un mois. Un hiver fou qui était loin d'être gagné. 

J'ai juste bossé dans ma tête
Cyprien Sarrazin, skieur français

Après des années à se concentrer sur le géant, et longtemps freiné pas les blessures, "Crazy Cyp" - surnom dont il a hérité pour ses prises de risques extrêmes qui lui ont valu quelques sorties de piste spectaculaires - a fait un énorme travail d'introspection. Une passion frénétique qu'il a cherché à canaliser, après avoir été obligé de faire une croix sur les Mondiaux de Courchevel-Méribel à la suite d'une blessure au dos. Au printemps dernier, Cyprien Sarrazin a commencé à voir un psychologue "pour un travail sur moi-même, en tant qu'homme, pas du tout sur les skis" et a sollicité l'aide d'une "coach énergétique". "Quand j'ai commencé à être bien dans ma vie, sur les skis, il n'y a même plus eu besoin de travailler", expliquait le skieur haut-alpin, trois jours avant de réaliser un doublé tonitruant sur la plus célèbre piste au monde. "J'ai juste bossé dans ma tête". 

Ce "déclic" mental a permis au natif de Gap de prendre conscience de ses lacunes et d'enfin de "s'autoriser à gagner". Avant son premier succès à Bormio, fin décembre, après deux 4ᵉˢ places frustrantes à Val Gardena, sa préparatrice mentale lui a dit qu'il "avait le droit d'être à (sa) place et d'aller gagner". "Je ne m'étais jamais autorisé à gagner, j'ai toujours eu le syndrome de l'imposteur", résumait-il. "Et là, elle me dit ça et trois jours après, bim, le déclic a eu lieu dans la tête." 

Il terminait un run sur deux dans les bâches
Fabien Saguez, président de la Fédération française de ski

Ce qui l'a conduit, ce week-end, à tout donner pour s'imposer à "Kitz", la descente que tout skieur rêve de gagner un jour. "C'est un des plus grands moments de l'histoire du ski français. Il y a les JO, les Mondiaux mais quand on sait ce que représente la descente à Kitzbühel, c'est exceptionnel", a salué Fabien Saguez. Encore plus, selon lui, lorsqu'on regarde d'où vient "Cyp". "C'en est presque déconcertant d'imaginer Cyprien il y a deux ans, quand il terminait un run sur deux dans les bâches, qu'il faisait des fautes", rappelait la veille le patron de la FFS. "L'an passé, il débarquait en vitesse et il était fou-fou, il faisait des fautes", abondait son partenaire et ami, Maxence Muzaton. "Mais cette saison, il a tout mis dans l'ordre."

Au point de laisser bouche bée Marco Odermatt, sidéré par l'écart avec son cadet au bas de la Streif. "J'ai pris tous les risques pour gagner ici, c'était mon gros objectif et je pensais que ça suffirait pour m'imposer", a réagi le double vainqueur du gros globe, qui n'a plus que six points d'avance au classement de la Coupe du monde de descente. "Mais actuellement il est vraiment sur une autre planète." Ce n'est pas pour rien que Luc Alphand juge que Cyprien Sarrazin, désormais débarrassé de la peur de gagner, est "le seul qui peut faire douter" le génie suisse. Cela tombe bien : "Crazy Cyp" ne se fixe "pas de limite".


Yohan ROBLIN

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