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Sportifs vaccinés : observe-t-on une perte de "40% de leurs capacités physiques" ?

Felicia Sideris
Publié le 24 janvier 2022 à 19h00
Sportifs vaccinés : observe-t-on une perte de "40% de leurs capacités physiques" ?

Source : WANG Zhao / AFP

Une internaute assure que la performance sportive baisse chez les athlètes vaccinés.
Les sources citées sont peu crédibles et ne respectent aucune méthode scientifique.
La seule étude sur le sujet conclut sur une absence de risque chez les sportifs vaccinés.

La saga Djokovic aura mis le sujet aux devants de la scène. Depuis plusieurs semaines, les sportifs de haut niveau sont au cœur de toutes les spéculations de la sphère opposée à la vaccination. Prétendument victimes d'arrêts cardiaques ou souffrant de difficultés respiratoires, les sportifs subiraient plus vivement les effets indésirables des vaccins. Si ces rumeurs ont déjà été réfutées, une nouvelle a fait son apparition. Ce 24 janvier, une internaute assure que "les athlètes vaccinés ont de moins bonnes performances après vaccination". Qu'en est-il réellement ? 

Deux autrices anti-vaccin

Deux sources vont dans le sens de cette affirmation. La première est un très récent article, publié ce 20 janvier. Intitulé "les étudiants en sport vaccinés obtiennent de moins bons résultats que le groupe témoin", il a été mis en ligne sur le "Primary Doctor Medical Journal". Derrière son titre crédible, ce site regorge en fait d'articles pseudoscientifiques, qui réfutent l'existence de l'épidémie de Covid-19 ou assurent que les masques sont dangereux. Fondé en octobre 2020, sa gestion est totalement obscure. Et, alors que les articles sont supposés être relus par des pairs, le site ne précise pas les chercheurs qui évaluent la crédibilité des articles publiés. 

De quoi semer le doute. D'autant que l'autrice, Colleen Huber, n'a rien d'une spécialiste. Naturopathe à la tête d'une clinique qui traite le cancer au bicarbonate de soude et à la vitamine C au lieu de la chimiothérapie, elle s'est déjà faite remarquer pour avoir diffusé de fausses informations à propos de l'épidémie. En avril dernier, elle a même lancé une fausse rumeur selon laquelle l'agence du médicament américaine aurait prouvé le lien entre le vaccin de Pfizer et l'infection au Covid-19

Au-delà de la forme, le fond de cette "étude" pose également problème. À commencer par la qualité de la cohorte. Composée uniquement d'une vingtaine d'étudiants, on ne sait rien d'eux. Ni l'âge, ni le sexe, ni le vaccin reçu. D'ailleurs, le profil vaccinal est, lui aussi, inconnu des auteurs. Ils disent s'appuyer sur les seules "confidences informelles" de ces jeunes athlètes auprès de leur coach. Par ailleurs, toutes les données sont anonymisées, le lecteur n'a même pas connaissance de l'établissement scolaire étudié. 

Hologrammes, coach virtuel : les séances de sport du futurSource : JT 20h WE

Autre problème, l'étude ne fait que reporter le témoignage de deux entraîneurs interrogés sur les performances de leurs étudiants. "Aucune étude comparative des deux groupes n'était prévue avant ou au moment de la collecte des données. Les deux entraîneurs, qui nous ont parlé sous couvert d'anonymat, ont réalisé rétrospectivement le suivi des étudiants-athlètes vaccinés contre le Covid-19, et nous rapportons leurs conclusions dans cette étude", écrit l'autrice. Aucune observation n'a été réalisée directement par les auteurs. Ces travaux contreviennent aux règles fondamentales de la méthode scientifique, et ne peuvent être utilisés pour conclure du danger des vaccins chez les sportifs. 

Des effets d'une "courte durée" sans impact

La deuxième source avancée par les internautes est une interview d'une certaine Martine Gardénal. Présentée comme "ancienne médecin de l'équipe de France olympique", ce prestigieux passé remonté à 1984, lors des épreuves de Los Angeles. Devenue homéopathe et anthroposophe, elle a, depuis, été condamnée par l'Ordre des médecins pour recours à des pratiques "non conformes aux données acquises de la science". Qu'à cela ne tienne, la médecin homéopathe était invitée sur la web radio d'extrême droite Radio Courtoisie ce 18 janvier, où elle a cité une "étude belge" publiée au "mois de juin".

Selon elle, les résultats de ces travaux montreraient "une perte de puissance et une fatigabilité qui modifiait les résultats de 40%". Aucune de nos recherches n'a permis de remettre la main sur cette "étude". Par contre, des articles de la presse belge se sont bel et bien fait l'écho, en mai dernier, des inquiétudes de Jacques Borlée, l'entraineur d'athlétisme du pays. Sur le plateau de "Les News 24", le coach regrettait ainsi avoir constaté une baisse de régime chez les sportifs dans les jours suivant l'injection. Il témoignait même d'une "perte de puissance entre 10 et 20 %", pendant dix jours. 

De simples observations qui n'ont rien d'un travail scientifique. À l'époque, Marc Francaux, professeur de physiologie de l'exercice à l'UCL, répondait aux craintes de l'entraineur en faisant l'hypothèse qu'une baisse de régime "de l'ordre des 5%" pouvaient être visible durant "quatre jours". Le spécialiste rappelait cependant le manque d'étude scientifique qui prouverait cela "de manière irréfutable". 

Depuis, des travaux ont été menés sur des sportifs de très haut niveau. Après la deuxième dose du vaccin Pfizer, un questionnaire a été autoadministré pendant dix jours à 127 athlètes britanniques se préparant aux JO de Tokyo. Les résultats sont sans appel. Lorsque des effets secondaires étaient rapportés, "ils étaient de courte durée et n'affectaient pas la participation au sport".

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