Roger Federer : les adieux de la légende du tennis

Roger Federer : premier triomphe, "tweener" magique, JO de 2012... cinq moments qui ont marqué sa carrière

Maxence GEVIN
Publié le 24 septembre 2022 à 9h00
JT Perso

Source : Sujet TF1 Info

Véritable légende du tennis, Roger Federer a fait ses adieux au tennis professionnel lors de la Laver Cup dans la nuit de vendredi à samedi.
Le "maître" aux 20 titres du Grand-Chelem laisse derrière lui un héritage immense.
Retour sur quelques-uns des plus grands moments de sa carrière.

"C’est sympa d’être important, mais c’est plus important d’être sympa", aimait déclarer Roger Federer. Une phrase qui résume parfaitement le joueur qu'il a été tout au long de ses 24 ans de carrière : élégant, créatif, aérien et proche du public. Son jeu porté vers l'avant, sa maestria sur le court, son palmarès long comme le bras (1251 victoires, 103 titres ATP, dont 20 du Grand Chelem, ça classe un bonhomme) mais aussi, parfois, son statut de "loser magnifique" ont donné au droitier suisse une place particulière dans le cœur des fans. Ce sont également, et peut-être surtout, des moments mémorables qui ont forgé sa légende. TF1 Info en a sélectionné cinq. 

Wimbledon 2003 : la grande première en Grand Chelem

Déjà solidement ancré dans le top 10 mondial en 2003, Roger Federer peine pourtant à confirmer en Grand Chelem. Tout récent vainqueur, l'Helvète fait partie des favoris à la victoire finale sur le gazon londonien. Un statut qu'il va faire respecter avec brio. Intraitable tout au long de la quinzaine, dans le sillage de son coup droit destructeur, il ne concède... qu'un petit set. Seul Mardy Fich parvient, un tant soit peu, à lui tenir tête. Mais l'Américain, parti très confiant, comme il l'a récemment avoué, finit par déposer les armes, débordé par la puissance et la justesse de son adversaire. 

Le reste du tournoi ressemble à une balade de santé. Feliciano Lopez, Sjeng Schalken, Andy Roddick ne font absolument pas trembler le Bâlois. En finale, la surprise Mark Philippoussis ne fait pas non plus le poids. L'insatiable Roger Federer peut exulter, et son sourire au moment de soulever la coupe en dit long : pas encore 22 ans mais déjà un titre dans un Majeur. Le premier d'une longue liste. Par la suite, l'histoire d'amour entre le Suisse, octuple vainqueur, et son jardin de Wimbledon ne se démentira pas. Bien au contraire. 

Roland-Garros 2009 : les larmes du premier (et seul) titre

Roger Federer terrassé par l'émotion après sa première victoire à Roland-Garros. - BERTRAND GUAY / AFP

Deux, comme le nombre de victoires sur terre battue de Federer sur son rival Rafael Nadal. Parmi les meilleurs joueurs du XXIe siècle, peut-être même le deuxième, sur la surface, "Rodgeur" y a pourtant subi - comme tant d'autres - la tyrannie du "Taureau de Manacor". C'est sur l'ocre qu'il a subi certaines de ses plus grandes déculottées. Cette domination du Majorquin est encore plus flagrante porte d'Auteuil (6 succès, aucune défaite), avec en point d'orgue sa cinglante victoire lors de la finale 2008 (6-1, 6-3, 6-0). 

Alors quand l'Espagnol tombe, pour la première fois de sa carrière et à la surprise générale, dans son antre parisienne en 2009, le "maître" ne manque pas l'opportunité. Après s'être sorti de justesse des griffes de Tommy Haas en huitièmes puis de Juan-Martin Del Potro en demi-finale, il ne laisse aucune chance à Robin Soderling, tombeur de Nadal (6-1, 7-6, 6-4). Après une année 2008 particulièrement difficile (battu par Djokovic en demi-finale de l'Open d'Australie, giflé par Nadal à Roland-Garros puis battu dans son jardin de Wimbledon par ce dernier), il s'offre une véritable bouffée d'air... et un titre qui donne une tout autre dimension historique à son palmarès. 

Sa réaction, après son ultime gagnant, traduit son immense soulagement. Les yeux embués de larmes, il s'agenouille sur le court Philippe-Chatrier, l'arène de ses plus grands cauchemars. "Je savais que Nadal ne pourrait pas tout le temps être en finale et que je ne laisserais pas échapper l’occasion. Mais en même temps, la pression était extrême, les gens avaient tellement envie que je gagne", déclare-t-il après la rencontre. Une chape de plomb vient de s'envoler de ses épaules. 

US Open 2009 : le "tweener" magique

Sur la lancée de son succès à Roland-Garros, Federer s'impose à Wimbledon. Il sort notamment victorieux d'un duel épique en finale contre Andy Roddick, après un cinquième set irrespirable remporté 16-14. Logiquement, il fait figure de favori à la victoire lors de l'US Open. Malgré sa défaite en finale contre Del Potro, le recordman de semaines consécutives en tête du classement ATP (237, entre 2004 et 2008) affiche à Flushing Meadows un niveau de jeu exceptionnel. 

Les spectateurs sont même témoins d'une inspiration de génie lors de sa demi-finale contre Novak Djokovic. Mené 7-6, 7-5, 6-5, le Serbe est en difficulté sur sa mise en jeu (0-30) et au bord du précipice. Alors qu'il pense recoller au score d'un lob parfaitement distillé, "Nole" se fait transpercer par le passing "tweener" millimétré et surpuissant de son adversaire. Un coup gagnant resté à la postérité et qui permettra à Federer de s'imposer quelques minutes plus tard contre le Serbe. "J’étais dans une position difficile et je n’avais rien à perdre. Je m’entraîne beaucoup aux tweeners, mais ça ne marche jamais", plaisantera-t-il, ensuite, en conférence de presse. 

JO 2012 : un combat de titans pour une médaille

Auréolé de son septième titre à Wimbledon, décroché quelques semaines auparavant, Federer se hisse jusqu'en demi-finale des Jeux Olympiques 2012. Il retrouve, sur le Central du All England Tennis Club, une vieille connaissance en la personne de  Juan Martin del Potro. Parti avec la faveur des pronostics, l'élégant droitier est pourtant bousculé par la puissance de l'Argentin. À la surprise générale, il cède même la première manche 6-3. Face à la "Tour de Tandil" qui joue crânement sa chance, l'Helvète remporte au forceps (et au jeu décisif) la manche suivante (7-6). Mais la bataille ne fait que commencer. 

Dans une troisième manche décisive de toute beauté, les deux joueurs se rendent coup pour coup. Ou plutôt coup droit pour coup droit.  En l’absence de tie-break, les protagonistes tiennent leur service pendant plus de deux heures, et Federer sert pour rester en vie à 12 reprises. Il finit par parvenir à breaker et, finalement, à remporter ce qui reste aujourd'hui le plus long match au meilleur des trois manches de l’ère Open. De quoi assurer une médaille olympique. Un petit miracle à en croire le principal intéressé, "très tendu à certains moments", et qui s'est "vu perdre à plusieurs reprises pendant le match"

Pour l'anecdote, l'homme aux 20 titres du Grand Chelem ne se remettra pas de ce marathon, s'inclinant sèchement en finale contre le local de l'étape, Andy Murray (6-2, 6-1, 6-4). 

Open d'Australie 2017 : le retour au plus haut niveau

Roger Federer triomphant en Australie après plusieurs années de doute. - WILLIAM WEST / AFP

Lorsque Roger Federer arrive en Australie en 2017, il reste sur une disette de cinq années en Grand Chelem, malgré trois finales et cinq demies. Pire, six mois plus tôt, il a dû mettre fin prématurément à sa saison à cause d'un genou abîmé par le temps. Forcément, peu de monde pouvait anticiper la suite. 

Montant en puissance tout au long de la quinzaine, l'homme au bandeau voit son tournoi changer de dimension en accédant à la finale après avoir "survécu" à deux matchs marathons (victoires en cinq sets contre Nishikori en huitièmes et Wawrinka en demies). Pour y parvenir, il s'offre le scalp de trois joueurs du top 10, une performance rare. Clin d'œil du destin, il retrouve en finale son ennemi de toujours, Rafael Nadal, lui aussi de retour de l'infirmerie. 

Les deux rivaux vont alors se livrer l'un de leur plus grand duel, tant par le contexte improbable que sur le plan tennistique. Pas toujours homogène, la rencontre bascule dans la légende avec un dernier set d'une qualité rare. Dramaturgie, esthétique, points démentiels... tous les ingrédients y sont réunis. Cerise sur le gâteau, "Rodgeur" surmonte un break de retard pour renverser "Rafa" et s'offrir, enfin, un 18e titre du Grand Chelem. 

"Je ne pense pas que l’un d’entre nous aurait pu penser que nous nous retrouverions en finale de l’Open d’Australie quand nous discutions ensemble de nos blessures il y a cinq mois de cela à Majorque. Et pourtant, nous sommes là ! Le tennis est un sport difficile. Il ne peut pas y avoir de match nul, mais si c’était possible, j’aurais accepté avec joie le match nul avec Rafa ce soir", saluera le Suisse, sans réussir à cacher ses émotions. 

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Ce retour est d'autant plus beau qu'il n'est pas si éphémère. Deux autres Majeurs s'ajouteront, par la suite, au palmarès du natif de Bâle. Une belle histoire dont ses fans rêvaient qu'elle se reproduise avant son départ à la retraite... 


Maxence GEVIN

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