Des masques, "bulle de course", pas de selfies et d'autographes...
L'édition 2023 du Tour de France, qui s'élance samedi 1ᵉʳ juillet depuis Bilbao, en Espagne, voit ressurgir le spectre du Covid.
Au sein du peloton, comme chez les organisateurs, la menace latente que représente le virus n'est pas prise à la légère.

Non, vous n'avez pas fait un retour dans le passé. À rebours de tous les grands événements sportifs, où il n'est déjà plus qu'un lointain souvenir, le Covid demeure un sujet d'actualité sur le Tour de France. Oui, oui, en 2023. Si, à proprement parler, elle ne sera pas sujette à une bulle sanitaire, comme en 2020 et 2021, la 110e édition de la Grande Boucle, dont le départ sera donné samedi 1er juillet, depuis Bilbao, en Espagne, est soumise pour la quatrième année d'affilée à un protocole strict. Alors qu'ils étaient remisés au placard depuis des mois, les masques recouvrent de nouveau les visages au Pays basque. 

Et pas que ceux des 176 coureurs engagés sur le tracé long de 3405,6 kilomètres, qui traversera tous les grands massifs de l'Hexagone, sans exception. Comme lors des trois éditions précédentes, toutes les personnes (journalistes, suiveurs et invités) qui seront à leur contact sont priées de se masquer. La pratique de la distanciation sociale, que l'on pensait disparue avec le répit "offert" par le virus, est aussi fortement recommandée. Le peloton a ainsi pour consigne d'observer un entre-soi, d'éviter les bains de foule et de limiter au maximum les selfies et autographes. L'accès au paddock, l'endroit où les bus des équipes stationnent en amont et en aval des étapes, est lui fermé au public, afin de restreindre d'éventuelles interactions à risques.

Le scénario craint du dernier Giro

Rien dans les règlements de l'Union cycliste internationale (UCI) n'oblige pourtant les organisateurs de la Grande Boucle à se conformer à un tel protocole. Mais face à la menace de voir leurs coureurs tomber comme des mouches, les équipes se plient, sans rechigner, aux mesures prônées par l'instance dirigeante. "On voit bien qu'elles resserrent d'elles-mêmes les vis à l'approche du Tour", souligne auprès de l'AFP le patron de l'épreuve reine du cyclisme, Christian Prudhomme. "Les Jumbo-Visma (l'équipe du vainqueur sortant Jonas Vingegaard, ndlr) portent tout le temps le masque. Ils font très attention", ajoute-t-il, regrettant ainsi de ne pas pouvoir "serrer la main" des coureurs pour la quatrième édition de suite. 

"On est les derniers à le faire. Mais une fois qu'il y a le Covid dans le peloton, et on l'a vu sur le Giro, il est très difficile à arrêter parce qu'on passe toute la journée à respirer l'air de l'autre", insiste le vétéran de la Groupama-FDJ, Thibaut Pinot, avant son dernier Tour de piste. Un scénario redouté par l'organisation. En mai dernier, sur le Tour d'Italie, le peloton avait été amputé de plus d'une dizaine de coureurs. "Malade comme un chien", le champion du monde belge, Remco Evenepoel (Soudal Quick-Step, maillot rose de leader et grand favori du Giro, avait dû abandonner à mi-parcours, décapitant la tête de la course. 

Le prix à payer pour ne pas être renvoyé chez soi
Julian Alaphilippe, coureur Soudal Quick-Step

D'où le principe de précaution, même si "tout cela semble un peu vain et ridicule", confie au Parisien un organisateur. Mais "c'est mieux que ne rien faire du tout." "En même temps, si (Tadej) Pogacar ou (Jonas) Vingegaard devait partir à cause du Covid, tout le monde demanderait des comptes", assure le patron d'une équipe française. Une prudence qui ne contrarie pas le leader de la Groupama-FDJ, David Gaudu, 4ᵉ du Tour 2022 et l'une des meilleures chances tricolores pour le podium. "Je préfère mettre des masques et que tout le monde soit plus serein plutôt que d'avoir une épidémie et que beaucoup de coureurs soient 'out' à cause du Covid." L'été dernier, 17 d'entre eux, frappés par le virus, avait été contraints à l'abandon. "C'est le prix à payer pour ne pas être renvoyé chez soi", appuie Julian Alaphilippe (Soudal Quick-Step), qui nourrit de grandes ambitions sur ce Tour.

Outre le risque d'abandon, le principe partagé en cas de test positif, les conséquences d'un long Covid sont toutes aussi craintes dans le microcosme de la Grande Boucle. "On a des coureurs dont les fonctions pulmonaires ont été touchées", explique à l'AFP le docteur Serge Niamke, responsable médical d'AG2R-Citroën, évoquant des complications "pas nombreuses mais embêtantes". Des coureurs comme Chris Froome, quadruple vainqueur du Tour de France (2013, 2015, 2016, 2017) ou Peter Sagan, détenteur du plus grand nombre de maillots vert (2012, 2013, 2014, 2015, 2016, 2018 et 2019), ont mis des semaines à s'en remettre. D'autres, relève Philippe Mauduit, directeur sportif de la Groupama-FDJ, "n'ont jamais retrouvé leur niveau."


Yohan ROBLIN

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