La Coupe du monde 2022 sur TF1

Privés d’équipe à supporter, les Italiens regarderont-ils la Coupe du monde ?

par Delphine DE FREITAS
Publié le 19 novembre 2022 à 16h00
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

Déjà absente lors du Mondial en Russie il y a quatre ans, la Squadra Azzura suivra l’édition 2022 depuis le confort de son canapé dès ce dimanche 20 novembre.
Un drame national sur le plan sportif dans un pays où le football est presque une religion.
TF1info a interrogé des Italiens installés en France pour leur demander s’ils jetteraient tout de même un œil aux matches et si oui, qui ils soutiendraient.

Ils manqueront la Coupe du monde pour la deuxième fois depuis 1958. La première, c’était il y a quatre ans. Pas qualifiés pour le Mondial russe, les footballeurs italiens ne prendront pas non plus part à la compétition qui s’ouvre à Doha ce dimanche 20 novembre. C’est peut-être un détail pour vous. Mais pour une nation qui mange, boit et respire ballon rond, ça veut dire beaucoup. L’espoir de décrocher une 5e étoile au Qatar s’est envolé un soir de mars 2022 après une défaite choc en barrages à la 92e minute face à la Macédoine du Nord, 65e au classement FIFA quand l’Italie, elle, pointe à la 6e place.

"Perdue dans le désert", "catastrophe", "tragédie bleue", "malédiction"…. Les journaux européens ne sont pas tendres avec la Squadra Azzura au lendemain de leur élimination. Mais ceux qui se montrent les plus rudes envers la sélection, ce sont sans aucun doute ses propres supporteurs. "J'étais dégoûté, mais grave parce que c'est la deuxième fois de suite, alors qu'on a été sacrés Champions d'Europe il y a presque un an et demi. C'est vraiment n'importe quoi", s’emporte Andrea. Ce natif de Rome de 47 ans a le football dans le sang, lui qui soutient l’AS Roma depuis toujours. Son ami d’enfance du même âge, Alessio, installé comme lui à Paris, "était triste" mais a vite "choisi d’en rire". "C'est la tragicomédie de la vie", glisse-t-il. Quant à son beau-frère Alessandro, il y voit "malgré sa déception, une opportunité pour redimensionner l'ego des footballeurs".

L'attaquant italien Joao Pedro après la défaite de la Squadra Azzura en barrages du Mondial 2022 face à la Macédoine du Nord, le 24 mars 2022.
L'attaquant italien Joao Pedro après la défaite de la Squadra Azzura en barrages du Mondial 2022 face à la Macédoine du Nord, le 24 mars 2022. - Alberto PIZZOLI / AFP

Carlo, lui, n’a même pas "regardé le match contre la Macédoine du Nord jusqu’au bout". Et pourtant, ce Lyonnais d’adoption de 33 ans a grandi dans la plus fervente des villes italiennes. "Le football, c’est un peu une religion d’où je viens", sourit celui qui a grandi à Naples. Ce Mondial 2022, il le suivra de loin. "J’avoue que je ne suis pas du tout dans l’ambiance Coupe du monde. Je ne sais pas si c’est la période, le fait que ce soit en hiver contrairement à d’habitude. Je ne m’y suis pas du tout intéressé, je ne savais même pas quand ça commençait", reconnaît-il. Il regardera tout de même "quelques matches, peut-être de la France parce qu’il y vit. En tout cas pas autant que s’il y avait l’Italie".

Quand est un vrai passionné de foot, on regarde le Mondial, même si on n'est pas qualifié

Andrea, 47 ans

Alessio est dans la même équipe du "peut-être". Mais son suivi de la compétition sera "sans grande passion, juste pour le plaisir". Alessandro suivra lui "les matchs qui passent sur TF1 s’il a le temps". "Mais si je les rate, ce n’est pas grave", assène-t-il. Il n’y a bien qu’Andrea qui vibrera pendant un mois. "Quand est un vrai passionné de foot, on regarde le Mondial, même si on n'est pas qualifié. Le sport, c'est comme ça", insiste-t-il. Alors qu’approche le coup d’envoi de la Coupe du monde, les médias italiens ne sont pas tout à fait à l’heure qatari. Carlo, qui consulte régulièrement les journaux sportifs pour jouer à Fantacalcio, une sorte de Fantasy football "que tout le monde connaît en Italie", "n’a pas l’impression qu’on en parle beaucoup". "Ils ont tardé à sortir des articles sur la Coupe du monde. Le Championnat vient de se mettre en pause, je pense qu’ils étaient plus concentrés là-dessus", avance-t-il.

La Gazzetta dello Sport, cousin italien de L’Équipe au papier rose, continue à parler de ses poulains. Au lendemain d’une victoire en amical des hommes de Roberto Mancini, le journal s’attardait sur "les 10 clubs qui ont le plus de champions du monde". Leader de ce classement ? La Juventus de Turin. Tiens, tiens... Le site a aussi demandé à ses lecteurs de voter pour désigner l’équipe qu’ils encourageraient lors de ce Mondial privé d’Italie. Ils sont 35% à avoir choisi l’Argentine de Lionel Messi, 6% le Brésil de Neymar et 5% la Belgique de Lukaku à égalité avec le Portugal de Cristiano Ronaldo. Tenante du titre, la France est celle que les Italiens ne veulent absolument pas voir soulever la Coupe. 48% des votants tout de même…

"Voilà le Mondial sans l'Italie que personne ne veut voir" titre la Repubblica sur son site le 17 novembre 2022.
"Voilà le Mondial sans l'Italie que personne ne veut voir" titre la Repubblica sur son site le 17 novembre 2022. - LaRepubblica.it

Si Alessio ne supportera "aucune équipe en particulier", Alessandro et Andrea vont contre l'avis des votants de la Gazetta. Le premier sera derrière la France, "son pays d’adoption", et l’Espagne où il a de la famille. "Ma femme et mes enfants sont français, donc je vais faire comme la dernière fois, je vais soutenir la France. Même si j'aime bien toujours le Brésil, l'Argentine et l'Angleterre. Je verrai qui est le plus en forme !", nous répond le second. La Repubblica invite elle à applaudir le Danemark d’Eriksen, remis de son attaque cardiaque en plein match de l’Euro à l’été 2021. Le quotidien et son concurrent Corriere della Sera, les principaux du pays, n’évoquaient quasiment pas la Coupe du monde à trois jours de l’ouverture. 

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Et quand ils en parlaient, c’était pour mettre en lumière les zones d’ombre de cette édition 2022 sujette à polémiques. "Le Mondial des droits bafoués" ou encore "Le Mondial sans l’Italie que personne ne veut voir", pouvait-on lire ce jeudi. Nos témoins italiens ont-ils pensé à boycotter l’évènement ? "Je devrais, c'est vrai. Je ne savais même pas qu'il y avait eu des morts sur les chantiers des stades…", confesse Alessio. Alessandro est "prêt à le faire si ça peut servir". Andrea "n’y pense pas". "Je suis conscient qu'on vit dans un monde où l'argent est très puissant. Éthiquement, c'est évident qu'il y a beaucoup de choses qui ne sont pas justes. Mais les vrais fans de foot ne vont pas boycotter l'événement. Ceux qui regardent le foot de temps en temps vont probablement le faire. Et peut-être qu'ils ont raison", admet-il.


Delphine DE FREITAS

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