ENQUÊTE - JO-2024 : le dopage génétique, fantasme ou réalité ?

par La rédaction de TF1info | Reportage TF1 : Didier Piereschi, Céleste de Kervenoael et Bixente Hacala
Publié le 28 décembre 2023 à 8h00

Source : JT 20h Semaine

La menace du dopage génétique plane de plus en plus sur le sport mondial.
Une technique qui se démarque du dopage dit classique en transformant l'ADN.
Si aucun cas n'a été détecté pour l'heure, les techniques de contrôle existent.

Le dopage génétique a-t-il déjà contaminé le monde sportif ou est-il en passe de le faire ? C'est ce que redoutent certains acteurs de la lutte anti-dopage au sujet de cette tricherie d'un nouveau genre inscrite sur sa liste des techniques interdites de l'agence mondiale de lutte anti-dopage basée à Montréal depuis 20 ans. Concrètement, il s'agit du détournement d'une prouesse génétique existante : la thérapie génique, utilisée pour traiter certaines maladies comme la myopathie ou certains cancers. 

Les parlementaires français ont d'ailleurs récemment dû se pencher sur le sujet du dopage génétique lors de l'examen de la loi olympique adoptée le 12 avril dernier. L'article 4 de la loi prévoit désormais la possibilité pour le laboratoire de l'Agence française antidopage (AFLD) basé à Châtenay-Malabry d'effectuer des tests génétiques notamment pendant les prochains JO de Paris 2024, afin de pouvoir déceler une éventuelle manipulation génétique.  

Comment ça fonctionne ?

Plus en détail, le dopage génétique consiste en une modification de l'ADN permise par l'injection de matériel génétique dans des cellules, ce dernier étant transporté par un vecteur vers l'intérieur de la cellule "pour soigner une maladie", explique notamment l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). En d'autres termes, pour le malade c'est un traitement médical tandis que pour le sportif, la transformation de ce gène vise à améliorer les performances. 

Techniquement, le dopage génétique est donc réalisable, notamment en raison des avancées scientifiques en génétique favorisées par l'arrivée des vaccins à ARN messager pour lutter contre le Covid-19, et presque impossible à détecter. 

Quels effets recherchés ?

Sur les effets recherchés, il ne se démarque pas du dopage dit classique qui, la plupart du temps, en détournant l'usage de médicaments déjà existants, cherche à augmenter la masse musculaire, ou bien renforcer l'endurance respiratoire. Jean-François Toussaint, directeur de l'Institut de recherche biomédicale et d'épidémiologie du sport (IRMES) et co-auteur de l'étude sur les gènes HFE et la très haute performance, étudie ces interactions depuis des années. "La modulation de ce gène, on attend qu'elle puisse provoquer une augmentation du nombre de protéines ou de la qualité de ces protéines donc avoir une fonction supérieure qui peut permettre d'aller plus vite, de tirer plus de poids ou de sauter plus haut, détaille-t-il dans le reportage en tête de cet article.

Des athlètes capables par exemple de simuler la production endogène de l'EPO (érythropoétine), ou de produire naturellement des hormones de croissance, fausseraient considérablement le jeu.  

Fantasme ou réalité ?

Sollicitée par TF1, l'agence française de la lutte contre le dopage n'a fourni qu'une réponse laconique par mail, le sujet étant sensible et les techniques de dépistage ultra-protégées. "Vous ne pourrez pas filmer dans le laboratoire, tout cela fait partie d'une stratégie avant les JO", peut-on lire dans un extrait diffusé dans le reportage en tête de cet article.

Le directeur de l'agence mondiale de lutte antidopage basée à Montréal, le Français Olivier Rabin est formel : le dopage génétique n'est pas un fantasme. Selon lui, "le dopage génétique pourra exister dans un avenir proche si ce n'est déjà le cas". Et d'illustrer : "on a des experts au niveau international qui travaillent sur la thérapie génique qui ont été eux même approchés par des athlètes et entraineurs cherchant à avoir accès à leur méthodologie".

Si les acteurs de l'antidopage se préparent depuis près d'une vingtaine d'années à l'hypothèse du dopage génétique, aucun cas n'a été détecté jusqu'ici, et la technicité requise laisse sceptique certains spécialistes sur son déploiement prochain. Notamment parce que cette technique exige des moyens colossaux. "Pour vous donner un ordre de grandeur, les thérapies géniques actuellement sont de l'ordre de 500.000 à 1 million d'euro la dose par patient", poursuit Jean-François Toussaint. Sans oublier les risques sur la santé avec des méthodes dont on ignore encore les effets secondaires, les tests sur animaux ayant parfois occasionné des cancers ou des maladies cardiovasculaires.

Pour autant, les techniques de contrôle existent. "Bien sûr, on ne dit pas quand on met en œuvre mais elles ont déjà été mises en œuvre à l'occasion d'évènements sportifs majeurs, il y a de ça quelques mois quelques années", assure de son côté Olivier Rabin.


La rédaction de TF1info | Reportage TF1 : Didier Piereschi, Céleste de Kervenoael et Bixente Hacala

Tout
TF1 Info