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Coupe du monde : Walid Regragui, le "Guardiola marocain" qui fait rugir les "Lions de l'Atlas"

par Maxence GEVIN
Publié le 9 décembre 2022 à 8h30, mis à jour le 10 décembre 2022 à 21h12
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

Nommé au pied levé en août dernier après le limogeage de Vahid Halilhodžić, Walid Regragui a redonné vie au Maroc.
Grâce notamment à une défense de fer, les "Lions de l'Atlas" sont toujours invaincus depuis sa prise de fonction.
Après l'exploit contre l'Espagne (0-0, 3-0 tab), l'ancien entraîneur du Wydad AC a offert une première demi-finale de Coupe du monde à son pays.

Deux lettres qui changent tout. Vahid (Halilhodžić) remercié, c'est Walid (Regragui) qui a pris les commandes du Maroc. Arrivé en août dernier dans un contexte délétère - des résultats décevants avec en point d'orgue une large défaite contre les États-Unis (3-0) et des conflits au sein de la sélection -, le technicien a enclenché un spectaculaire redressement. En l'espace de quelques mois, il a opéré un énorme travail tactique, avec en clé de voute une défense très solide (1 seul but encaissé en huit matchs, aucune défaite). Il a également su s'attacher la confiance des cadres, dont certains s'étaient éloignés des Lions de l'Atlas en raison de désaccords avec le staff précédent. C'est notamment le cas d'Hakim Ziyech, leader technique de cette équipe (un but et d'une passe décisive depuis son arrivée au Qatar).

Défense de fer, proximité avec les joueurs... la patte Regragui

Malgré un certain manque de qualité dans la zone vérité, sans aucun véritable numéro neuf d'envergure, le Maroc est toujours invaincu depuis l'arrivée de Regragui. Un exploit. Mieux, il a terminé en tête d'une poule très relevée (Belgique, Croatie, Canada), précipitant l'élimination des "Diables rouges" belges, troisièmes en 2018. Les coéquipiers de Yassine Bounou, héroïque lors de la séance de tirs au but, ont surpris l'Espagne (0-0, 3-0 tab) en huitièmes de finale, avant de renverser le Portugal (1-0) pour devenir le premier pays africain à atteindre les demi-finales d'une Coupe du monde. 

Derrière cette métamorphose, un homme, Walid Regragui. Défenseur besogneux lors de sa carrière de joueur (44 sélections avec les Lions de l'Atlas) - lors de laquelle il a notamment remporté le titre de meilleur défenseur de Ligue 2 française ou encore celui de meilleur joueur de la Coupe d'Afrique des Nations de la CAF 2004 -, il s'est rapidement imposé comme un entraîneur rigoureux sur le plan tactique et exigeant sur le plan défensif. 

J'ai des joueurs nés en Allemagne, en France, en Belgique, aux Pays-Bas et je fais un milkshake avec tout ça."

Walid Regragui

Le natif de Corbeille-Essonnes (région parisienne), à la forte personnalité et au caractère bien trempé, s'appuie également sur un management fédérateur. Sa proximité avec ses joueurs tranche avec le regard glacial de son prédécesseur. C'est ainsi qu'il a est parvenu à bâtir un groupe soudé et combatif qui met l'accent, sur le terrain, sur la solidité défensive. 

Sa maîtrise des langues (il est capable de s’exprimer en français, en arabe, en espagnol et en anglais) et sa double culture, lui qui possède la double nationalité française et marocaine, sont autant d'atouts dans une sélection qui compte de nombreux binationaux. "Je me suis toujours battu pour dire que tout Marocain avec la nationalité est un Marocain, qu'il vienne de France, de Belgique, du Maroc ou d'ailleurs. Si le gars veut mourir, se battre pour ce maillot. J'ai des joueurs nés en Allemagne, en France, en Belgique, aux Pays-Bas et je fais un milkshake avec tout ça", explique-t-il, dans des propos rapportés par RMC Sport

La consécration après un parcours exemplaire

Devenu le premier entraîneur africain à atteindre les demi-finales d'une Coupe du monde - et le premier technicien à emmener le Maroc à ce stade de la compétition -, Walid Regragui est d'ores et déjà rentré de l'histoire. Il a même reçu un coup de téléphone du roi Mohammed VI, qui a tenu à le féliciter en personne après la qualification contre l'Espagne. "C’est quelque chose d’extraordinaire pour un Marocain", souffle-t-il. 

Cette consécration vient récompenser un parcours exemplaire. Après avoir débuté en tant qu’adjoint de Rachid Taoussi, sélectionneur du Maroc de l’époque, il a ensuite officié pendant six ans au FUS Rabat. Après 6 ans à la tête du club de la capitale - une telle longévité constitue une rareté dans le championnat local -, il rejoint Al Duhail (Qatar). S'il n'y reste que 18 matchs, il conduit le club au titre. Par la suite, il prend les rênes du Wydad Casablanca, avec qui il fait le doublé championnat-Ligue des champions de la CAF. Son succès à la tête des Lions de l'Atlas n'est finalement que la suite logique de cette trajectoire pavée de succès. 

Je suis comme je suis : un mélange entre Guardiola et Mourinho

Walid Regragui

Du haut de ses 47 ans, Walid Regragui est aujourd'hui considéré comme l’un des entraîneurs les plus talentueux de sa génération. "On me surnomme le Guardiola marocain depuis ma victoire en Coupe du Trône 2014 avec le FUS, mais d’autres me considèrent comme l’héritier de Mourinho. Au final, chaque entraîneur a sa propre philosophie. Je suis comme je suis : un mélange entre Guardiola et Mourinho ! Mon style de jeu ressemble à celui de Pep mais, en conférence de presse, je suis plus proche de Mourinho", plaisantait-il d'ailleurs en 2017. 

Toujours plus haut, toujours plus loin ?

Quoiqu'il en soit, son message fait merveille auprès de ses joueurs. Son choix d'une organisation en 4-3-3 articulé autour d'une charnière Nayef Aguerd- Romain Saïss, protégée par l'excellent Sofyan Amrabat - probablement le milieu défensif le plus performant depuis le début du Mondial -, semble avoir débloqué le plein potentiel de cette sélection marocaine. 

Ce qui n'empêche pas le principal intéressé de garder les pieds sur terre. "J’ai toujours dit que c'étaient les joueurs qui faisaient l’entraîneur", met-il en avant. "Il y a beaucoup d’escrocs dans le football, des coachs qui veulent faire croire qu’ils sont des magiciens. Mais quand vous avez des bons joueurs, c’est toujours plus facile pour le coach. Quand vous arrivez à les faire adhérer, c’est encore mieux. Moi, j'apporte ce que je sais faire. J’essaye de leur donner un maximum de confiance, une base solide. Après, ce sont eux qui me donnent raison ou tort", détaille-t-il avec beaucoup de modestie.

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Alors qu'ils ne sont plus qu'à deux matchs d'un sacre mondial retentissant, les Lions de l'Atlas ne veulent pas (plus) s'arrêter de rêver. "J'ai dit qu'il fallait être ambitieux dès notre arrivée et c'est ce qu'ont cru les gars. Pourquoi ne pas gagner la Coupe du monde ? Même si on a lâché beaucoup d'énergie. Depuis le début, on est en mission. Les joueurs ont compris qu'il fallait arrêter d'avoir des complexes. Il ne faut pas s'enflammer, parce que les joueurs sont sur les rotules, mais pour le pays, ils sont prêts à mourir", a lancé le sélectionneur après le huitième de finale victorieux. Il faudra, pour cela, triompher de la France, championne du monde en titre, ou de l'Angleterre, troisième en 2018 et deuxième du dernier Euro. 


Maxence GEVIN

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