Mort de Silvio Berlusconi : l'AC Milan, passion et tremplin du "Cavaliere"

Publié le 12 juin 2023 à 15h41

Source : JT 13h Semaine

Propriétaire de l'AC Milan de 1986 à 2017, Silvio Berlusconi s'est éteint, lundi 12 juin, terrassé par une leucémie à l'âge de 86 ans.
Au cours de ces trois décennies, l'ambitieux homme d'affaires a mené son club de cœur au sommet du football mondial.
Une réussite sportive qui a aussi servi son dessein personnel.

Milan ne serait pas Milan sans Silvio Berlusconi. Jusqu'à son dernier souffle, Il Cavaliere, qui a succombé à une leucémie chronique, lundi 12 juin, aura nourri une passion dévorante pour les Rossoneri, un amour inconditionnel pour l'équipe que son père, Luigi, lui "a appris à aimer quand (il) était enfant". Un attachement viscéral tel que, l'année de ses 50 ans, l'homme d'affaires accompli assouvit son rêve d'enfant : devenir le propriétaire de l'AC Milan. Le 20 février 1986, l'entrepreneur au sourire étincelant rachète à Giussy Farina son club de cœur, alors criblé de dettes et éclaboussé par le scandale du Totonero en 1980, une affaire de paris truqués qui avait débouché sur sa rétrogradation en Serie B, la deuxième division italienne.

"Silvio Berlusconi n'a pas jeté son dévolu sur ce club par hasard", écrit, en 2014, l'historien Fabien Archambault dans la revue Histoire@Politique. "Affaibli par ce scandale, le plus vieux club de Milan était presque en faillite, mais il appartenait surtout, avec l'Inter et la Juventus, au cercle restreint des grandes équipes drainant des tifosi à l'échelle du pays tout entier." Dans une Italie, où le Calcio a toujours gonflé les urnes, l'enfant de Milan comprend vite qu'avec son socle de fans le Diavolo, l'autre surnom de la formation milanaise, peut servir ses ambitions, tant dans le domaine des affaires que pour sa carrière politique

Afin de bénéficier pleinement de la visibilité qu'est censée lui offrir son nouvel outil de communication, "le premier tifoso" milaniste affiche d'entrée son dessein : l'AC Milan doit devenir l'équipe "la plus importante du monde". "Notre mission est de divertir et gagner en Italie, en Europe et dans le monde", lance-t-il. Pour mener à bien ce projet pompeux, lancé avec faste par une arrivée en hélicoptère au cœur de la cité lombarde, sur La chevauchée des Walkyries de Wagner, Silvio Berlusconi s'entoure de son fidèle lieutenant, Adriano Galliani. Ensemble, à coups de millions de lires, ils vont bâtir le grand Milan. 

Tout pour la gagne et le plaisir

À l'intersaison 1987, après une première année de transition, où il s'est attaché à poser les jalons de sa réussite future, en retenant notamment Franco Baresi et le jeune Paolo Maldini, 17 ans seulement, "l'Immortel" confie les clés de l'équipe à un quasi inconnu, Arrigo Sacchi. Un choix payant puisqu'en optant pour cet entraîneur avant-gardiste, apôtre du beau jeu, le succès est immédiatement au rendez-vous. Champion d'Italie dès 1988, au nez et à la barbe du Napoli de Diego Maradona, l'ACM triomphe sur la scène continentale en soulevant deux Ligues des champions en 1989 et 1990. 

Ce vent nouveau insufflé par le "mage de Fusignano" profitera aussi à Fabio Capello, large vainqueur du Barça (4-0) en 1994, puis à Carlo Ancelotti, qui soulèvera "la Coupe aux grandes oreilles" à deux autres reprises (2003 et 2007). Le tout en suscitant du plaisir. "Berlusconi ne voulait pas seulement gagner, mais aussi convaincre et divertir", expliquera plus tard Arrigo Sacchi.

Une culture du beau jeu, qui détonne au pays du catenaccio, un système de jeu centré sur la solidité défensive. À une époque où les joueurs n'ont pas encore pris l'habitude de traverser les frontières, le pionnier du calcio-spectacle n'hésite pas à sortir le chéquier pour attirer les stars du ballon rond. Il porte une vision, celle du "foot business", avec des transferts rutilants. C'est ainsi qu'il inaugure la filière néerlandaise avec les "Hollandais volants", Marco Van Basten, Ruud Gullit et Frank Rijkaard. 

Une stratégie qu'il éprouvera durant 31 ans. Entre 1986 et 2017, année où il se retirera, une pléiade de grands noms (Jean-Pierre Papin, George Weah, Andriy Chevtchenko, Ronaldo, David Beckham, Ronaldinho, Zlatan Ibrahimovic...) vont porter la tunique rayée rouge et noir, à laquelle le fondateur de Forza Italia imposera le short et les chaussettes de couleur blanche "qui se voient mieux à la télé". Cinq d'entre eux, dont Kaká, soulèveront le Ballon d'Or lors de leur passage en Lombardie.

Un règne couronné de succès

Des distinctions personnelles ont couronné une incroyable réussite collective, initiée avec "les Immortels" d'Arrigo Sacchi et qui s'est poursuivie avec toutes les dynasties qui les ont suivi. En trois décennies de règne du "Cavaliere", l'ACM a raflé pas moins de 29 trophées, dont cinq Ligues des champions, huit titres de champions d'Italie et une Coupe d'Italie. "Si je dois parler de la présidence Berlusconi ou de Galliani, je ne peux que faire des compliments, car ils ont construit un club qui a été envié par tous", dira à So Foot le légendaire défenseur central, Paolo Maldini, qui a fait toute sa carrière à Milan.

Mais toute domination prend fin un jour. Même celle de Silvio Berlusconi. Après un titre de champion d'Italie en 2011, son dernier à la tête de l'AC Milan, "Il Cavaliere" se rend à l'évidence : il n'a plus les armes pour lutter avec les nouveaux actionnaires toujours plus puissants, venus des États-Unis, d'Asie ou du Golfe. En avril 2017, "avec douleur et émotion", le patron de Fininvest, la holding de la famille Berlusconi, finit par céder son club de cœur à un groupe d'investisseurs chinois pour 740 millions d'euros. Dans une lettre d'adieu aux tifosi, il explique alors que "le football moderne implique pour être compétitif au plus haut niveau européen et mondial des investissements et des ressources qu'une famille seule ne peut plus assumer."

Cela n'empêche pas Silvio Berlusconi de garder un pied dans le milieu. À peine a-t-il tout juste eu le temps de refermer le chapitre rossonero qu'il replonge. Cette fois, avec des ambitions plus modestes. Dès 2018, toujours épaulé de son inséparable bras droit, Adriano Galliani, il rachète Monza, alors en Serie C, avec l'objectif de l'emmener dans l'élite du foot italien. Un ascenseur qu'il réussit en quatre ans. Le club, dont le stade est à dix minutes de sa villa, à Arcore, gravit les échelons, un à un, pour rejoindre la Serie A l'été dernier, une première dans son histoire. Un ultime pari, relevé avec la manière, une fois de plus.


Yohan ROBLIN

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