CALVAIRE - Lors de son séjour impromptu au Park Hotel, un centre de rétention proche de Melbourne, Novak Djokovic a fréquenté des réfugiés, enfermés de force parfois depuis des années. L'un d'entre eux l'a interpellé dans une vidéo pour qu'il raconte ce qu'il a vu.

Novak Djokovic y a logé cinq jours, eux y vivent, pour certains, depuis neuf ans. Retenu au Park Hotel à Carlton, un centre de rétention dans la banlieue de Melbourne, suite à l'annulation de son visa, "Nole" a été remis en liberté, lundi 10 janvier. Durant le court séjour, qu'il a passé entre ces murs, le numéro 1 mondial, qui risque encore l'expulsion malgré sa libération, a été au contact des 36 réfugiés, enfermés depuis des mois, parfois des années, dans l'ancien hôtel de cinq étages. Le tout dans l'indifférence générale et sans possibilité de sortir, en vertu de la politique d'immigration draconienne de l'Australie. 

Un calvaire aussi vite éclairé par la détention de "Djoko" qu'éclipsé par sa libération. C'est justement pour ne pas être indéfiniment oubliés à leur sort, que l'un des "prisonniers" du Park Hotel a lancé un appel poignant au joueur de 34 ans, qui s'entraîne depuis sa sortie sur le site de l'Open d'Australie, avec l'espoir de pouvoir participer à la première levée du Grand Chelem de la saison. Un message vidéo d'un peu plus d'une minute directement adressé à Novak Djokovic et relayé, en autres, par l'ancien footballeur australien Craig Foster, ambassadeur d'Amnesty Australia pour les droits humains et les réfugiés. 

"Vous avez vu au plus près comment l'Australie nous traite"

L'un des locataires, lui-même détenu depuis "trop longtemps" dans "Prison Park", comme l'ont surnommé les opposants aux centres de rétention, s'est filmé, face caméra, pour interpeller le Serbe. "Monsieur Djokovic, nous vous souhaitons bonne chance et sommes heureux que vous soyez libre", a déclaré Mohammed Joy, qui fait partie du groupe de réfugiés et de demandeurs d'asile. "Bien que nous soyons emprisonnés depuis neuf ans, nous ne souhaitons voir personne emprisonné à nos côtés."

"Vous avez vu au plus près comment l'Australie nous traite, bien que nous soyons des réfugiés innocents. Notre nourriture est dégoûtante. Nous n'avons aucun traitement médical. Notre santé mentale est gravement affectée. Nos vies sont brisées", a-t-il affirmé. Le mois dernier, avant que Novak Djokovic ne vienne rompre la monotonie du Park Hotel, l'homme qui témoigne au quotidien sur les réseaux sociaux de sa vie dans ce centre de fortune avait publié sur son compte Twitter des photos peu ragoutantes. Il montrait des asticots sortir d'un repas qui lui a été servi, à côté de morceaux de pain moisis.

"Nous sommes heureux que vous ayez pu sortir en quatre jours, bien que nous soyons toujours là après plus de 3000 jours. S'il vous plaît, dites au monde ce qui nous arrive", a-t-il lancé dans ce qui s'apparente à un cri du cœur, demandant ainsi à "Djoko" de porter leur combat et de faire jouer sa notoriété pour intercéder en leur faveur. "Aux médias australiens et internationaux, veuillez continuer de poser des questions, c'est notre seul espoir. S'il vous plaît, parlez de nous au monde."


Yohan ROBLIN

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