VIDÉO - "On s’imagine finir en sang" : ces parents qui font basculer le football amateur dans la violence

par M.G | Reportage TF1 : David De Araujo, Vincent Pierron et Paul Bouffard
Publié le 18 février 2024 à 8h00

Source : JT 20h WE

Face à la réussite au plus haut niveau de jeunes issus de milieux défavorisés, des parents n'hésitent pas à recourir à la violence verbale et physique pour assurer l'avenir de leurs protégés.
Un phénomène de plus en plus courant qui inquiète le monde du football amateur.
Le 20H de TF1 s'est penché sur le phénomène.

Un arbitre agressé en région parisienne, des scènes d’émeutes à Nice… Ce sont des scènes qui deviennent de plus en plus fréquentes. Presque banales. L’an dernier, 4093 agressions ont été recensées dans le football amateur en France. Et le phénomène devient de plus en plus important au fil des années qui passent. Souvent, ce sont des parents, avides de voir leur enfant réussir, qui mettent le feu aux poudres. Comme sur un match anodin entre des jeunes de 13 ans, lors duquel les caméras de TF1 ont pu capter un père de famille particulièrement véhément vis-à-vis d'un officiel. "Je vais te faire manger ton drapeau, espèce de fils de pute (sic)", lance-t-il notamment. 

Dans un petit club de Saint-Lô, en Normandie, un éducateur, qui souhaite rester anonyme, fait part de son malaise. Quelques jours plus tôt, il a été harcelé et menacé par le père d’un joueur âgé de 12 ans. À coup de dizaines de SMS et d'appels incessants, l'homme reproche à l’entraîneur d’avoir placé son fils en équipe 3, plutôt qu’en équipe 1. "Sur chaque appel, je recevais un audio avec des menaces, quelques insultes également", glisse le coach au micro de TF1. "Pour être honnête, je suis rentré à la maison en pleurs. Tu penses le pire, tu te dis que s’il te retrouve, il va t’en mettre une. On a toujours un œil à droite à gauche pour voir s’il ne peut pas débarquer à tout moment. On s’imagine finir en sang", continue-t-il. 

Il faut que l’enfant réussisse à tout prix.
Un parent

Parfois, le pire finit par se produire. Ou du moins, les menaces deviennent réalité. À Villejuif (Val-de-Marne), les entraînements se font désormais à huis clos. Personne n’a le droit d’y assister après l’agression d’un entraîneur qui a la charge de jeunes de... 12 ans. "C’est un parent qui n’a pas accepté les décisions du coach. Sauf qu’il avait un couteau sur lui. Et voilà…", indique un homme. Si l’éducateur a pu revenir travailler, l'ambiance à la sortie du stade est décrite comme tendue. "Ce n'est plus vraiment du loisir. Des parents le prennent vraiment comme une mission, il faut que l’enfant réussisse à tout prix", décrit encore ce père de famille, qui évoque des excès de violence de plus en plus fréquents. 

À Linas-Montlhéry, des mesures similaires ont été prises depuis, là encore, l’agression de l'entraîneur local. "Mise à part la sensibilisation aujourd’hui, on n’a pas d’autres moyens humains pour faire plus que ça. Il faudrait presque mettre des agents de sécurité dans les stades, ce qui est impossible à faire", se désole, fataliste, Michaël Bertansetti, le président du club essonnien.

Les "projets Mbappé"

Ce phénomène, avec des adultes qui hurlent contre la moindre décision qui pourrait gâcher leurs ambitions de réussite pour leurs enfants, porte un nom : le projet Mbappé, en référence au champion du monde français. "Ça fait rêver tout le monde. [...] C’est quelque chose qui peut mettre la famille à l’abri. Ce n’est pas que l’enfant, pas seulement son avenir à lui, c’est vraiment toute la famille", décrit Yacine Hamened, un ancien éducateur, auteur du livre Les hors-jeu du football français. L'expert a analysé la dérive violente du football amateur. Selon lui, certains parents voient dans le football la route la plus rapide vers un avenir doré. "Moi, je les appelle aujourd’hui les tickets d’EuroMillions. Finalement, on a une chance sur un million que notre enfant réussisse mais on va miser dessus", souligne-t-il. 

Si les messages de prévention et les appels à la responsabilité se multiplient, les ambitions des familles peinent, elles, à être jugulées. La Fédération française de football (FFF), de son côté, organise des stages de sensibilisation et épaule juridiquement les victimes d’agression, ce qui ne semble pas faire figure de solution miracle.


M.G | Reportage TF1 : David De Araujo, Vincent Pierron et Paul Bouffard

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