Avant son départ du ministère, Clément Beaune, soutenu par le chef de l'État, avait promis un "pass rail" pour l'été 2024.
Cette idée a néanmoins été largement revu à la baisse par son successeur.
Interrogé à ce sujet au Sénat, le ministre délégué chargé des Transports Patrice Vergriete a plutôt évoqué une formule au public et à la période restreints.

La belle promesse de Clément Beaune s'en est allée avec lui. Avant son départ du ministère des Transports, celui qui est désormais de retour sur les bancs de l'Assemblée nationale en tant que député de Paris, avait annoncé pour 2024 la mise en place d'un "pass rail", à l'image de ce qui avait été mis en place en Allemagne. 

"L'idée, c'est d'avoir quelque chose un peu comme ça s'est fait en Allemagne ou dans d'autres pays européens : ouvert à tous, qui permet de voyager de manière illimitée pour favoriser l'usage du train", avait-il décrit en septembre dernier. Il avait été soutenu en ce sens par le chef de l'État, Emmanuel Macron.

Un Pass Rail ciblé sur les jeunes

Mais ce projet, qui aurait ouvert le réseau TER et Intercités pour un prix annuel tournant autour des 49 euros, ne verra finalement pas le jour. Interrogé à ce propos au Sénat, mercredi 6 mars, le nouveau ministre délégué chargé des Transports, Patrice Vergriete, a largement revu à la baisse le dispositif.

"Ce que j'imagine proposer pourrait être une expérimentation d'un Pass Rail ciblé sur les jeunes et sur la période estivale sur les réseaux TER et intercités. Il s'agirait en quelque sorte d'une tarification sociale pour les jeunes, pour leur permettre de découvrir l'ensemble des régions de notre beau pays", a-t-il ainsi annoncé, souhaitant expérimenter ce dispositif "dès cet été". Loin du pass disponible pour tous, toute l'année, évoqué initialement. 

Auprès de Public Sénat, le ministre a par la suite précisé qu'il comptait faire cette proposition auprès de la présidente de l'association Régions de France, Carole Delga, pour avoir l'accord de toutes les régions et "se mettre d’accord sur une tarification". Ce sont effectivement les régions qui financent principalement le réseau TER concerné par le pass. La mise en place d'un tel dispositif aurait donc coûté cher aux régions, comme n'avait pas manqué de souligner le sénateur du Nord Franck Dhersin.

"Les régions financent déjà, et ce, massivement, les transports ferroviaires régionaux. Les usagers payent une partie très minoritaire du coût réel du transport. Pouvons-nous vraiment nous passer de cette recette de billetterie avec pour conséquence une dégradation de l'offre ?", a-t-il souligné, estimant que le "pass rail" proposé par Clément Beaune était une "opération de communication sur le dos des régions et de leurs finances." À ces coûts de fonctionnement peuvent également être ajoutés la hausse des tarifs des péages ferroviaires, pour l'instant gelée par le Conseil d'État.

Lors de l'annonce de son dispositif, Clément Beaune avait pourtant assuré que "l'État mettra[i] la main à la poche" et soutiendrait les régions. Mais alors que ces dernières semaines, le gouvernement a annoncé que l'État devrait économiser 10 milliards d'euros en 2024, et le double en 2025, ce projet incitant à l'usage du train pourrait pâtir de la politique d'économie prônée.

Ce rétropédalage n'a néanmoins pas manqué de faire réagir dans l'opposition. "Où est passée l’ambition initiale d’un Pass Rail pour tout le temps et pour tout le monde ? L’État ne veut finalement plus rien financer ?", s'est ainsi étonné le président de la région Hauts-de-France, Xavier Bertrand, sur le réseau social X. De son côté, le député LFI de la Somme François Ruffin soulignait que le nouveau dispositif annoncé par le ministre des Transports ressemblait furieusement à celui qui avait été mis en place pendant deux ans par les régions et la SNCF, en 2020 et 2021, mais qui n'avait pas été renouvelé par la suite. 

Les régions expliquaient alors n'avoir pas les épaules pour assurer la pérennité d'une mesure pensée à l'origine comme ponctuelle, suite à l'épidémie. Elles jugeaient par ailleurs le soutien étatique insuffisant pour continuer à en assurer la charge. À voir quelle sera la mesure du soutien de l'État désormais.


Aurélie LOEK

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