Pourquoi les prix des billets TGV augmentent malgré les milliards de bénéfices de la SNCF

Publié le 29 février 2024 à 12h40, mis à jour le 29 février 2024 à 12h49

Source : TF1 Info

La SNCF a réalisé 1,6 milliard d'euros de bénéfices en 2023, a annoncé le groupe ferroviaire mercredi 28 février.
Dans le même temps, les billets des TGV InOui vont augmenter de près de 3%.
Une injustice ? Éléments d'explications.

Une entreprise publique aux milliards de bénéfices… qui augmente encore ses tarifs. Mercredi 28 février, la SNCF a annoncé des résultats dans le vert pour la troisième année consécutive. Dans le détail, le groupe ferroviaire a engrangé un bénéfice net de 1,3 milliard d'euros en 2023, qui s'ajoute aux 2,4 milliards d'euros de bénéfices enregistrés en 2022 et aux 890 millions de 2021.

Dans le même temps, les voyageurs vont encore devoir mettre la main à la poche : les prix des billets des TGV InOui devraient connaître une hausse de 2,6% en 2024 (hors carte Avantage). Un paradoxe qui tient en plusieurs explications.

Une hausse des coûts

Comme l'ensemble des entreprises (et des ménages) du pays, la SNCF a vu sa facture d'électricité bondir ces dernières années. Le groupe ferroviaire, forcément gros consommateur d'électricité, a vu ses coûts d'énergie grimper de 14% l'an dernier pour son activité grande vitesse, selon lui. Une augmentation qui n'a pas été pleinement répercutée sur le prix des billets, assure-t-il. La hausse s'est limitée à 5%.

Outre les prix de l'électricité, la SNCF voit également le prix des péages augmenter. Cette redevance, payée pour utiliser les infrastructures ferroviaires, et qui représente 40% du prix des billets, est en hausse de 8% en 2024. Au total, faire circuler un TGV coûte entre 4% et 5% plus cher à la SNCF cette année par rapport à l'an dernier. "Nous n'augmenterons pas les prix au niveau de nos coûts", fait d'ailleurs valoir Jean-Pierre Farandou, le PDG du groupe, et ce "pour la deuxième année consécutive."

La masse salariale du groupe devrait, elle aussi, augmenter. C'est en tout cas ce qu'espèrent les syndicats. "Le temps est venu d'augmenter nos salaires", a aussitôt réclamé Sud-Rail à l'annonce des résultats annuels. "Nous proposerons à l'ensemble des fédérations syndicales de passer à l'action unitairement."

Des investissements toujours nombreux

Dans le même temps, la SNCF continue d'investir pour moderniser ses lignes. En 2024, elle prévoit encore des investissements record avec 11,7 milliards d'euros. Le nombre de salariés devrait également grimper, avec au moins 20.000 recrutements attendus (contre 25.300 en 2022).

Pour répondre à la demande croissante, l'entreprise publique a investi sur un nouveau parc de TGV : les TGV-M. Celui-ci doit consommer 20% d'énergie en moins que les rames actuelles, tout en ayant une surface à bord augmentée de 20% (jusqu'à 740 places contre 600). Un moyen pour la SNCF d'économiser des coûts tout en augmentant ses recettes… mais leur livraison tarde. D'après Jean-Pierre Farandou, les premiers TGV-M construits par Alstom ne sont pas attendus dans les gares avant l'été 2025, au plus tôt.

Un déficit pas si ancien

Notons enfin que si la SNCF vient de boucler une troisième année consécutive dans le vert, cette situation n'est pas franchement une habitude. Le groupe ferroviaire avait perdu quelque trois milliards d'euros en 2020 pour cause de pandémie de Covid-19 et 801 millions en 2019 en raison de la grève contre la réforme des retraites et d'effets comptables défavorables.

En 2021, la SNCF n'était sortie du rouge que grâce à la cession du loueur de wagons Ermewa, pour 3,2 milliards d'euros, sans quoi elle aurait perdu 185 millions. Fin 2022, le groupe enregistrait encore une dette de près de 25 milliards d'euros.


Idèr NABILI

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