Une loi prévoit le doublement du fret ferroviaire d'ici à 2030.
Un objectif qui semble difficile à atteindre pour les spécialistes, en raison de la vétusté des infrastructures. Certaines gares se retrouvent donc presque à l'abandon.
Le gouvernement a annoncé le 24 février investir 100 milliards d'euros pour moderniser les chemins de fer.

Moins de camions sur les routes de France signifierait moins de pollution, d'accidents et de routes abîmées. Le tout au profit des trains. C'est avec cet objectif que 80 millions d'euros ont été investis dans un immense complexe parisien de 15.000 m² censé être une gare de fret ferroviaire. 

Mais le sous-sol est occupé par un supermarché et au rez-de-chaussée une filiale de la Poste utilise non pas des trains, mais des camions pour livrer des colis. Ici aucune locomotive n'est jamais entrée, et les rails sont déjà rouillés alors qu'ils n'ont jamais été utilisés, car le fret ferroviaire serait trop cher.

"Aujourd'hui en France, 10% de nos marchandises passent par le ferroviaire, c'est 20% en Allemagne et c'est jusqu'à 30% en Autriche ou en Suisse, on a donc un gap de progression extrêmement important", explique François Dagnaud, président du conseil d'administration de Sogaris, et maire PS du 19e arrondissement de Paris, qui plaide pour "une volonté de politique nationale pour accompagner et accélérer la transition". 

Des infrastructures vétustes

En banlieue parisienne, on déplore aussi la vétusté des infrastructures ferroviaires. Sur 17 voies dédiées au transport des marchandises, seulement deux sont exploitables "à cause de l'état de l'infrastructure", selon Alexandre Gallo, PDG de DB Cargo France. L'aiguillage s'effectue toujours à la main, un système fiable, mais qui commence à dater. Et coté éclairage public, ça coince aussi. Certains pylônes ne sont pas alimentés en électricité depuis 10 mois. "Sans éclairage, on ne peut pas trier les wagons la nuit", indique le dirigeant.

Malgré ces conditions, cette entreprise fait rouler 20.000 trains de marchandises par an, avec un bilan carbone bien plus vertueux que sur la route. "Ce train, c'est l'équivalent de 60 camions en un seul train", assure-t-il.

L'argument environnemental est implacable et pourtant en France le fret ferroviaire plafonne depuis des années à 10% des transports de marchandises. Une loi votée en août 2021 prévoit d'ici à 2030 le doublement du fret ferroviaire. "Ça n'est pas totalement irréaliste, en revanche compte tenu de l'état du réseau, et du sous-investissement, l'objectif parait compromis", estime Alexandre Gallo, qui précise que le réseau français est "vieillissant" avec des rails de "28 ans d'âge moyen" contre 17 ans pour les autres pays européens. 

Des autoroutes du fret pour un meilleur bilan carbone

L'Hexagone compte pourtant des autoroutes du fret, des lignes de trains dédiées au transport de marchandises. Les trains en provenance de Calais ou du Luxembourg finissent par exemple leur trajet à la frontière espagnole, laissant les camions reprendre leur itinéraire par la route. 

"Chaque semi-remorque transportée, c'est une tonne de CO2 évitée par rapport à la route", Christian Morin, directeur du terminal ferroviaire du Boulou (Pyrénées-Orientales).

Au-delà de l'aspect écologique, passer par les rails, c'est aussi permettre aux conducteurs de camions, qui manquent de plus en plus en France, d'avoir des conditions de travail radicalement différentes. "Pour nous les entreprises, c'est plus facile, car les gars rentrent tous les soirs, ou tous les deux soirs à la maison, alors que si on les met sur les routes, ils ne rentrent pas de la semaine, voire de la quinzaine", Jean-Louis Salva, gérant d'une entreprise de transports routiers.

Le 24 février, le gouvernement a promis d'investir 100 milliards d'euros pour moderniser les chemins de fer, sans mentionner spécifiquement le fret. 


E.R.

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