La France vient de franchir le cap des 100.000 bornes de recharge publiques.
Le réseau s'étend à vitesse grand V, mais les points de charge rapide sont encore très minoritaires.
Et la plupart des bornes sont concentrées dans une poignée de régions.

La peur de la panne reste aujourd'hui l’un des principaux freins à la conversion à la voiture électrique, en plus de son coût à l'achat. L'autonomie des véhicules disponibles actuellement sur le marché se limite à quelques centaines de kilomètres, et les recharger peut prendre une vingtaine de minutes comme plusieurs heures, selon la puissance de la borne. Dans la pratique, la plupart des recharges se font au domicile ou au bureau, du fait d'un usage qui demeure principalement citadin. Mais le développement d'un réseau de bornes pléthorique et rapide doit justement permettre de démocratiser cet usage, notamment en facilitant les longs trajets.

Début mai, la France a franchi le cap symbolique des 100.000 bornes de recharge installées sur son territoire. Si le réseau s'étend à vitesse grand V, au rythme de 4000 nouvelles bornes chaque mois, pas moins de 90% d’entre elles ne sont pas équipées à ce jour de prise de charge rapide permettant de recharger son véhicule en seulement vingt à trente minutes (pour la somme de 30 euros environ, selon la taille de la batterie, ndlr). Logiquement, ce sont principalement les autoroutes qui bénéficient de ces installations, avec près de huit stations sur dix ayant des points de charge rapide. En septembre, normalement, toutes devraient en être équipées. 

Le groupe TotalEnergies exploite 750 bornes de charge rapide, et prévoit d'en détenir près de 4000 d'ici à 2025. Mais les investissements pour ce type d'installation sont lourds. "C’est à peu près un million d’euros par station", indique, dans le reportage du 20H de TF1 en tête de cet article, le PDG de l'entreprise, Patrick Pouyané. Pour la rentabilité, sur l'autoroute, on n'est pas loin des "huit à dix ans, c’est pour ça qu’il y a d’ailleurs des aides de l’État, souligne le patron de TotalEnergies. Mais on sait aussi que c’est la poule et l’œuf. Tant qu’il n’y aura pas des bornes de recharge sur les autoroutes, les gens hésiteront à acheter des véhicules" électriques." Sur ses cent-cinquante stations sur voies rapides, il en reste encore quarante à électrifier, selon le groupe.

INFOGRAPHIE TF1

Pour l'heure, les fameuses 100.000 bornes de recharge sont surtout présentes en Ile-de-France et en Auvergne-Rhône-Alpes, bien moins en Bourgogne-France-Comté et en Corse, comme le montre l'infographie ci-dessus. Dans le Jura par exemple, où s'est rendue une équipe de TF1 la semaine dernière, il n'y en a que 87... "Pour nous, fin 2030, c’est entre 330.000 et 480.000 points de charge qui seront nécessaires. Donc il va y avoir un vrai développement dans les prochaines années", assure Clément Molizon, le directeur général de l'Avere, qui rassemble tous les industriels du secteur en France. Actuellement, il y a 1,3 million de véhicules électriques en France. Il y en aura 13 millions à l'horizon 2030, selon les projections. D'où la nécessité de multiplier les installations et d'en assurer un meilleur maillage sur le territoire. 

Alors que les ventes de véhicules électriques progressent d'année en année, les constructeurs automobiles s’y mettent eux aussi.  Pionnier dans le secteur, Testa prévoit ainsi d’ouvrir 150 stations compatibles avec toutes les marques sur tout le territoire. Renault entend lui aussi déployer son propre réseau, avec l'objectif d'implanter des bornes de recharge rapide dans 90 concessions situées à proximité d’une autoroute d'ici à deux ans. D’autres acteurs, comme Fastned ou Ionity (qui rassemble BMW, Ford, Hyundai, Mercedes et Volkswagen), investissent également pour mailler les bords de route. Si la révolution est en marche, la route sera encore longue pendant encore quelques années. 


M.D. Reportage TF1 Pierre Gallaccio et Julien Clouzeau

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