Transports publics : le "très gros risque" qui pèse sur le bon déroulement des JO 2024

par Hamza HIZZIR | Reportage TF1 Julien Roux, Caroline Blanquart, Jean-Philippe Héquette
Publié le 1 mars 2024 à 12h33

Source : JT 20h Semaine

À cinq mois de l'ouverture des JO 2024, l’offre de transports demeure un sujet de tensions.
Pour permettre aux centaines de milliers de visiteurs de rallier les sites olympiques, de nouvelles lignes de métro et de RER avaient été promises, mais les chantiers ont pris du retard, et un préavis de grève plane à la RATP pendant toute la durée des Jeux.
Regardez cette enquête du 20H de TF1.

Cet usager quotidien de la RATP résume l’état d’esprit des Franciliennes et Franciliens à cinq mois de l’ouverture des Jeux olympiques : "Quand il n’y a pas de visiteurs, il y a souvent des retards, alors là ça risque d’être une catastrophe." Nombre d’entre eux envisagent de quitter Paris à cette échéance pour fuir la saturation redoutée. Les transports en communs devront acheminer chaque jour quelque 800.000 spectateurs le temps des épreuves (26 juillet-11 août). Pour relever ce défi colossal, certaines lignes vont être prolongées, comme le RER E, qui desservira la piscine olympique à la Défense, mais aussi les épreuves d'aviron et de canoë-kayak, en Seine-et-Marne.

L'une des nouvelles gares, Porte Maillot, est encore en travaux. Les ouvriers s'affairent pour terminer le chantier pharaonique dans les temps. Du marbre posé il y a à peine deux semaines, des couloirs majestueux, des escaliers Chambord pour que les voyageurs ne se croisent pas… Le tout baigné de lumière naturelle à 35 mètres sous terre, grâce à une immense verrière. C'est l'aboutissement de huit ans de travaux. Enfin presque. "La crise Covid et la crise ukrainienne nous ont beaucoup retardés. Mais nous serons au rendez-vous, la gare sera ouverte au printemps", assure au micro de TF1, dans la vidéo en tête de cet article, Xavier Gruz, directeur du projet Éole pour SNCF Réseau.

Capture d'écran TF1

Au départ, le dossier de candidature qu’avait présenté Paris en 2015 au Comité international olympique (CIO) promettait quatre nouvelles lignes de métro (200 kilomètres) et 68 gares greffées au réseau historique. Mais, près de dix ans plus tard, aucune nouvelle ligne n’a vu le jour, les organisateurs se contentant au final de prolongements d’équipements existants, à savoir la ligne 14, à Saint-Denis-Pleyel au nord et à Orly au sud, la ligne 12, quatre lignes de tramway (T1, T3b, T11 et T13), et donc le RER E, partiellement jusqu’à Nanterre.

Capture d'écran TF1

Si la nouvelle gare de la Porte Maillot devrait être prête à temps, les trains, en revanche, y seront rares, car encore en rodage durant les JO : quatre RER par heure y circuleront pour aller à la piscine olympique, sans itinéraire bis pour les spectateurs en cas de couac. Les réunions préparatoires se focalisent plutôt sur les journées comme celle du 10 août, où auront lieu simultanément au Parc des Princes, à Roland-Garros et à Versailles, "la finale de volley, la finale de foot et une finale de boxe", détaille Pierre Cunéo, directeur des Transports de Paris 2024. Qui, face à l'incapacité pour le métro d’accueillir ce jour-là tous les spectateurs, prévoit que certains marcheront deux kilomètres ou utiliseront une navette pour atteindre le RER C.

Problème : la RATP manque de bras. "C’est un autre point difficile, pointe Bernard Gobitz, administrateur d’Île-de-France Mobilités (IDFM), l’autorité organisatrice des transports en région parisienne. Il y a une pénurie de conducteurs en Île-de-France. Il faut donc en trouver d’autres en province. Pour les encourager à venir, on leur propose des primes, peut-être des places pour une épreuve et un hébergement convenable." Selon nos informations, lesdites primes pourraient atteindre 2.500 euros.

De quoi faire bondir les agents de la RATP, à qui la direction propose quasiment deux fois moins, soit 1.300 euros pour les JO. En conséquence de quoi, la CGT a déjà déposé un préavis de grève sur toute la période des Jeux. Mais que compte faire Force ouvrière (FO), syndicat majoritaire chez les conducteurs ? "Aujourd’hui, il y a un très gros risque pour le bon déroulement des JO, répond à TF1 Jean-Christophe Delprat, secrétaire fédéral de FO Transports RATP. On tire la sonnette d’alarme, parce que la prime n’est pas à la hauteur des attentes des salariés. Ce n’est pas acceptable. Aucun salarié ne viendra sacrifier ses congés pour une somme aussi ridicule. Hélas, nous n’avons d’autre choix que de menacer par la grève, parce que personne ne nous écoute !"

Ce n’est pas tout : à la RATP, l’absentéisme a crû de 80% depuis 2022. En conséquence de quoi, l’offre de transports s’est fortement dégradée. À ce jour, seules quatre lignes de métro sur quatorze respectent leur objectif de ponctualité… dont deux lignes automatiques. Cinq lignes de métro se trouvaient même sous le seuil de 90% de régularité fin 2023, parmi lesquelles la 13, stratégique pour desservir les épreuves au nord de Paris. Sans compter qu’il manquait toujours 10% de l’offre des bus en décembre 2023. IDFM promet, certes, 15% d'offre de transport supplémentaire durant les Jeux. Mais cela compenserait tout juste les 10 à 20% de l’offre qui ne sont actuellement pas assurés.


Hamza HIZZIR | Reportage TF1 Julien Roux, Caroline Blanquart, Jean-Philippe Héquette

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