Les constructeurs ont désormais l'obligation d'installer un "enregistreur de données d'événements" sur tous leurs véhicules neufs de l'Union Européenne.
Freinage, fatigue, alcool, vitesse... quelles données vont enregistrer, ou pas, ces nouvelles boîtes noires ?

Tendre, un peu plus, vers le risque zéro sur les routes. Adoptée par le Parlement Européen en 2019, une nouvelle norme en matière de sécurité routière est entrée en vigueur lundi dernier. Elle impose à tous les constructeurs dans l'Union Européenne d'ajouter un "enregistreur de données d’événement" (event data recorder) sur leurs nouveaux véhicules. Cette puce électronique, connectée sur un boîtier, va collecter certaines données de conduite "cruciales". Le dispositif, qui sera bien caché et difficile d'accès, a fait couler beaucoup d'encre, de nombreux automobilistes ayant peur d'être "fliqués". Qu'en est-il vraiment ? 

Pas d'images ni de sons

Ces nouvelles boîtes noires, bientôt obligatoires sur les voitures particulières, utilitaires, les bus et les camions, enregistrent la vitesse, les phases d'accélération et de freinage, le port de la ceinture ou encore l'usage des phares et clignotants. En revanche, contrairement à celles des avions, elles ne recueillent pas les sons et les images à l'intérieur de l'habitacle. De même, aucune donnée sur le taux d'alcoolémie ou le niveau de fatigue du conducteur n'est récoltée. 

Capture TF1

Le règlement européen prévoit qu’"aucune information qui pourrait permettre l’identification individuelle du véhicule concerné, de son propriétaire ou de son détenteur" ne soit répertoriée. "Ces données seront totalement anonymisées. Il n'y a pas du tout de données GPS. On ne sait pas sur quel réseau circule la personne, ni à quel endroit", précise à TF1 Anne Lavaud, déléguée générale de l'association Prévention routière, dans la vidéo du JT de 20H en tête de cet article. 

Des données enregistrées pour la période précédant, pendant et immédiatement après une collision
Roza Thun

Par ailleurs, ces données seront remplacées et écrasées toutes les deux minutes jusqu'à que se produise un accident. Dans ce cas-là, les données seront enregistrées "pour la période précédant, pendant et immédiatement après une collision", a indiqué la rapporteuse du projet de loi européen, Róza Thun (EPP). Concrètement, le système gardera en mémoire les informations sur les 30 secondes avant le choc et les 30 secondes suivant celui-ci. 

Les assurances n'y auront pas accès

Toujours dans un souci de confidentialité, un nombre (très) restreint de personnes peuvent accéder aux enregistrements, après un accident. "Il ne faut pas que cela serve de mouchard pour les assurances", s'inquiète un automobiliste au micro de TF1. Qu'il se rassure, les assureurs sont écartés de ce dispositif. Au contraire, la police et la justice, ainsi que tous les instituts de recherche qui travaillent sur la sécurité routière, peuvent s'appuyer dessus. "Ce dispositif est conçu pour faciliter l’étude des accidents d’un point de vue statistique. L’objectif est de permettre aux pouvoirs publics d’évaluer les mesures à prendre pour la sécurité routière", saluait Franck Le Vallois, directeur général de la Fédération française de l’assurance, dans les colonnes de Ouest France. Il s'agit d'une "étape précieuse pour obtenir des données d’accident plus précises et plus détaillées" pour mieux comprendre les comportements des usagers de la route, indique le règlement européen.

On passe au travers des principales causes d'accident
Pierre Chasseray, délégué général de 40 millions d'automobilistes

De leur côté, les associations d'automobilistes dénoncent une fausse bonne idée. "On passe au travers des principales causes d'accident, les distracteurs comme les téléphones portables au volant (environ 10 % des accidents mortels, ndlr)" ou la somnolence et la perte d’attention (10 à 15 %), note dans le reportage de TF1 Pierre Chasseray, délégué général de l'association 40 millions d'automobilistes. "Tout cela, la boîte noire ne le voit pas", ajoute-t-il. 

Aux États-Unis, ces types de boîtes noires sont obligatoires depuis 2015. Dans cette période, les accidents de la route ont baissé de 20%. Dans l'Hexagone, elles deviendront obligatoires pour tous les véhicules, y compris d'occasion. 


Maxence Gevin | Reportage vidéo Jean-Marie Bagayoko, Adam Mersi, Fabienne Moncelle

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