ENQUÊTE - Incidents, pannes et retards à répétition... ces lignes oubliées de la SNCF

par A. Lo. | Reportage TF1 : Olivier Santicchi, Johan Maviert, Sébastien Deshaies
Publié le 21 janvier 2024 à 7h00

Source : JT 20h WE

Si des retards peuvent être constatés sur toutes les lignes SNCF, les lignes Intercités sont particulièrement concernées.
La faute à un sous-investissement et à un matériel vieillissant.
Les trains Intercités doivent par ailleurs partager les lignes, notamment avec les trains de fret.

11h de voyage, 7h de retard. Dans la nuit de vendredi à samedi, les passagers de l’Intercité qui a relié Paris à Clermont-Ferrand ont subi la vétusté de cette ligne, sur laquelle les pannes et incidents sont récurrents. Mais ce n’est pas la seule "ligne maudite" du réseau SNCF. Les dessertes Intercités, anciennement appelées Corail, sont un angle mort historique du rail français.

Moins d'investissement pour les lignes Intercités

La faute à un sous-investissement sur ces lignes, conduisant à des retards tristement célèbres. C’est le cas d’un Strasbourg-Port Bou en 2010 qui a mis 26 heures pour relier l’Alsace aux Pyrénées. Le premier responsable de cette baisse d'investissement sont les gestionnaires de l'État. Pour dégager les ressources nécessaires au développement du TGV, ils ont poussé à la fermeture ou au transfert aux régions des lignes Intercités, devenues peu rentables puis déficitaires. 14 ont été cédées en 2017 par exemple.

"Cela fait 20 ans que l’État regarde les chiffres et considère que la rentabilité est du côté des TGV et que les lignes dites classiques, ce n'est pas vraiment la priorité. C’est du vieux matériel, ce sont des conditions d’exploitation difficile et ce sont trop souvent des incidents qui sont très pénalisants pour les voyageurs", estime Gilles Dansart, directeur du site Mobilettre et expert en transport ferroviaire.

Même lorsque les rames sont rénovées, elles restent tributaires de locomotives anciennes. Leur moyenne d’âge est de 44 ans et leur fiabilité est aléatoire, avec un taux de retard en hausse. Selon l'AQST, le taux est passé de 13,2 à 16,7%, soit trois points entre 2019 et 2022. Sur le Paris-Limoge, le temps de parcours s’est allongé de près d’une demi-heure en quinze ans, rapporte le Parisien (+29 minutes en 15 ans).

Côté infrastructure, de gros efforts ont été réalisés, mais ces tronçons restent fragiles pour de multiples raisons. "Il y a d’autres circulations, on partage nos voies avec des trains de fret qui tombent en panne et cela arrive assez souvent sur cette ligne. Et puis on traverse aussi des zones boisées, des zones avec des sangliers", souligne Amandine Thomas-Commin, directrice Intercités-SNCF Voyageurs.

Malgré la bonne volonté et la communication, il y a encore beaucoup d’obstacles. Depuis la création de la SNCF en 1937, les lignes n'ont pas cessé d'être fermées. Près de 15.000 kilomètres ont été supprimés, et avec elles, ce sont les ateliers, les postes de cheminots, et du matériel qui ont été retirés. Soit autant d’options en moins et de délais en plus lors des opérations de secours. L’enjeu le plus important reste toutefois le renouvèlement des trains Intercités. La ligne Paris-Clermont-Ferrand est la seule qui sera complètement équipée en 2026.


A. Lo. | Reportage TF1 : Olivier Santicchi, Johan Maviert, Sébastien Deshaies

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